Thursday, September 18, 2014
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De la modestie pour le Moyen-Orient

“La maturité est tout,” conclut Edgar dans Le roi Lear . Je laisse aux spécialistes de Shakespeare le soin de déchiffrer ce qu’il avait à l’esprit. Mais pour le travail des diplomates et les historiens, comprendre le concept de maturité est crucial : il se réfère à l’imminence de résolution d’un conflit ou d’une négociation.

Cela a peut-être l’air savant, mais ce n’est pas le cas. Les États-Unis et les trois autres membres du quartet – l’Union européenne, la Russie, et les Nations unies – envisagent de convoquer plusieurs des protagonistes du conflit israélo-arabe lors d’une réunion près de Washington en novembre.

Le problème est que le conflit n’a pas atteint la maturité nécessaire pour être résolu. Ignorer cette réalité mènera à l’échec, voire à la catastrophe.

Cette maturité est constituée de plusieurs éléments : il faut une formule adoptée par les parties en présence, un processus diplomatique pour les mener jusqu’à ce point, et des protagonistes capables et désireux d’atteindre un accord.

Il n’apparaît pas clairement qu’aucune de ces conditions existe au Moyen-Orient actuel. On a beaucoup parlé et écrit au sujet de ce “statut final” ou de ce à quoi ressemblerait la paix entre Israël et les Palestiniens, mais d’importants différences subsistent concernant les frontières, le statut de Jérusalem et de ses lieux sacrés, les droits des réfugiés, le futur des colonies israéliennes et les arrangements de sécurité.

Il y a aussi une question de procédure. Qui doit être impliqué dans les négociations ? Quels sujets doivent figurer au programme ? Quelles sortes d’activités, notamment la violence et les mouvements de colonisation, doivent être écartées pendant les négociations ?

Le plus critique reste la condition du gouvernement local. Le président de l’autorité palestinienne Mahmoud Abbas veut peut-être signer un accord de paix avec Israël, mais rien ne prouve qu’il soit capable de le faire. Il a perdu toute autorité à Gaza, et son autorité en Cisjordanie ne tient qu’à un fil. Si la Palestine était un État, on jugerait qu’il a échoué.

Le Premier ministre israélien Ehud Olmert se trouve dans une position plus solide, mais qui reste incertaine. Son gouvernement de coalition survit principalement parce que beaucoup des membres du parlement israélien savent qu’ils perdraient leurs sièges dans une élection anticipée. Savoir si le maximum qu’Olmert serait sans doute capable d’offrir coïnciderait avec le minimum qu’Abbas serait capable d’accepter reste une question ouverte.

Essayer de mettre un terme au conflit du Moyen-Orient dans un tel climat serait vain. Pire encore, un échec renforcerait ceux qui, dans les deux camps, affirment que la diplomatie est une perte de temps.

Que doit-on faire, alors ?

Tout d’abord, il est important d’avoir de modestes attentes. Le “succès” doit être étroitement défini. Les appels à un accord sur les éléments les plus controversés d’un accord de paix final ne sont pas réalistes. S’accorder simplement sur un programme pour des réunions de suivi serait déjà un accomplissement. Ici, et ailleurs, les États-Unis devront mener le mouvement ; on ne peut attendre des parties qu’elles atteignent un consensus par elles-mêmes.

Deuxièmement, il est essentiel que cette réunion marque le point de départ d’un processus sérieux, et non d’un événement ponctuel. Il convient d’éviter les agendas rigides dont l’histoire nous a appris qu’ils ne pourraient être tenus. Mais personne ne devra partir en doutant de la détermination des États-Unis et des autres membres du Quartet à voir ce processus couronné de succès aussi vite que possible.

Troisièmement, la diplomatie ne peut survivre, et encore moins prospérer, au milieu d’une détérioration des conditions de vies quotidiennes sur le terrain. Plus que toute autre chose, les Palestiniens doivent associer paix et diplomatie et amélioration de leurs conditions de vie. Cela nécessite une amélioration des conditions de sécurité, des flux d’aide et d’investissement, et la réduction des expropriations qui nient la promesse de la création d’un État. Les Israéliens ont besoin, et méritent aussi, plus de sécurité.

Quatrièmement, il faut prévoir un moyen, pour ceux qui n’auront pas assisté à la réunion, de rejoindre le processus à une date ultérieure. L’obstacle le plus critique pour le Hamas et d’autres doit être l’engagement clair d’abandonner la violence armée dans la poursuite d’objectifs politiques.

Cinquièmement, on ne peut attendre de l’autorité palestinienne qu’elle prenne des risques pour la paix sans protection politique. Cela signifie que les gouvernements arabes, menés par l’Égypte et la Jordanie, mais aussi l’Arabie saoudite et d’autres membres de la Ligue arabe, doivent déclarer publiquement leur volonté de soutenir une paix basée sur la coexistence avec Israël. Il serait aussi utile que les pays en position de le faire annoncent leur possibilité de mettre des fonds à disposition pour aider à bâtir un État palestinien et pour réinstaller à la fois les réfugiés et ceux qui vivent dans des colonies évacuées selon les termes d’un traité de paix.

Cette approche semblera par trop modeste à certains, mais le temps des grandes ambitions n’est pas encore venu. Le contexte pour la paix au Moyen-Orient s’est gravement détérioré au cours des sept années écoulées depuis la dernière fois que l’administration Clinton en a convoqué les protagonistes. Les dirigeants israéliens et palestiniens actuels sont bien plus faibles que leurs prédécesseurs ; le Hamas contrôle Gaza, l’Iran a gagné en influence, un mur et de nouvelles colonies ont été construits, et les États-Unis, embourbés en Irak, ont perdu de leur prestige dans la région.

Ce n’est pas une raison pour se laisser aller. La négligence dans la région est rarement salutaire. Il est cependant vital que les nouveaux efforts ne fassent pas plus de mal que de bien. Éviter l’échec est parfois un meilleur objectif qu’atteindre un grand succès. Une telle occasion se présente. Les diplomates d’aujourd’hui seraient bien inspirés de se remémorer l’avertissement du grand homme d’État français Talleyrand : “ Surtout, messieurs, point de zèle .”

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