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Vive la taxe Tobin !

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2009-09-11

CAMBRIDGE – En août dernier il s'est passé quelque chose que je considérais comme inimaginable. Pour la première fois un haut responsable de l'empire financier anglo-américain s'est prononcé en faveur de la taxe Tobin, une taxation des transactions financières au niveau mondial.

Il s'agit d'Adair Turner, le chef de l'Autorité des services financiers du Royaume-Uni, autrement dit le premier régulateur financier du pays. Préoccupé par le niveau souvent obscène des indemnités et la taille exagérée du secteur financier, il a dit qu'une taxe mondiale sur les transactions financières pouvait contribuer à limiter l'un et l'autre. Une telle déclaration aurait été impensable avant la crise déclenchée par les prêts immobiliers à haut risque. Cela montre à quel point les choses ont changé.

L'idée de cette taxe a été émise pour la première fois dans les années 1970 par James Tobin, un prix Nobel d'économie, qui a fait sensation en appelant à "mettre un grain de sable dans les rouages de la finance internationale". Inquiet des fluctuations excessives des taux de change, il pensait qu'une taxe sur les transactions de devises permettrait de brider la spéculation et de donner une marge de manœuvre supplémentaire pour la gestion macroéconomique intérieure.

La taxe Tobin est devenue par la suite un étendard pour tout un éventail d'organisations non gouvernementales et d'associations de soutien à diverses causes (la coopération, la santé ou les technologies vertes pour n'en citer que quelques-unes) qui y voyaient à la fois le moyen de réduire l'importance du secteur financier et une source de financement importante. L'idée a été reprise par des Français (on pouvait s'y attendre) et d'autres dirigeants d'Europe continentale. Mais avant que Turner n'en lance l'idée, on n'aurait trouvé aucun dirigeant politique américain ou britannique, les deux principales places financières de la planète, pour défendre cette taxe.

Tout son intérêt est de décourager la spéculation à court terme sans guère porter atteinte aux investissements internationaux à long terme. Prenons l'exemple d'une taxe de 0,25% sur les opérations transfrontalières. Elle tuerait instantanément les transactions financières à moins d'un jour dont les marges bénéficiaires sont plus basses, ainsi que les transactions à plus long terme conçues pour profiter des petits différentiels entre les marchés. Ce type d'activité économique est sans grande valeur sociale, mais il consomme des ressources en termes de talents humains, d'ordinateur et de crédit. Aussi, il n'y a pas de raison d'en pleurer la disparition possible.

Mais la taxe Tobin ne découragerait  pas les investisseurs qui visent à des bénéfices importants à plus long terme. Aussi au bout du compte le capital continuerait-il à aller dans la bonne direction. Et elle n'empêcherait pas les marchés financiers de sanctionner les pays qui commettent de grosses erreurs en matière de politique économique.

Enfin, il est indéniable qu'elle rapporterait gros. Les services fiscaux estiment qu'une petite taxe sur les transferts de devises rapporterait des milliards de dollars chaque année. Et elle rapporterait encore davantage si sa base était étendue à toutes les transactions à l'échelle mondiale, ainsi que le l'a laissé entendre Turner. Même s'il est difficile de le chiffrer avec précision, il est sûr qu'elle rapporterait des sommes considérables - supérieures par exemple aux sommes investis dans  la coopération ou aux bénéfices que l'on peut raisonnablement attendre de la conclusion du cycle de négociation sur le commerce international de Doha.

Comme on pouvait s'y attendre, Turner a reçu une volée de bois vert des banquiers de la City de Londres et du Trésor britannique. Beaucoup de ces critiques sont à coté de la plaque :

- La taxe Tobin augmenterait le coût des opérations financières à court terme . C'est précisément son but !

- Elle ne résoudrait pas le problème sous-jacent des facteurs de motivations des marchés financiers . Comme si nous avions sous la main une alternative efficace pour cela !

- Elle menacerait la place de Londres en tant que centre financier. Comme si elle devait s'appliquer exclusivement à Londres et non à l'échelle de la planète !

- On pourrait facilement y échapper avec des banques off-shore . Toute réglementation financière est confrontée exactement au même problème. Quoi qu'il en soit, comme le souligne Dean Baker du Centre pour la politique économique et la recherche à Washington, on peut imaginer différents moyens pour limiter la fraude. Il propose par exemple de donner 10% du montant de la taxe aux employés des firmes financières qui dénoncerait un patron tricheur. Cela inciterait sûrement à l'autodiscipline.

Il est vrai que la taxe Tobin ne corrigera pas les déséquilibres de fond des marchés financiers. Elle n'aurait pas empêcher le déséquilibre de la balance commerciale américaine à l'égard de la Chine. Elle n'aurait pas empêché non plus l'excédent d'épargne mondial de se transformer en une bombe à retardement pour l'économie mondiale. Elle n'aurait pas évité à de nombreux pays d'Europe et d'ailleurs d'être balayés par les prêts immobiliers toxiques venus des USA et elle n'aurait pas dissuadé bien des gouvernements de poursuivre une politique monétaire et budgétaire intenable, financée par des emprunts extérieurs.

Il faudra trouver une autre solution à toutes ces questions macroéconomiques et financières. Mais la taxe Tobin est un bon début pour envoyer un signal fort sur ce que devrait être le rôle social du casino connu sous le nom de finance mondiale.

Dani Rodrik, professeur d’économie politique à la John F. Kennedy School of Government de l’université d’Harvard, est le premier lauréat du prix Albert O. Hirschman du Social Science Research Council. Son dernier livre s’intitule One Economics, Many Recipes: Globalization, Institutions, and Economic Growth.

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atara 02:33 19 Oct 09

You briefly mention how such a tax would have a large and adverse effect on short term traders, but you don't comment how you feel it will effect the forex market, currently the largest global financial investment market.

i wonder of the tax would be significant enough in size to have a detrimental effect on the forex trading market, or whether it would simply serve as a positive means by which to help raise international funds for necessary causes

-the committee in favor of online pharmacies without the need for prescriptions



AUTHOR INFO

Dani Rodrik, Professor of International Political Economy at Harvard University, is the author of The Globalization Paradox: Democracy and the Future of the World Economy.