Friday, August 1, 2014
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Le Venezuela sans Chávez ?

Santa Marta, Colombie - Comme tous les patients atteints de cancer, le président vénézuélien Hugo Chávez fait face à trois scénarios : une guérison rapide, un traitement prolongé ou une mort prématurée. Quoi qu’il en soit - même si Chávez récupère vraiment aussi vite qu'il voudrait nous le faire croire – au Venezuela les pourparlers sur l'ère post-Chávez ont déjà commencé.

Chávez gère les informations sur sa maladie et son traitement dans le cadre d'une stratégie politique. Après son opération, invoquant Dieu, Fidel Castro, les esprits de la savane et la science médicale, il a répondu aux rumeurs sur sa maladie et a fait du son retour de son traitement à La Havane une double célébration du bicentenaire du Venezuela et de son triomphe sur le cancer.

Chávez est un maître de la manipulation des médias : après le coup d'Etat manqué contre lui en 2002, il a brandi un crucifix pour pardonner à ses adversaires et pour être pardonné par eux. Après sa première séance de chimiothérapie, Chávez s'est écrié : « Je suis radicalement en train de changer de vie. »

Jusqu'à présent, les changements sont perceptibles dans son apparence et ses slogans. Une certaine auto-critique s'est glissée dans son personnage public. Pour son 57ème anniversaire, il portait du jaune à la place du rouge et avait remplacé par « La patrie socialiste ou la mort » par « Nous allons vivre et nous allons gagner. » Il a dit à son parti : « Ces gens qui s'habillent en rouge jusqu’à leurs sous-vêtements sont suspects et il en va de même pour le mot « socialisme ». Nous devons réfléchir à la manière d'introduire des changements dans nos discours et nos actions. » Et il a admis à la télévision vénézuélienne que le « manque d'efficacité dans la routine quotidienne (...) a mis en danger les politiques du gouvernement à plusieurs reprises. »

Mais ni ses tweets, ni son image de sportif, ni les réunions ministérielles télévisées de son gouvernement, ni les articles dans lesquels il s'en prend à l'opposition n’ont été capables d'endiguer l’impression croissante que sa maladie a entamé une transition incertaine.

Certains de ses partisans parlent de reporter les élections à venir. D'autres disent que le vote en 2012 pourrait être considéré comme l’ultime réélection de Chávez, ce qui lui permettrait d'assurer la transition. Le Chancelier Nicolas Maduro et le Ministre de l'Energie Rafael Ramirez ont été mentionnés comme ses successeurs possibles, mais leurs faibles capacités de leadership ne présagent pas d’un triomphe électoral l'année prochaine.

En attendant, Chávez s'efforce de minimiser l'incertitude. Depuis Cuba et Caracas, il fait semblant de gouverner et il place cette transition dans son contexte : « La seule transition ici, celle que nous devons accélérer et consolider, c’est la transition vers le modèle socialiste. » Dans le même temps, il banalise la question du leadership : « J'ai dit que je partirai en 2021. Peut-être que je partirai en 2031 quand j’aurai 77 ans. »

Il a adressé ce sarcasme à son grand frère Adán : « Je vois que tu te prépares pour la succession. » Mais le fidèle Adán, le gouverneur de Barinas, ancien Ministre de l'éducation et Ambassadeur à Cuba, n’est populaire ni auprès des partisans du président Chávez, ni dans l'opposition, en raison de son inefficacité et de la corruption.

Dans le sillage de sa maladie, Chavez tente de renforcer son mouvement. Il a appelé les militaires à « empêcher les intrigues ennemies » de perturber son unité. Il a essayé de regagner le soutien de ceux qui ont abandonné son Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV) ou ont cessé de voter pour lui et de convaincre ceux qui ne sont ni avec lui ni contre lui.

Aujourd'hui, Hugo Chávez est le seul capable de contrôler le gouvernement, les forces armées, les milices, le PSUV et même l'opposition. Il est devenu l'axe stable de l'instabilité du Venezuela qu'il a contribué à créer. Il peut radicaliser la « révolution », comme il l'a fait dans les crises précédentes, ou il peut fixer les règles et les conditions de la succession afin d'éviter la prédiction, attribuée depuis longtemps au cháviste Diosdado Cabello, de se réaliser : «Sans Chávez, il ne restera absolument rien."

La prompte guérison et l’humanisation de Chávez qui s’ensuivrait, sont considérées - au Venezuela comme en dehors - comme le meilleur scénario. Si son traitement est prolongé, il pourrait essayer de gouverner avec des vice-présidents tournants, et, si une prompte guérison ou un traitement prolongé ne sont pas possibles et si les élections sont reportées, une transition incertaine serait accélérée. Rien ne sera facile, étant donné les problèmes croissants de sécurité, de gouvernabilité, de stabilité institutionnelle et de performance économique, avec la perspective d'une récession mondiale renouvelée qui menace les revenus du pétrole.

Confronté à la possibilité d'une transition imprévue, le rôle des forces armées vénézuéliennes sera difficile, en raison de leur politisation sous Chavez, ainsi qu’à cause de leurs divisions internes et de la corruption. Les militaires peuvent choisir de soutenir le gouvernement élu, quel que soit le parti qui gagne, ou d’empêcher le triomphe final de l'opposition Mesa de Unidad. Les haut-gradés des Forces armées Nationales Bolivariennes ont soutenu ce dernier scénario, afin de montrer leur respect inconditionnel de Chávez, leur Commandant en Chef.

La présence de tant de civils armés dans les milices biens-aimées de Chavez va faire encore monter les enchères. Un rapport de la Commission de l'Assemblée nationale de la Défense indique que 50% de la population possède légalement ou illégalement des armes.

Ce contexte, associé à une polarisation sociale croissante, pourrait donner lieu au chaos et à la violence. Adán Chávez a appelé le PSUV à ne pas oublier « la lutte armée pour le pouvoir ». Au milieu d'un rite de guérison religieuse, cependant, Hugo Chávez s’est montré plus pacifique - et a totalement oublié le PSUV : « Plaçons-nous entre les mains de Dieu afin d'éviter la violence au Venezuela. »

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