Tuesday, September 30, 2014
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No Country for Young Oligarques

CAMBRIDGE – Propriétaire de mines d’or en Sibérie et d’une équipe de basketball professionnelle aux États-Unis, Mikhail Prokhorov est l’un des hommes les plus riches de Russie, avec une fortune estimée à 18 milliards de dollars. En juin dernier, il a accepté de diriger un parti politique de centre-droite dans la bataille des élections parlementaires de décembre. Prokhorov, âgé de 46 ans, a dû penser que son expérience dans les affaires boosterait ses perspectives politiques.

Prokhorov s’est trompé, et a démissionné en septembre de son poste de direction du parti. Mais quel que soit son embarras, il peut s’estimer plus heureux que Mikhail Khodorkovsky, autre oligarque russe aux ambitions politiques, qui purge aujourd’hui sa huitième année d’emprisonnement pour s’être audacieusement opposé aux idées de Vladimir Poutine sur sa manière de conduire la Russie.

Le retrait de Prokhorov a précédé de quelques jours l’annonce par Russie Unie, le parti au pouvoir dans le pays, selon laquelle Poutine allait briguer en 2012 un troisième mandat présidentiel, échangeant de poste avec l’actuel président Dmitri Medvedev, qui deviendrait alors Premier ministre. Sans doute trop pour Alexei Kudrin, ministre des Finances depuis 2000, dont le désaccord à l’encontre de l’augmentation des dépenses décidée par Medvedev l’a amené à démissionner.

En l’absence de nouveaux visages et idées, la seule perspective pour l’année électorale à venir consistera à injecter davantage de pétrodollars dans une économie en difficulté et d’une inefficience grossière. La frénésie de dépenses alimentera corruption, inflation et dépendance à l’égard des ressources naturelles - trois fléaux combattus par Kudrin tout au long de son mandat.

Si Prokhorov compte parmi les oligarques russes les plus respectés, Kudrin était quant à lui le membre le plus respecté du gouvernement. Leur retrait à tous deux de la vie politique est considéré de plus en plus largement comme un symptôme du creusement des divisions au sein de l’élite gouvernante de l’ère Poutine, voire comme le signe avant-coureur d’une crise politique.

Si l’on essaie de se faire une idée, on constate de nombreux signaux subtils indiquant une panique sur l’état de l’économie du pays, et pourtant aucun indice de l’existence d’un éventuel nouveau programme qui serait proposé par Russie Unie pour faire face aux défis de la prochaine administration Poutine, si ce n’est davantage de censure d’internet. Toutefois, tous les signes de conflit au sein du duo suprême à la tête de la Russie - Poutine et Medvedev - ont disparu.

Jusqu’en septembre, Medvedev a fait de gros efforts pour encourager les espoirs de changement. Mais Poutine n’a jamais perdu le contrôle de l’appareil gouvernemental, et ses chances de retour à la présidence n’ont jamais fléchi. Ainsi, de tels espoirs n’ont jamais été réels. La plupart des dirigeants russes occupent en effet leur poste depuis près de dix ans. On a pu observer chez certains d’entre eux, comme Kudrin, une impatience visible pour le changement ; mais la plupart se sont tout à fait contentés du statu quo.

Comme cela s’est produit pendant la Guerre Froide, une crise bureaucratique a soudainement dévoilé la manière dont cette élite exerce le pouvoir. En démissionnant de son parti, Prokhorov a publiquement accusé un des hommes du Kremlin, Vladislav Surkov, d’être l’instigateur de coups tordus, le traitant de « pantin » responsable de la « privatisation de la politique en Russie. »

Surkov, Premier chef adjoint de l’administration du président depuis 1999, co-préside le « Groupe de travail sur la société civile » - l’un des organismes créés en 2009 afin de « relancer » les relations russo-américaines - aux côtés de Michael McFaul, Conseiller du président américain Obama sur la Russie. Ce groupe de travail semble avoir contribué à mettre fin à la guerre des mots, au moins du côté américain, et McFaul est d’ores et déjà nominé au poste d’ambassadeur des États-Unis en Russie. Mais les membres du Sénat américain, qui doivent encore confirmer la désignation de McFaul, feraient bien de lui poser quelques questions à propos de Surkov, un homme qui supervisé la destruction des politiques démocratiques en Russie.

Selon Surkov, Prokhorov a prouvé qu’il refusait d’être une marionnette. Il est vrai que Prokhorov a beaucoup à offrir à son pays. Son discours articulé et ses succès de self-made-man se font rares parmi les hommes politiques russes. Et face à une situation dans laquelle le logement, la santé et l’éducation sont moins accessibles qu’à la fin des années 1980, son programme est axé sur les mesures indispensables à l’amélioration du capital humain de la Russie - le problème de fond qui entrave l’économie du pays.

D’après Prokhorov, la productivité en Russie n’équivaut qu’à 6-10% de celle des États-Unis, ce qui explique les difficultés de l’économie même lorsque le prix du pétrole, sa principale exportation, est au plus haut. Près de deux millions de professionnels éduqués ont récemment émigré de Russie. Au cours des 20 dernières années, l’inégalité sociale a triplé. La Russie, conclut Prokhorov, est une société féodale, caractérisée par un monopole politique de Poutine et par une mauvaise gestion de l’économie, qui fait valoir une soi-disant « malédiction des ressources naturelles » qui frapperait un grand nombre de pays exportateurs de pétrole.

Un diagnostic si sombre des maux de la Russie ne pourra jamais être traité par un parti politique issu du Kremlin. Pourtant, Prokhorov a pour un temps essayé de jouer le jeu de la politique selon les règles byzantine gouvernant les élections russes, ce qui a bénéficié à Russie Unie, la réplique construite par Poutine sur le modèle du Parti communiste de l’ère soviétique.

Mais vouloir jouer le jeu de la politique dans les règles établies par Poutine exige d’avoir des dizaines de professionnels à son service, de soi-disant « technologues politiques ». Malgré sa perspicacité, Prokhorov s’est entouré de personnes de ce genre, des assistants prétentieux, qui ont fait de la politique russe le spectacle révoltant qu’elle est aujourd’hui. Il a espéré pouvoir briser le monopole de Poutine en utilisant les mêmes armes.

Aujourd’hui, le programme de Prokhorov reste le seul fruit tangible des 26 millions de dollars que lui et ses amis ont investi dans sa campagne. Bien qu’il soit probablement davantage contrarié d’avoir perdu trois mois de son temps. Même s’il affirme qu’il ne se retirera pas totalement de la politique, il ne ressemble désormais qu’à un oligarque de plus devant faire un choix entre la capitulation, l’émigration ou l’emprisonnement. L’avenir de Kudrin semble bien obscur.

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