Thursday, October 2, 2014
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Nous pouvons vaincre la pauvreté !

NEW-YORK – J'ai connu la pauvreté alors que j'étais enfant lors de la guerre de Corée. Je la voyais tous les jours autour de moi, je la vivais. L'un de mes premiers souvenirs se rapporte à une marche dans la montagne sur en sentier boueux pour échapper aux combats, tandis que notre village brûlait derrière nous et que je me demandais ce qui allait advenir de moi et de ma famille.

La réponse est venue de l'ONU et d'autres agences internationales. Avec leur aide et celle de nombreux pays, mon pays a pu se redresser et sortir de l'ornière après ce conflit cruel et dévastateur. Grâce au travail et aux sacrifices de millions de Coréens, la République de Corée est passée de la misère à la prospérité en moins de 50 ans.

Comme secrétaire général de l'ONU, je reste sur cette trajectoire. Chaque jour, je travaille à essayer de mettre fin à l'extrême pauvreté dans laquelle sont plongées prés d'un milliard de personnes à travers le monde.

Vous pouvez donc imaginer les souvenirs qui m'ont assaillis quand je suis allé à Mwandama, le village du Millénaire au Malawi, un des pays les plus pauvres au sud de l'Afrique. Comme dans ma jeunesse, j'ai vu les difficultés et les défis que pose la pauvreté rurale. J'ai constaté une fois de plus la puissance de l'esprit de solidarité pour la surmonter – la même forme de solidarité et de détermination qui a mis la Corée sur la voie de la modernisation rurale il y a 50 ans.

En 2000, les dirigeants de la planète se sont engagés à réduire de manière drastique la pauvreté, la faim et les maladies à l'horizon 2015. Ces objectifs, adoptés par tous les pays membres de l'ONU, comportent les huit Objectifs du développement pour le millénaire (ODM). Le projet des Villages du millénaire, un partenariat entre l'université, le secteur privé et des agences de l'ONU, vise à montrer comment y parvenir, même dans les villages les plus pauvres de la planète.

A l'image du combat contre la pauvreté en Corée du Sud, les Villages du millénaire en Afrique et les projets similaires ailleurs montrent la voie en matière de production agricole, de santé infantile et de combat contre la pauvreté. J'ai été aussi impressionné par une différence majeure entre les efforts déployés par la Corée dans les années 1960 et ce qu'il est possible de réaliser aujourd'hui. J'ai vu à Mwandama le potentiel qu'offrent les technologies modernes pour améliorer le bien-être avec des moyens qui n'existaient tout simplement pas il y a quelques années (les smartphones et les réseaux à haut débit de téléphonie mobile, les variétés de semence améliorée, le dernier cri en matière d'irrigation goutte à goutte, les méthodes modernes de diagnostic de paludisme, l'énergie solaire à faible coût).

Dans un village j'ai vu un agent de santé publique utiliser un smartphone pour gérer le traitement du paludisme d'un enfant à domicile. Il utilisait un kit diagnostic à faible coût pour confirmer le diagnostic (évitant ainsi d'avoir à passer par un laboratoire équipé de microscopes), un smartphone pour enregistrer les résultats et recevoir les conseils d'un "système expert" conçu par des spécialistes de santé publique et une thérapie constituée par une combinaison sophistiquée de médicaments. Cet enfant a été guéri tout en restant chez lui. Il y a quelques années sa vie aurait été menacée s'il n'avait pu être transporté à temps dans un hôpital.

J'ai vu d'autres progrès considérables dans la vie quotidienne. Dans un village qui avait été incapable à moment donné d'assurer sa subsistance, un silo gigantesque était quasiment sur le point d'éclater sous la pression d'un excédent de plusieurs tonnes de céréales. En gérant mieux la terre, en utilisant des semences à haut rendement et en recourant à des semis en ligne adéquats, le village est parvenu à plus que tripler sa production. Il assure sa sécurité alimentaire et ses habitants qui étaient obligés auparavant d'acheter des céréales en vendent maintenant.

Cet excédent contribue à son tour à l'amélioration de l'éducation, car les familles en donnent une partie à la cantine de l'école. Désormais les élèves reçoivent à midi un bol nourrissant de flocons d'avoines et de fruits qui leur donne l'énergie voulue pour étudier durant le reste de la journée. Ainsi que beaucoup d'écoles l'ont découvert, le repas de midi améliore considérablement les résultats scolaires.

Ce mois-ci le projet de Villages du millénaire entre dans sa deuxième phase quinquennale pour parvenir aux ODM à la date fixée de 2015. A travers l'Afrique, et maintenant à travers le monde, les gouvernements tirent les leçons de ce projet et d'autres qui lui ressemblent : pour mettre fin à l'extrême pauvreté il faut donner davantage de pouvoir sur leur vie aux villageois et les aider à investir dans l'avenir en utilisant les technologies modernes. Si les ODM ont pu sembler à moment donné n'être qu'une simple ambition, nous savons maintenant qu'ils constituent une feuille de route pratique pour échapper à la pauvreté.

Les dirigeants du monde qui se sont réunis à l'ONU en septembre à l'occasion de l'Assemblée générale annuelle se sont tous accordés sur un point essentiel : le combat contre la pauvreté, la faim et les maladies est d'une importance cruciale pour notre survie collective. Ils savent que l'extrême pauvreté menace la vie de centaines de millions de personnes qui ne disposent pas d'un accès satisfaisant à l'eau potable, à une nourriture adéquate, aux soins de santé et à l'éducation.

Ils reconnaissent également que ces dangers ne s'arrêtent pas aux limites des villages ou des bidonvilles ; les lieux où l'on a faim aujourd'hui seront dans bien des cas les foyers de violence de demain. Que nous soyons riche ou pauvre ou que nous appartenions aux classes moyennes, nous avons tous intérêt au plus haut point à ce que les Objectifs du développement pour le millénaire soient un succès et que toutes les régions prisonnières de l'extrême pauvreté parviennent à croître et à prospérer.

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  1. CommentedMoctar Aboubacar

    I think this is the article's most important point. Ending poverty is certainly one of the central questions regarding development. And just like the Millennium Villages, it doesn't mean very much if efforts to end poverty are not sustainable in the long-term.
    However the MDGs set goals to be achieved; in and of themselves they are more a priority list than a practical roadmap. It is when the universal nature of the goals adapts to and finds application in local contexts that MDGs become practical and actionable. In this light projects which arise from a small scale, which adopt the point of view of the poor but which effectively link to the national and global economies seem to be of particular value.

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