Wednesday, July 30, 2014
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Une ère nouvelle pour l'agriculture africaine

WEST LAFAYETTE, INDIANA – Après des décennies de mauvaises nouvelles, enfin la tendance s'inverse pour l'Afrique : pour les paysans à travers le continent la politique agricole, la démographie rurale et la productivité des terres sont bien plus prometteuses que dans le passé. Ces paramètres évoluent trop lentement pour faire les gros titres des médias, mais grâce à leur évolution conjointe, les investissements publiques et privés dans l'agriculture et le développement rural ouvrent enfin la perspective de bénéfices intéressants.

Chaque année qui passe confronte chaque pays à une situation unique. Ce sont les nouveautés qui retiennent le plus l'attention, comme par exemple la possibilité que des investisseurs étrangers contrôlent une grande partie des terres agricoles. La diversité spatiale compte également beaucoup, c'est grâce à elle que chaque lopin de terre diffère de la moyenne. En ce qui concerne l'ensemble de l'Afrique, trois tendances lentes qui se sont récemment inversées offrent maintenant des occasions d'investissements intéressants, tant de la part de l'Etat que du secteur privé.

Le premier changement est politique. Une étude récente de la Banque mondiale (www.worldbank.org/agdistortions) compare les politiques agricoles dans le monde depuis 1955. Elle montre pour la première fois tout ce que les gouvernements africains ont fait pour diminuer les charges supportées par les agriculteurs - qu'il s'agisse des taxes à l'exportation, du financement des offices de commercialisation ou des autres frais imposés par les précédents régimes. La distorsion des prix des produits africains pour des raisons purement politique a culminé à la fin des années 1970, mais les réformes qui ont suivi ont permis d'alléger ce fardeau des deux tiers, ce qui a beaucoup favorisé la productivité et la lutte contre la pauvreté. Continuer sur la voie des reformes pourraient être porteur d'avantages supplémentaires, mais la plus grande partie du handicap imposé aux agriculteurs africains par les Etats post-coloniaux a disparu.

Le deuxième changement est démographique. La récente compilation par l'ONU des données démographiques montre le déroulement de l'Histoire de l'Afrique. Les ménages africains n'ont eu accès à la médecine moderne que bien plus tard que les autres peuples, mais plus rapidement. Durant les années 1970 et 1980 cela s'est traduit par une diminution de la mortalité infantile et une croissance démographique bien plus rapide que celles qu'il y a eu antérieurement en Asie ou en Amérique latine.

La croissance des villes africaine est l'une des plus rapides au monde, mais leur taille relativement modeste ne leur permet d'absorber qu'une fraction des nouveaux arrivants sur le marché du travail. De ce fait, la croissance démographique de la population rurale africaine a été la plus rapide et la plus longue de toute l'histoire de l'humanité. Elle a eu pour conséquence un déclin important et prolongé des ressources naturelles et de la surface cultivable par habitant. Par ailleurs la diminution de la mortalité infantile après l'indépendance a provoqué une hausse du taux d'enfants dans la population qui a atteint un niveau sans précédent dans les années 1970 et 1980.

Le fardeau de la démographie africaine a commencé à diminuer dans les années 1990 en raison de la diminution du taux de fertilité des femmes et de l'urbanisation. Ainsi qu'on l'avait déjà constaté en Asie, du fait du ralentissement de la croissance démographique rurale et de la diminution du nombre d'enfants, année après année les investissements ont abouti à une augmentation des revenus des ménages.

Le troisième changement est de nature technologique : selon les estimations, après des années de stagnation durant la révolution verte asiatique, le rendement de l'agriculture africaine a fortement augmenté lors des 10 dernières années, et la production de céréales par habitant est maintenant égale à celle de l'Asie du Sud.

On peut associer cette amélioration avec les deux autres facteurs, une meilleure politique agricole et une main d'ouvre plus nombreuse, mais elle reflète aussi la généralisation progressive de meilleures variétés céréalières obtenues grâce aux investissements réalisés dans la technologie agricole. L'aide étrangère en faveur de l'agriculture n'a augmenté qu'après la crise alimentaire des années 1970, avec un pic à la fin des années 1980. Elle a entraîné une amélioration de la production quelques années plus tard.

Dans les 25 dernières années du 20° siècle, la politique africaine, la démographie et le retard technologique ont freiné la croissance de la production agricole par habitant. Mais la disparition de ces obstacles a favorisé la lutte contre la pauvreté et l'augmentation de la production agricole.

Cela ne suffit certes pas à garantir des progrès futurs. Les investissements publics et privés (notamment dans les nouvelles technologies destinées à améliorer la production agricole) sont les moteurs de la croissance. La politique mise en place dans le passé a été victime de son propre succès. L'envolée de la recherche et du développement agricole au niveau mondial dans les années 1970 et 1980 s'étant traduite 20 ans plus tard par une abondance alimentaire généralisée, l'aide étrangère s'est tournée vers d'autres priorités. Aussi, l'aide à l'agriculture africaine a-t-elle chuté au niveau sans précédent de un dollar par habitant en 2006. La crise alimentaire mondiale de 2007-2008 a mis une fin brutale à cette autosatisfaction et beaucoup d'investisseurs ont promis de s'intéresser à nouveau à l'agriculture. Il reste à attendre qu'ils passent aux actes.

L'agriculture africaine reste confrontée à de sérieux problèmes. La terre manque d'éléments nutritifs, l'humidité du sol diminue, la température augmente et les maladies sont plus fréquentes. Heureusement l'arsenal des solutions adaptées aux besoins spécifiques de l'Afrique s'enrichit à travers l'innovation au niveau local.

Les généralisations et les prédictions se révèlent rarement exactes pour un continent aussi divers et imprévisible que l'Afrique. Pourtant les pays africains ont quelque chose en commun : une amélioration à grande échelle de la politique agricole, une démographie plus favorable et l'arrivée des nouvelles technologies qui sont autant d'atouts pour l'avenir. Ces trois tendances lourdes mettent les agriculteurs africains en meilleure position qu'ils ne l'ont jamais été pour profiter de l'augmentation des investissements publics et privés.

Les obstacles dus aux politiques agricoles et à la croissance démographique du passé s'estompent. Aussi l'innovation en matière agricole va-t-elle être de plus en plus bénéfique et contribuer à une augmentation de la croissance par habitant. Pour les investisseurs, le plus gros obstacle est celui de la connaissance : qu'est-ce qui marche le mieux et dans quel environnement ? De nouvelles sources d'information apparaissent, elles répondent à un besoin urgent.

Les occasions pour une plus forte croissance sont sans aucun précédent. Si les gouvernements, les donateurs et les investisseurs font les bons choix, les agriculteurs sont prêts et 2010 pourrait marquer le début d'une ère nouvelle pour l'agriculture africaine.

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