Sunday, October 26, 2014
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La croissance inégale, un défi pour l’Europe

Il y a un an, le défi majeur pour la zone euro était sa croissance économique anémiée. Mais 2006 a été une bonne année, le dynamisme surprenant des exportations ayant stimulé une augmentation inattendue de la demande intérieure. L’Allemagne, première puissance économique de la zone euro, a connu un revirement de situation particulièrement frappant, avec une augmentation du PIB annuel de 2,7 % en 2006, soit le taux le plus élevé depuis 2000.

Cette reprise en Allemagne a fait augmenter globalement la croissance en Europe, mais elle a aussi déséquilibré les résultats au sein de la zone euro : l’Allemagne connaît une croissance plus rapide que les autres grandes économies, la France et l’Italie.

L’Allemagne a accompli cet exploit grâce à une réorganisation radicale de son secteur privé, une « révolution silencieuse » opérée entre 2001 et 2005. Tandis que les observateurs et les commentateurs constataient la lenteur de la croissance économique globale, en coulisses d’importants changements avaient lieu dans l’indifférence quasi-générale.

Sans tambour ni trompette, les travailleurs allemands ont accepté de travailler plus sans augmentation de salaire. Cela a permis à l’Allemagne d’améliorer sa compétitivité sur les marchés internationaux par rapport aux autres économies importantes de la zone euro, qui n’ont connu aucune révolution – silencieuse ou autre – dans ce domaine.

Il a fallu un peu de temps pour que les résultats deviennent apparents. Mais en 2006, les exportations et le PIB ont augmenté plus rapidement en Allemagne qu’en France et en Italie.

Avant l’euro, le décalage entre l’Allemagne et ses grands voisins en matière de réformes n’aurait pas posé de problème. Les monnaies des autres pays se seraient dépréciées par rapport au mark, et il y aurait peut-être eu une baisse des taux d’intérêt.

Mais dans le contexte actuel ce n’est plus possible. La supériorité économique allemande a fait monter les enchères. L’euro et les taux d’intérêts européens ont atteint des niveaux qui lui conviennent, mais qui mettent en difficulté les retardataires de la zone euro. Le niveau de l’euro adapté pour les Allemands est trop élevé pour les Français et les Italiens. A l’inverse, les taux d’intérêt souhaitables pour les Français et les Italiens son trop bas pour les Allemands.

Du fait de l’union monétaire avec une Allemagne de plus en plus compétitive, les pays lents à se réformer, comme la France, l’Italie et le Portugal, se voient dans l’obligation de faire un choix difficile : accélérer leur processus de réforme ou être condamnés à une stagnation perpétuelle.

Or, même avec la volonté politique nécessaire, la relance des réformes est un processus lent et difficile. Malgré sa motivation, il a fallu à l’Allemagne quatre à cinq années pour y arriver. Pourtant, la perspective d’une stagnation permanente pour des pays comme la France, l’Italie ou le Portugal est inacceptable. C’est un prix trop élevé à payer pour l’adoption de l’euro.

Naturellement, les politiciens n’aiment pas devoir choisir entre l’inacceptable (une stagnation permanente), l’impensable (quitter la zone euro) et la difficulté (réformer). C’est pourquoi ils se réfugient dans un monde imaginaire. En France par exemple, tous les candidats à la présidence de la République entendent rester dans l’union monétaire mais affaiblir l’indépendance de la Banque centrale européenne et sa mission de maintien de la stabilité des prix, en augmentant la concertation entre les gouvernements et la BCE et en manipulant l’euro à leur avantage.

C’est se bercer de chimères. Une modification importante de l’union monétaire doit être approuvée par tous les membres, et n’aura donc pas lieu. Quant au président de la BCE Jean-Claude Trichet, il ne sera pas intimidé par les pressions de la France en faveur d’une politique monétaire plus modérée.

Trichet est un homme fort qui a déjà su tenir tête aux dirigeants français. Ils n’ont pas réussi à le faire céder lorsqu’il a défendu avec succès l’indépendance de la Banque de France, dont il était gouverneur ; ce n’est pas aujourd’hui qu’ils y parviendront.

Lors de la réunion de janvier du Conseil des gouverneurs de la BCE, par exemple, Trichet a pratiquement annoncé à l’avance une hausse des taux d’intérêt européens en mars, juste avant les élections présidentielles prévues en France en avril. Il a bien fait comprendre qu’il ferait son devoir sans tenir compte des pressions politiques.

La mission de Trichet est définie par le Traité de Maastricht, qui fait clairement de la promotion de la stabilité des prix l’objectif principal de la Banque centrale européenne. C’est ce que certains en France, et pas seulement à gauche, entendent changer. L’une des propositions qui circulent voudrait que le Parlement européen fixe les objectifs de la BCE, puisqu’il est démocratiquement élu, comme si le traité de Maastricht n’était pas lui aussi le fruit d’un processus démocratique.

Cette tentative arrogante pour détourner la BCE et la mettre au service du Parlement européen aurait pour conséquence une baisse durable des taux d’intérêt et une dépréciation de l’euro. Certes, la France échapperait aux réformes, mais au détriment de l’Allemagne, en proie à des pressions inflationnistes.

Cette proposition montre bien que le décalage sur le plan des réformes, et la croissance inégale qui en résulte, peuvent fragiliser l’Europe en montant les partenaires les uns contre les autres. Dans l’intérêt de la cohésion européenne et de leur propre situation économique, la France et l’Italie doivent se réformer plus vite que l’Allemagne, au lieu d’attendre que l’Allemagne ralentisse.

Il vaut mieux opter pour la difficuté que pour l’inacceptable ou l’impensable. Et pourtant, il ne semble pas du tout évident que les pays concernés soient à la hauteur de ce défi.

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