Friday, August 1, 2014
Exit from comment view mode. Click to hide this space
0

Gouvernance bien ordonnée commence par soi-même

Il semblerait que la déplorable affaire Paul Wolfowitz tire finalement à sa fin. Il est difficile de croire que celui-ci pouvait rester à la Banque mondiale, et il est temps de s’interroger en détails sur l’avenir cette institution. J’ai désapprouvé dès le début la façon dont Wolfowitz avait été choisi, car je m’oppose depuis longtemps au vieil accord entre les américains et les européens, selon lequel les premiers nomment systématiquement le président de la Banque mondiale et les seconds, le directeur général du FMI. Cet accord tacite date de la fondation des institutions de Bretton Woods, à une époque où le colonialisme était bien présent, mais qui n’a plus de sens au XXIe siècle.

Selon certains rapports, les leaders européens ont indiqué aux Etats-Unis que si Wolfowitz se retirait rapidement et calmement, ils pourraient choisir son successeur. Il est simple de comprendre pourquoi les Etats-Unis et l’Europe veulent continuer à agir comme si de rien n’était, or, ce genre de marché revient à manquer une occasion. Je ne vois pas de meilleur moyen pour restaurer la confiance dans ces deux institutions vénérables que de faire évoluer, enfin, la façon dont leurs dirigeants sont sélectionnés.

L’une des leçons à tirer du fiasco de Wolfowitz est que le sentiment des parties prenantes et des employés sur la direction de la Banque compte véritablement. Dès le début, les gens avaient des préjugés contre Wolfowitz en raison de son engagement dans la guerre en Irak, mais étaient prêts à lui donner une chance. D’aucuns avancèrent qu’il deviendrait peut-être un nouveau Robert McNamara, Secrétaire américain à la Défense qui a contribué au bourbier de la guerre du Vietnam, puis fait pénitence à la Banque.

Au départ, il y avait lieu d’espérer : Wolfowitz soutenait avec vigueur l’annulation de la dette et la fin des subventions agricoles. Mais il a aussi engagé de vieux amis et des alliés politiques – dont la plupart n’avaient aucune expérience en matière de développement – et s’est lui-même isolé du personnel, évinçant ceux dont le soutien était nécessaire. Comme nous l’a appris l’affaire Larry Summers à Harvard, les relations au sein des institutions importent réellement (pas seulement entre les donateurs et les financiers). A cet égard, Wolfowitz, aux dires de tous une personne intelligente et agréable, a desservi sa propre cause.

Pis encore, Wolfowitz ne semblait pas avoir de grands projets pour la Banque. Au lieu de mettre en place une stratégie de développement, il n’a fait qu’élargir les priorités de la lutte contre la corruption, élaborée par James Wolfensohn, son prédécesseur.

Lorsque j’étais économiste en chef sous la présidence de Wolfensohn, j’affirmais que manquer d’enrayer la corruption risquait de nuire aux objectifs de croissance et de réduction de la pauvreté. Au moment où j’ai quitté la Banque, ces idées étaient largement acceptées et j’étais ravi de voir que Wolfowitz continuait à soutenir les efforts de la Banque dans ce sens. Pourtant, la lutte contre la corruption ne devait être qu’un seul pan d’un programme plus complet indispensable au développement. En fait, l’efficacité de l’aide est mise à mal tant par l’incompétence que par la corruption.

Malheureusement, les priorités anticorruption de la Banque se sont politisées. On encourageait à verser de l’argent à l’Irak – un pays très touché par la corruption – tandis que d’autres pays étaient accusés de corruption sans preuves tangibles, ni détails spécifiques. Et là aussi, l’occasion n’a pas été saisie. Si les objectifs de la campagne étaient louables, celle-ci a pourtant généré l’hostilité et la rancune qui ont sapé son efficacité.

Dans ses efforts pour soutenir la démocratie et la bonne gouvernance, la Banque mondiale doit insister sur la qualité de la procédure régulière : il importe de ne pas traiter les accusations de corruption à la légère et d’utiliser les preuves transmises aux autorités dans le cadre de procédures ouvertes, transparentes et indépendantes. Il est indispensable que le successeur de Wolfowitz garde cela à l’esprit. Pour être efficaces, les campagnes anticorruption doivent être justes et limpides.

Il en va de même pour le choix du président de la Banque mondiale. Il est encore possible d’arracher la victoire à l’ennemi. Cette triste et navrante histoire connaîtrait un heureux dénouement si le successeur de Wolfowitz était choisi par le biais d’un processus ouvert et transparent. A quelque chose malheur est bon : espérons que ce soit le cas pour celui qui plane sur la Banque mondiale.

Exit from comment view mode. Click to hide this space
Hide Comments Hide Comments Read Comments (0)

Please login or register to post a comment

Featured