Thursday, October 30, 2014
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Pour se consolider, l’Europe devrait passer la main

LONDRES – Il y a 10 ans, l’euro connaissait un succès retentissant. Poids lourd des marchés financiers, il dépasse désormais de dollars, le yen, et jusqu’à récemment le puissant yuan chinois, alors que le marché des obligations en euro rivalise en taille avec le marché américain.

Mais l’Europe devrait faire mieux, notamment être plus imaginative pour libérer une concurrence et une liberté économiques plus authentiques, cesser de prendre fait et cause pour les entreprises nationales et commencer à soutenir plus vigoureusement la Banque centrale européenne. En outre, il serait utile que les responsables politiques de la zone euro s’appuient sur les grands clubs économiques mondiaux.

Les membres de l’Union économique et monétaire européenne devraient notamment abandonner leurs sièges au G7 et au Fonds monétaire international. Si la représentation de chaque État de l’UEM au G8 peut se justifier, ce n’est pas le cas au sein des grandes organisations économiques. S’ils étaient d’accord pour agir collectivement au sein de ces lieux de discussions, les pays européens libéreraient la place nécessaire à d’autres pays importants à la table des négociations économiques mondiales, ce qui forcerait le plus grand respect des responsables politiques mondiaux.

Au niveau interne, la croissance économique est le meilleur point de référence du « succès » de la zone euro. Nombre de commentateurs considèrent les vastes disparités entre les taux de croissance des différents pays de la zone euro comme un signe d’échec. Pourtant, d’autres zones à monnaie unique, notamment les Etats-Unis, manifestent des divergences similaires. Il devrait être aussi évident qu’en l’absence de marchés de devises jouant le rôle de « soupapes » d’évacuation des pressions économiques et financières, l’instabilité économique est plus présente.

En fait, les dirigeants de la zone euro devraient moins s’inquiéter des variations de la croissance interne que des contre-performances économiques globales. Si la croissance a été raisonnablement stable depuis les débuts de l’UEM, le PIB par habitant – probablement le meilleur étalon actuel de succès économique – montre que l’Europe a devancé d’autres régions, même lorsque les chiffres étaient revus selon la taille de la main-d’oeuvre. En outre, il est bien connu que la productivité européenne prend elle aussi du retard et donne de l’Europe une image terne, frileuse et manquant d’ambition en comparaison à la plupart de ses concurrents.

Lorsqu’il s’agit de politiques de concurrence intérieure, la quasi-totalité des pays européens continuent à penser selon le « cadre » national. Pour que l’euro fasse décoller la croissance et la productivité européenne, les gouvernements doivent autoriser – en fait, encourager – des forces concurrentes plus fortes au sein de l’UEM.

En termes de politique économique extérieure, les responsables politiques européens ont fait très peu pour réagir aux nombreux changements survenant dans le monde économique – à part se plaindre des importations venant de Chine et de l’emploi agressif par la Russie de ses matières premières ; et, plus récemment, manifester une obsession embarrassante pour les fonds souverains.

Quel fâcheux exemple pour les pays qui ont réussi la création de l’Union européenne et de l’Union monétaire ! Après toute la diplomatie et les efforts déployés pour ces événements qui ont marqué l’histoire, les dirigeants européens devraient être en mesure de surmonter la réforme du FMI, de la Banque mondiale, du G7 et du G8 – institutions qui reflètent le statu quo du lendemain de la Seconde Guerre mondiale, qui n’a que peu d’intérêt de nos jours.

Par exemple, quel est l’intérêt d’une organisation économique internationale telle que le G7 sans la Chine, qui est en passe de supplanter l’Allemagne au rang de troisième puissance économique mondiale et représente depuis 2000 la quasi-totalité de l’activité économique mondiale, comme l’ensemble de la zone euro ? Désormais, les questions économiques mondiales ne peuvent être résolues sans l’adoption de mesures politiques en Chine. En effet, comment le G7 peut-il avoir l’audace de faire des commentaires publics à plusieurs reprises sur la devise d’un pays extérieur et espérer une réaction positive ? Cette situation tient presque du ridicule.

Pendant ce temps, la France, l’Allemagne et l’Italie font partie du G7, même si elles partagent la même monnaie et la même politique monétaire. Il serait plus judicieux que la Banque centrale européenne et les ministres des finances de l’Union européenne adoptent une position commune en amont des réunions du G7, par la suite représentée par un conseil représentatif unique et par le président de la BCE. Les ministres se rencontrant avant chaque réunion du G7, cette procédure serait facile à mettre en place.

En fait, un « G6 financier » aurait peut-être plus de sens aujourd’hui que l’actuel G7, mais cela ne sera peut-être plus vrai demain. Dans 10 ans, l’Inde pourrait faire partie des grandes puissances économiques ; la Grande-Bretagne pourrait avoir rejoint l’euro, ce qui rendrait inutile son rôle d’acteur indépendant. Le Canada peut-il conserver sa place alors que la Russie et le Brésil sont exclus ? Quels autres géants économiques attendent dans les coulisses ?

Par conséquent, il importe d’élaborer un système d’adhésion aux grandes organisations internationales, assurant que leurs structures sont pertinentes mais également assez souples pour permettre aux membres d’aller et de venir. Un autre grand progrès consisterait à établir des directives numériques – dans le droit-fil du traité de Maastricht – pour devenir membre du G7.

L’Europe devrait servir d’exemple en montrant au monde les leçons tirées de sa propre expérience en matière de diplomatie financière et en se portant volontaire pour faire avancer les choses. Après avoir réussi à mettre au point l’UEM, le traité de Maastricht et le pacte de croissance et de stabilité qui sous-tend l’euro, les experts de la zone euro ne devraient pas avoir trop de difficultés à concevoir un système permettant de fixer les conditions d’adhésion au G7. Si les pays européens ne prennent pas l’initiative d’une réforme institutionnelle financière mondiale, celle-ci risque de devenir une cause perdue.

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