Friday, April 18, 2014
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Erreurs & Mensonges fiscaux

BERKELEY – Quel que soit l’endroit où l’on se trouve sur la planète, le débat sur la consolidation fiscale ressemble manifestement à un dialogue de sourds.

D’un côté, certains insistent sur le fait que les gouvernements doivent agir maintenant, à tout prix, pour modérer le déficit budgétaire. Il est essentiel, d’après eux, d’épurer durablement les finances publiques afin de rassurer les marchés financiers. Si l’on efforce, de manière concertée, d’équilibrer les budgets, la confiance sera rétablie. Et si la confiance est rétablie, la consommation et l’investissement reviendront à la hausse.

Selon cette théorie, restreindre les déficits a une visée expansionniste. Pour prouver qu’il ne s’agit pas d’une simple hypothèse, les avocats de la consolidation fiscale prennent en exemple le Danemark au début des années 1980, l’Irlande à la fin des années 1980 et la Finlande dans les années 1990.

De l’autre côté, d’aucuns insistent sur le fait qu’il faut consacrer davantage de dépenses publiques à la demande. Les dépenses privées restent faibles, sans parler du taux de chômage élevé qui pousse les consommateurs, inquiets par les perspectives d’avenir, à remiser leur portefeuille.

Qui plus est, avancent-ils, la preuve qu’une consolidation fiscale est expansionniste est faussée. Dans chaque cas où la consolidation fiscale est censée avoir joué un rôle, l’économie s’est accrue grâce à un troisième facteur. Le Danemark a connu une belle croissance, malgré les restrictions fiscales, car les taux d’intérêt, à l’origine à deux chiffres, ont baissé. La croissance en Irlande et en Finlande, s’est manifestée, en dépit des restrictions fiscales, car le taux de change a chuté de manière dramatique, ce qui a relancé les exportations.

Aujourd’hui, l’économie mondiale, en mal de demande, ne peut compter sur l’un ou l’autre de ces mécanismes. Les taux d’intérêt de plusieurs économies sont déjà proches de zéro. Et tous les pays ne sont pas en mesure de déprécier leur taux de change au même moment.

Mais qui a raison ? Imaginez ce qui suit : consommateurs et investisseurs sont les passagers d’une voiture roulant tout droit vers un mur en brique. Si le conducteur écrase la pédale de frein, il rassurera les passagers.

Dans notre cas, les entreprises du sud de l’Europe sont les passagers. Elles sont pleinement conscientes que la position fiscale de leur pays est insoutenable. Elles savent qu’il serait mal venu de manquer à rembourser leurs dettes. En voyant l’économie de leur pays se diriger vers le mur, toutes retiennent leur souffle, cependant que la preuve que le gouvernement compte sérieusement appuyer sur la pédale de frein leur permet de souffler un peu. Dans ce cas, il est probable que la consolidation fiscale affecte positivement leurs dépenses et leur manière d’investir.

Cette métaphore ne signifie pas que la Grèce, le Portugal et l’Espagne seront sujets à une croissance aussi forte que celle du Danemark, de l’Irlande et de la Finlande à leur époque. Ces pays ne sont pas en mesure d’abaisser le taux de change pour stimuler les exportations. Ils peuvent néanmoins réduire les taux d’intérêt en éliminant le risque ressenti de défaillance souveraine. Les banques pourront alors emprunter entre elles à un meilleur taux, et seront capables de prêter aux entreprises à un meilleur taux. Voilà qui laisse penser qu’investir serait une meilleure solution que ce que craignent les pessimistes.

Malheureusement, ce qui pourrait convenir au sud de l’Europe n’a aucune chance de fonctionner ailleurs. Dans les autres pays du G20, notamment aux Etats-Unis, en Allemagne, en Chine et au Japon, la voiture roule toujours sur une route dégagée. La vélocité fiscale est certes considérable – comprenez par là que les déficits sont énormes – mais il n’y a aucun signe de mur en vue. Les taux d’intérêt imposés à la dette publique sont toujours bas. Si les passagers devenaient rétifs, ils se lèveraient pour sortir de voiture. Or, ils ne l’ont pas encore fait.

Il n’y a donc aucune raison de penser que la consolidation fiscale serait d’un grand effet sur la confiance dans ces pays. Il faudra peut-être y recourir plus tard, lorsque le mur sera en ligne de mire. Mais comme il ne se profile pas encore à l’horizon, cela signifie que retrancher dans les dépenses publiques n’aurait pas d’effet positif sur les dépenses privées. Par conséquent, resserrer le budget ne serait pas expansionniste mais au contraire limitatif.

Restent les cas « limite » tels que la Grande-Bretagne. Le ministre des finances britannique George Osborne insiste sur le fait que la trajectoire fiscale de son pays est dangereusement insoutenable. Il a d’ailleurs proposé des coupes draconiennes. Certains s’y opposent fermement, invoquant le niveau constamment bas des taux d’intérêt, et le fait que le plan d’action du gouvernement précédent prévoyait que le prix net d’un emprunt chuterait aux deux-tiers ou presque entre 2010-11 et 2014-15.

Dans de tels cas de figure, c’est un peu comme si les gouvernements essayaient de manipuler le secteur privé, lui faire croire que les conditions minimales requises pour une consolidation fiscale expansionniste étaient déjà atteintes. Un peu comme s’ils tentaient de terroriser le secteur privé, de sorte qu’au moment où l’épée de Damoclès finira par tomber, consommateurs et investisseurs, soulagés de penser que le désastre a été évité, dépenseront davantage.

Si c’est le cas, les responsables politiques jouent un jeu dangereux qui consiste à encourager la consommation future en excitant les consommateurs et les investisseurs aujourd’hui, tout en comprimant les dépenses en cours au moment où le besoin s’en fait cruellement sentir.

Il se peut aussi que nos leaders ne croient à rien de tout cela et s’efforcent tout simplement de réduire les dépenses pour des raisons idéologiques, sans tenir compte des conséquences économiques. Mais qui est assez cynique pour croire à cette hypothèse ?

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