Friday, August 1, 2014
Exit from comment view mode. Click to hide this space
0

Petits pays, grands problèmes et interdépendance planétaire

WASHINGTON - Le PIB de la Grèce, environ 300 milliards de dollars, représente 0,5% de la production mondiale. Sa dette publique de 470 milliards est considérable, compte tenu de la taille de son économie, mais elle représente moins de 1% de la dette mondiale - et les banques privées (grecques en majorité) en détiennent moins de la moitié. Selon Barclays Capital, seules quelques banques d'envergure internationale détiennent prés de 10% de leurs fonds propres de base en bons du Trésor grec, et la majorité en a bien moins. Aussi, au moins sur le papier, la Grèce n'est pas une économie d'importance systémique. Néanmoins, plusieurs facteurs font que la crise qui la frappe pourrait se propager, et elle n'est pas la seule dans ce cas.

Le premier, c'est la crainte que la crise grecque fasse tache d'huile et affecte les autres pays européens en difficulté comme le Portugal et l'Irlande, voire même l'Espagne ou l'Italie. Il faut aussi compter avec les investissements relativement importants effectués par des fonds américains du marché monétaire en instruments émis par certaines des banques exposées.

Deuxième facteur de risque : les produits dérivés comme les CDS au moyen desquels les banques détenant de la dette grecque se sont assurées contre un risque de défaillance. Si ces CDS sont concentrés dans seulement quelques institutions financières, ces dernières pourraient être exposées - plus encore que les acheteurs initiaux de la dette grecque. Mais personne ne sait qui détient ces produits dérivés, et pour quel montant, ou même s'ils diminuent ou accroissent le risque, parce que le marché des CDS manque de transparence.

Enfin, les difficultés de la Grèce entraînent des problèmes dans la gestion de l'euro et augmentent la volatilité des marchés des changes, ce qui pourrait affecter une reprise de l'économie mondiale déjà anémique, ainsi que les incertitudes qui pèsent sur elle. Autrement dit l'économie mondiale a tout intérêt à ce que la Grèce se redresse.

Dans la même veine, considérons une situation complètement différente, celle du Yémen. La Grèce et le Yémen ne présentent aucune similitude, si ce n'est le contraste entre leur taille et un possible effet de contagion. Le PIB du Yémen est seulement le dixième de celui de la Grèce et ne représente que 0,05% de la production mondiale et son économie n'est guère intégrée au système financier mondial.

Mais la population du Yémen se rapproche de celle de l'Arabie saoudite et ses frontières difficilement contrôlables. Le chaos au Yémen, auquel il faut ajouter la force croissante des extrémistes, pourrait déstabiliser l'Arabie saoudite et menacer sa production de pétrole. Dans ce cas, le prix du baril pourrait flamber et atteindre ou même dépasser 150 dollars, ce qui porterait un coup sérieux à l'économie mondiale.

On peut trouver d'autres exemples de ce genre. Rappelons-nous que la crise asiatique de 1997 a commencé en Thaïlande, un pays de relativement faible importance sur le plan économique. Des échanges économiques et financiers intensifs et le commerce des ressources naturelles au niveau mondial font que de petits pays ou des problèmes très localisés peuvent présenter aujourd'hui un risque systémique global.

Il faut analyser cette situation et faire face à ces conséquences en ce qui concerne la gouvernance économique mondiale. Lors de leur sommet à Séoul en novembre 2010, les dirigeants du G20 ont encouragé le FMI à travailler avec le Forum pour la stabilité financière afin qu'ils développent un système d'alerte anticipée des risques susceptibles de menacer le système financier mondial et pour qu'ils analysent les effets d'une contagion sur les grandes économies (la Chine, les USA, le Royaume-Uni, le Japon et la zone euro).

Le conseil d'administration du FMI discute actuellement des risques de contagion économique.  La direction générale du Fonds doit présenter un rapport synthétique à la Commission monétaire et financière internationale quand les ministres des Etats membres du FMI se rencontreront en septembre.

Cette étude pourrait permettre une meilleure analyse des rapports d'interdépendance dans l'économie mondiale. Cela pourrait aussi améliorer la légitimité du FMI en tant qu'institution d'envergure planétaire, non seulement en raison de la diversité et du nombre de ses membres, mais aussi de son attitude vis à vis de ces derniers. Quand la surveillance macroéconomique du FMI s'appliquait uniquement aux pays en développement, le G7 et les autres pays riches échappant à tout contrôle sérieux, le Fonds ne pouvait être perçu comme équitable et impartial.

Néanmoins, comme le montrent ces exemples, l'importance systémique d'un pays n'est pas seulement une question de taille. Ce qui compte, ce sont les liens d'interdépendance entre un pays ou une ou plusieurs institutions (par exemple Lehman Brothers et AIG) et l'économie mondiale. La surveillance du risque systémique doit tester et analyser proactivement ces liens en essayant d'imaginer l'inimaginable. Nous ne savons que trop bien que le risque systémique peut apparaître là où on ne l'attend pas.

L'interdépendance est devenue bien plus complexe qu'il y a seulement 10 ans. Le mandat du FMI devrait comporter l'analyse des nouveaux risques macroéconomiques et macrofinanciers, l'établissement d'un système d'alerte anticipée et la proposition de mesures préventives. Le caractère global de ses membres et l'expertise technique de son personnel le qualifient pour exercer une surveillance multilatérale efficace. Il lui faudrait cependant accélérer la réforme de sa propre gouvernance, de manière à ce que cette surveillance soit perçue comme relevant de l'intérêt de tous.

Exit from comment view mode. Click to hide this space
Hide Comments Hide Comments Read Comments (0)

Please login or register to post a comment

Featured