Sunday, April 20, 2014
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L’aide internationale donne des résultats

NEW YORK – Les détracteurs de l’aide internationale se trompent. Des masses croissantes de données prouvent que le taux de mortalité chute nettement dans plusieurs pays pauvres, et que les programmes de santé financés par l’aide extérieure ont joué un rôle de premier plan. L’aide internationale remplit sa mission : elle sauve des vies.

L’une des études les plus récentes, menée par Gabriel Demonbynes et Sofia Trommlerova, a montré que la mortalité infantile (le décès d’enfants âgés de moins d’un an), a fortement baissé ces dernières années et attribue une bonne partie de cette amélioration à l’utilisation de moustiquaires de lit contre le paludisme. Ces données corroborent une étude importante sur le taux de mortalité lié au paludisme, réalisée par Chris Murray et d’autres auteurs, qui a également constaté un déclin considérable et rapide des décès dus au paludisme après 2004 en Afrique subsaharienne grâce à des mesures de contrôle du paludisme financées par l’aide internationale.

Remontons douze ans en arrière. En l’an 2000, l’Afrique était en proie à trois épidémies majeures. Le sida tuait plus de deux millions de personnes chaque année et progressait rapidement. Le paludisme gagnait du terrain, à cause de la résistance croissante du parasite aux médicaments de l’époque. La tuberculose s’étendait également, en partie à cause de l’épidémie de sida et en partie à cause de l’émergence de souches résistantes aux traitements. Par ailleurs, des centaines de milliers de femmes mourraient en couches chaque année, n’ayant ni accès à des cliniques ou hôpitaux, ni aux soins d’urgence si nécessaire.

Ces crises interconnectées ont provoqué une mobilisation de la communauté internationale. Les États membres des Nations unies ont adopté les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) en septembre 2000. Trois des huit OMD – réduire la mortalité infantile, améliorer la santé maternelle, et combattre les maladies épidémiques – ont directement trait à la santé.

L’Organisation mondiale de la santé a elle aussi vigoureusement appelé à accroître l’aide au développement liée à la santé. Et des dirigeants africains, avec à leur tête le président nigérian d’alors, Olusegun Obasanjo, ont résolu de lutter contre les épidémies sévissant dans le continent. Le Nigeria a accueilli deux sommets historiques, sur le paludisme en 2000 et sur le sida en 2001, qui ont largement contribué à mettre en branle les actions nécessaires.

Lors du deuxième sommet, l’ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan a appelé à la création d’un Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Le Fonds mondial est devenu opérationnel en 2002, en finançant la prévention, le traitement et des programmes de suivi de ces trois maladies. Les pays à haut revenu ont aussi finalement consenti à effacer une partie de la dette contractée par les pays pauvres les plus endettés, leur permettant ainsi de consacrer davantage de moyens aux soins de santé et moins en remboursements exorbitants aux créanciers.

Les États-Unis ont aussi commencé à agir, en adoptant deux programmes de premier plan, l’un pour lutter contre le sida, l’autre pour lutter contre le paludisme. En 2005, le Projet du Millénaire de l’Onu a recommandé des mesures spécifiques pour développer les soins de santé primaires dans les pays les plus pauvres, prévoyant que les pays à haut revenu contribuent au financement des coûts que les pays les plus pauvres ne pourraient assurer.  L’Assemblée générale des Nations unies a appuyé plusieurs de ces recommandations, qui ont ensuite été mises en œuvre dans plusieurs pays à faible revenu.

Les dons consacrés à l’aide ont rapidement augmenté à la suite de ces efforts. En 1995, l’aide globale aux soins de santé s’élevait à près de 7,9 milliards de dollars. Ce montant insuffisant a lentement progressé, pour atteindre 10,5 milliards de dollars en 2000. Mais en 2005, l’aide annuelle consacrée à la santé avait cru de 5,9 milliards et à la fin 2010, de 10,5 milliards supplémentaires, pour s’élever au total à 26,9 milliards de dollars pour l’année.

Cet accroissement du financement disponible a permis de mener des campagnes de grande envergure contre le sida, la tuberculose et le paludisme ; une amélioration notable des conditions d’accouchement ; et une couverture vaccinale plus étendue, permettant une éradication presque complète de la poliomyélite. Plusieurs techniques sanitaires innovantes ont été testées et adoptées. Si l’on chiffre à un milliard le nombre de personnes vivant dans les pays à haut revenu, l’aide globale en 2010 s’élevait à 27 dollars par personne dans les pays donateurs – une somme modeste pour les citoyens de ces pays, mais salvatrice pour les plus pauvres de cette planète.

Les succès dans le domaine de la santé sont aujourd’hui manifestes sur plusieurs fronts. Quelques 12 millions d’enfants de moins de cinq ans sont décédés en 1990. En 2010, ils n’étaient plus 7,6 millions – un chiffre toujours trop élevé, mais qui constitue néanmoins une amélioration historique. Le nombre d’enfants morts du paludisme en Afrique, après un pic d’un million en 2004, s’élevait à 700.000 en 2010, et dans le monde entier, le nombre de femmes mortes en couches a diminué de presque la moitié entre 1990 et 2010, de 543.000 environ à 287.000.

De 10 à 15 milliards de dollars supplémentaires (soit environ de 10 à 15 dollars de plus par personne dans les pays à haut revenu), qui porteraient l’aide internationale à 40 milliards de dollars par an, permettraient d’accomplir plus encore dans les années à venir. Les OMD pour la santé pourraient être atteints même dans les pays les plus pauvres.

Malheureusement, à chaque étape au cours de la décennie écoulée – et aujourd’hui encore – les sceptiques ont argumenté contre la nécessité de venir en aide à ceux qui en avaient besoin. Ils ont maintes et maintes fois affirmé que l’aide internationale ne donnait aucun résultat ; que les fonds étaient gaspillés ; qu’il n’y avait aucune raison de donner des moustiquaires de lit aux pauvres, parce qu’ils ne s’en servaient pas ; que les pauvres ne suivaient pas correctement les traitements anti-sida ; et ainsi de suite. Leurs attaques ont été incessantes (j’en ai eu ma part).

Les adversaires de l’aide internationale ne font pas que se tromper. Leur antagonisme agissant continue à menacer le financement nécessaire pour mener la tâche à bien, pour réduire la mortalité infantile et maternelle de manière à atteindre les OMD à l’horizon 2015 dans les pays les plus pauvres, et pour s’assurer que tous aient enfin accès aux services de santé de base partout dans le monde.

Une décennie de progrès notables dans le domaine de la santé a prouvé que les sceptiques avaient tort. L’aide internationale produit des résultats – et des résultats remarquables – qui permettent d’améliorer et de sauver de nombreuses vies. Laissez nous continuer à soutenir ces programmes vitaux, qui sauvegardent la dignité et le bien-être de tous sur cette planète.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

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  1. CommentedNirmalan Dhas

    A NEW DYNAMIC FOR AID
    by Nirmalan Dhas on Thursday, January 5, 2012 at 4:12am ·



    The Context

    The world we live in is not the world into which we were born. It is a hotter world where floods, fires, tsunami, earthquakes and other sudden and unannounced disasters are increasing in their frequency. It is a world in which these sudden disasters cause billions of dollars worth of damage that take years to re build and draw heavily on already scarce resources.

    The world we live in is a world challenged by Rapid Resource Depletion (RRD), Pollution and Global Climate Change (P&GCC), Global Monetary Collapse (GMC) and the increasing incredibility of the Growth Model of Development (GMD) and the very nature of aid has to change in response to these hitherto ignored phenomena.

    Our models of aid are old and outdated and do not meet the requirements of the world we live in today and the one we are likely to make for ourselves tomorrow…



    Humanitarian Aid

    Humanitarian Aid was never designed to respond to the kind of disasters that we have faced in recent times and will likely face more frequently in the future. Humanitarian aid has always been emotionally driven and this emotional drive rests on the understanding that disasters are random un related events to the occurrence of which we contribute nothing and whose victims are in effect the victims of misfortune and therefore worthy of the sympathetic assistance of those who have not thus been afflicted. But today we are all afflicted by these four dynamics that have arisen out of our own greed based and desire driven actions over the last two centuries or so and there is no one who stands un affected and in a position to sympathize with us and help us.

    We have to prepare to help ourselves and so humanitarian aid must be transformed into a component that responds to emergencies within a larger process that is consciously engineered to engage the disasters that appear to lie ahead and mitigate their impact with the clear and conscious objective of ensuring the survival of as many human individuals as possible so that the human species itself may survive and regenerate itself.

    The human species cannot however survive or regenerate itself without ensuring the survival of its environment and its regeneration as well as ensure the survival of life on Earth, as we know it. The survival of the human species, the survival of life as we know it on Earth and the survival of the planetary environment, cannot be looked at separately but as a single indivisible whole.



    Development Aid

    This would render our growth model of development both destructive and dangerous so that our development aid would then have to be a holistic process that devotes the bulk of energy and resources to environmental repair and regeneration while channeling a significant quantum into research into new less dangerous technologies and into the designing of new ways to live, new habitats, new relations with food and nutrition, new ways of enhancing human health and wellness, new attitudes to death and new ways by which human knowledge can be passed down generations.

    Initially and for a very long time to come, a large amount of development aid will have to be devoted to disaster forecasting and warning systems, community training in disaster mitigation, the preparation of responses to likely disasters and the maintenance of stockpiles of food water and medicines as well as the training of communities in new ways of living and relating to each other for survival.



    Aid re-conceptualized

    As you can see, within this context aid ceases to be aid and becomes instead a vital component of the emerging model of development. It ceases to be a "one third of one percent" effort and instead it becomes the central force of the drive to ensure the survival of the human species and it is generated not by emotion but by clear and calm perceptions of what has occurred and what lies ahead of us and how we may respond with the objective of ensuring the survival of our human species.

    The understanding of this need for change is what we must bequeath the young of our species. We must ensure that the wisdom we have gathered through the eons of evolution of our species in the course of which so much energy has been expended and so many resources consumed must be handed over to them. Wisdom must become the mark of youth so that our young may survive the turbulence ahead.

    We have perhaps clumsily and perhaps crudely and perhaps blindly and perhaps unthinkingly clawed our way along the evolutionary pathways we were able to perceive until today at least some of us are able to perceive the price we have paid and the price we may be called upon to yet pay and who know that the extinction of the human species within whom such a high level of autonomy has been evolved, and life as we know it on earth and earths planetary environment which generates and sustains such life, cannot be permitted.



    The new developmental mission

    Life as we know it on earth can survive to continue its evolution through and beyond human being and to spread throughout the universe. It is up to us to ensure that it is facilitated in its attempts to survive and realize its potential to do so.

    Our context now demands much more than the Millennium Development Goals. It demands that we concentrate our every effort on the survival of our species and the survival of all that its survival requires.

  2. CommentedOliver R

    Although you cite many impressive figures to do with falling child mortality and fewer deaths of women during childbirth, to a certain extent the gains will surely be harder to maintain in the future. In a sense the development you describe must be the result of plucking low hanging fruit. For example mosquito nets can be manufactured and distributed fairly cheaply let yield large immediate falls in cases of malaria. However the only way that developing countries can truly become developed countries and sustain the gains made so far is with effective governance and the right economic and social policies in place. These vital factors are sadly lacking in many poor areas of the world. Hence although aid definately helps, it cannot act as a substitute for good governance.

  3. Commentedsandesh kotte

    I agree with Prof.Sachs argument that aid works but it is also true that in some situations/conditions it does not worked as well...Research shows both positive and negative outcomes of aid..But this does not favor giving up aid..What's important is,to go after some particular characteristics/political factors which determine the outcome of aid process...after all we are talking about life and death here..so i don't think it gives us other choice than how to work aid..

  4. CommentedBob Quiggin

    The point behind Prof Sachs's piece is that aid has worked. It has worked not only in his illustrated area of health care, but in emergency food supplies, food security, education, infrastructure, water and sanitation, training, capacity building and more. Given limitless space he could have detailed all these. And yes, aid dollars have to be spent effectively. But the contention he is battling is the simple claim that 'Aid does not work'.

    That claim is not only wrong, it is often promoted selfishly and endangers the lives of the most vulnerable and the security of us all.

    NB. My views are my own and do not necessarily reflect those of my employer.

  5. CommentedMoctar Aboubacar

    I almost agree with the title, but not with professor Sachs' choice of content. Two points to illustrate this:

    1. The title reads: "Aid Works" but the last paragraph reads "aid for health care works". What is being discussed is not all of aid, but aid to health care, and specifically aid to health care to reach MDGs. This is fine if it worked as an in-depth example illustrating a larger point, but I am unsure to what extent the argument on effectiveness applies in all other development contexts.
    Health care is relatively 'simple' in that it has a fixed logic and obvious end goal: 'diseases are detrimental to humanity, therefore they must be eradicated'. But not all issues in development have this basic normative line. Debates on democracy are far from over, and there is no consensus on an end goal to economic development (growth or redistribution?). Given this, the solution that aid brings is not always found in the aid money, as the health care example in this article by and large illustrates.

    2. Aid is not necessarily aid money, and I wish professor Sachs made this distinction much clearer. Professor Sachs' argument would be much stronger if he included more examples of effective aid that cannot be put into dollar amount (the UN Millennium Project is one good example cited). One wouldn't tell by reading the article that policy planning, strategy, creative problem solving and knowledge sharing can all be forms of aid.

    There is much to be said for how effective aid money to certain projects and in certain areas can be. But putting the emphasis on the quantitative side of things, while useful, can be distracting.
    With last year's Busan High Level Forum on Aid Effectiveness and with the upcoming Rio+20 summit, the logic is not, as professor Sachs suggests 'Aid works. So are we giving enough money?'.
    Rather, the logic is 'Aid _can_ work. How effective is it? What is the future of cooperation for development?'

  6. CommentedLara Gautier

    Unfortunately, appart from studies on malaria, Professor Sachs does not provide any evidence that decline in mortality in developing countries is actually due to increased funding and aid by rich countries... Who can prove that the good news (evidence should also be found: e.g. when we notice that immunization coverage in several districts exceeds 100%, we should seriously question data reliability...) can not be explained more generally by an improvement of basic hygiene & sanitation and economic development of these countries (which assign an increasing share of national budgets to health)?

    In addition, the Health MDGs are far from being met by 2015 and most experts in international health acknowledge this unfortunate perspective. Dr. Margaret Chan herself expressed some concerns during the last WHA which ended a few days ago...

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