Tuesday, September 30, 2014
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Les Fausses promesses des retraites privées

Une des déclarations les plus étranges faite lors des débats sur l’assurance sociale qui viennent aujourd’hui troubler les pays les plus riches au monde pose que les programmes de retraite financés par les gouvernements et dont les prestations sont fixes (tels que le régime de sécurité sociale américain) sont démodés. Ces programmes suffisaient, selon cet argument, à l’époque de la Grande dépression et pour la génération de l’après-Deuxième guerre mondiale, quand l'économie était basée sur l'industrie, mais ils sont devenus obsolètes pour l’économie high tech, en réseau, post-industrielle d’aujourd’hui.

Les défenseurs de cet argument proposent un modèle différent. Les entreprises acceptent aujourd’hui de soutenir les retraites des salariés en contribuant à leur épargne privée et les gouvernements actuels devraient offrir (ou exiger) de contribuer à cette épargne privée. La valeur de ces comptes varie selon le marché et ne s’appuie pas sur un système de prestations défini qui garantit une somme réelle fixe de ressources, disponible au moment de la retraite.

Cet argument est étrange car il prend la situation économique à rebrousse-poil. Quand de nombreuses sociétés offrent à leurs salariés des retraites à prestations fixes à long terme, le gouvernement n’a pas intérêt à mettre en place un système parallèle de retraites à prestations fixes et à demander aux salariés d’y participer. Après tout, dans un tel contexte, les salariés qui accordent une grande importance aux retraites à prestations fixes peuvent aller travailler pour les entreprises qui offrent de tels systèmes.

Les principaux avantages d’un système où le gouvernement exige que les salariés participent aussi à un système de sécurité sociale nationale sont cumulés pour les salariés qui devraient véritablement accorder une grande importance au système de retraite à prestations fixes sans pouvoir réellement déterminer leurs véritables préférences. Ils sont également cumulés pour les salariés qui n’ont pas la capacité de négocier pour inciter leur patron à offrir les retraites qu’ils veulent obtenir et dont ils ont réellement besoin.

Il existe peu de sociétés aujourd’hui prêtes à offrir des systèmes de retraite à prestations fixes à long terme. Une des raisons tient au fait que les entreprises d’aujourd’hui sont bien plus conscientes de leur propre fragilité à long terme qu’elles ne l’étaient dans les années qui suivirent la Deuxième guerre mondiale. Même IBM, aux États-unis, qui s’enorgueillit de sa stabilité, ne veut pas prendre le risque d’offrir un système de retraite à prestations fixes.

Le risque que présente les retraites à prestations fixes était habituellement compensé par deux avantages pour les entreprises qui offraient ces systèmes. Tout d’abord, le fait que quitter la société impliquait généralement le reversement de cette épargne avec une décote augmentait la fidélité des employés. Ensuite, les hypothèses optimistes des comptables complaisants sur les bénéfices des réserves de retraite, associées à la capacité des grandes sociétés à prendre de plus gros risques, amélioraient le bilan financier que les sociétés pouvaient présenter à leurs investisseurs.

Aujourd’hui, les risques sont perçus comme bien plus grands et les avantages comme bien moindres. De ce fait, les employeurs sont de moins en moins nombreux à offrir des systèmes qui ressemblent de près ou de loin à des retraites à prestations fixes.

Cette diminution des systèmes à prestations fixes dans tous les pays riches de l’économie mondiale n’est pas une bonne chose, car la configuration des prix des biens suggèrent que les salariés jeunes et d'âge moyen accordent une très grande importance aux systèmes à prestations fixes. Historiquement, le fossé entre les profits attendus sur des biens à moindre risque tels que les bons du Trésor ou les bons d’investissement et les biens à risque élevé tels que les actions ou l’immobilier était généralement très grand. En somme, comme le disent certains économistes, notamment Robert Barro d’Harvard, et certains mathématiciens, tel que Benoît Mendelbrot, cela peut être dû au fait que les investissements risqués sont en fait bien plus risqués que ne le suggèrent les théories et les mathématiques des techniques financières standard.

A mon avis, du moins, cela est dû en partie au souvenir des années 1930 et 2000, quand le marché des actions a grandement souffert, qui occupe une place trop importante dans l’esprit des investisseurs. Les salariés et autres détenteurs de biens accordent une valeur importante à la sécurité et la prévisibilité, aussi un système de retraite à prestations fixes leur est très précieux.

Mais dans le monde d’aujourd’hui, seuls les gouvernements nationaux sont suffisamment importants pour mettre en place de tels systèmes et garantir que les retraites seront véritablement disponibles quand les salariés cesseront leur activité. Je suis encore suffisamment social-démocrate pour croire que s’il existe un service économique ou un avantage auquel les citoyens accordent une grande importance et que seul le gouvernement peut offrir, il est alors de son devoir de le fournir.

Nous savons, nous, les économistes, qu’il y a de nombreux inconvénients à pousser le gouvernement hors de son rôle de base qui est de fournir de véritables services publics tels que la défense, la sécurité et la justice, tout en offrant aux citoyens des incitations à contrebalancer les effets des véritables échecs du marché. Là où le marché privé possède la flexibilité des deux mains, la bureaucratie du gouvernement ne possède au mieux que deux pouces.

Mais la collecte des impôts sur salaire auprès de dizaines de millions de salariés et l’écriture de dizaines de millions de chèques de retraite fait partie des tâches routinières, semi-automatiques que le gouvernement peut si bien réaliser. Au moment où les entreprises privées se retirent des systèmes à prestations fixes, il est encore plus important et précieux que le gouvernement le réalise, alors que notre société post-industrielle entre dans l'ère des réseaux, que ce ne le fut par le passé.

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