Thursday, August 21, 2014
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Des institutions plus fortes pour les droits de l'homme

PARIS – Il y a 60 ans cette semaine, l'ONU adoptait la Déclaration universelle des droits de l'homme, la première proclamation internationale de la dignité et de l'égalité des droits de chaque être humain. A ce jour, par delà les divisions nationales, idéologiques et culturelles, elle reste la référence majeure pour toute réflexion sur les valeurs éthiques.

Pourtant, l'espérance suscitée par sa vision éclairée des libertés individuelles, de la protection sociale, des opportunités économiques et des devoirs à l'égard de la communauté n'est pas encore comblée. Malheureusement, un génocide est à nouveau en cours, cette fois-ci au Soudan. Le renforcement des mesures de sécurité depuis le 11 septembre a conduit à vouloir légitimer " l'extraordinary rendition " (le transfert de prisonniers d'un pays à l'autre hors toute procédure légale) et la torture.

Pour les femmes partout dans le monde, la violence domestique et la discrimination à l'emploi sont une réalité quotidienne. Des minorités sont stigmatisées, discriminées et soumises à des violences, ceci tant dans des pays développés que dans des pays en voie de développement. Le droit à l'information est refusé à des millions de gens par le recours à la censure et à l'intimidation des médias.

Notre plus grand échec reste la pauvreté. Plus d'un milliard de personnes, 20% de l'humanité, vivent dans l'extrême pauvreté et voient bafouées quotidiennement leur droit fondamental à une nourriture adéquate et à de l'eau potable. Alors que de grosses inégalités persistent entre riches et pauvres, on ne peut pas proclamer que nous faisons les progrès voulus pour répondre aux ambitions formulées il y a 60 ans.

Au moment où nous célébrons le 60° anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, une question se pose : comment protéger la dignité et l'égalité des droits de chacun ? Une partie de la réponse consiste en l'établissement de systèmes plus efficaces pour amener à rendre comptes de ses actes, de telle manière que les droits de chacun soient reconnus et la loi appliquée. Si l'on considère ce qui a été fait depuis 60 ans et ce qui résiste encore à nos efforts, il est clair que cela ne suffira pas.

Les problèmes les plus difficiles tels que la lutte contre les discriminations, l'oppression, l'injustice, l'ignorance, l'exploitation et la pauvreté ne peuvent être résolus exclusivement par la loi et des mesures politiques. Si l'on veut faire des réformes durables qui protègent véritablement les droits de l'homme, il y faut des institutions publiques fortes.

Des institutions faibles ou corrompues sont le principal obstacle à la protection et la promotion efficace des droits de l'homme. Depuis quelques années, des gouvernements, des entreprises privées et des philanthropes ont investi des milliards de dollars pour combattre la pauvreté dans les pays en développement. Des millions de gens en ont bénéficiés. Pourtant, les gens sur le terrain reconnaissent publiquement que sans une amélioration importante de la qualité des institutions – par exemple des systèmes de santé bien équipés en matériel et en personnel au niveau local et au niveau national – les progrès ne seront que très limités.

Des milliards de personnes ne peuvent faire respecter leurs droits parce que la police et de la justice manquent de moyens ou sont corrompues. Changer cela suppose d'énormes investissements dans le système judiciaire et carcéral, dans la police, mais aussi dans la protection sociale, dans le système parlementaire, ainsi que dans les institutions nationales de défense des droits de l'homme et dans les organismes officiels de contrôle.

Au moment du 60° anniversaire de la Déclaration des droits de l'homme, il est de toute première importance d'exiger des dirigeants politiques qu'ils reconnaissent l'étendue de la tâche et qu'ils s'engagent à mener une action à long terme en faveur de la protection institutionnelle de ces droits, en commençant par leur propre pays.

Alors que les dirigeants de la planète font face à une crise économique mondiale, il peut sembler irréaliste d'appeler à un investissement aussi lourd et à long terme. Il est important de stabiliser le système financier international, mais cela ne résoudra pas les problèmes plus larges de gouvernance. On ne peut faire respecter les droits de l'homme en l'absence d'institutions efficaces. Si la justice et la police sont corrompues, surchargées de travail ou inefficaces, les droits civiques fondamentaux seront violés. Si le ministère des affaires sociales a un budget insuffisant, s'il n'a pas assez de pouvoir ou si son personnel est sous-qualifié, des droits fondamentaux tels que le droit aux soins médicaux, à l'éducation et au logement resteront lettre morte.

Si même le pays le plus riche de la planète, les USA, a de la difficulté à mettre en œuvre les réformes pourtant indispensables de ses institutions à caractère social les plus importantes, notamment le système de santé et le système éducatif, on peut imaginer ce que cela doit être pour les pays en développement. Néanmoins, des progrès dans ce domaine - un véritable test de maturité politique - sont essentiels pour faire des droits de l'homme une réalité pour tous.

Au cours de l'année dernière, en tant que membres des Elders [Les Anciens] – un groupe de dirigeants formé à l'incitation de Nelson Mendela – nous avons travaillé avec un ensemble d'organisations partenaires pour adresser au monde le message des droits de l'homme à travers une campagne intitulée "Chaque être humain a des droits". Grâce à cet effort collectif, des dizaines de milliers de personnes – et des millions à travers les écoles, les associations locales, les syndicats et les organisations de la société civiles – ont fait leur les objectifs de la Déclaration universelle des droits de l'homme. C'est là une raison d'espérer.

Nous avons de meilleurs outils pour communiquer et exiger justice que toutes les générations précédentes. Il nous faut maintenant du leadership, des ressources, un sens plus aigu de l'urgence et un engagement à long terme, de manière à ce que les droits inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l'homme ne soient pas seulement reconnus, mais appliqués universellement.

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