Saturday, April 19, 2014
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Une alimentation morale

Selon les prévisions, la consommation mondiale de viande devrait doubler d’ici 2020. Pourtant, en Europe et en Amérique du Nord, on s’interroge de plus en plus sur l’aspect moral des méthodes de production de la viande et des œufs. La consommation de veau a chuté depuis qu’il est devenu notoire que pour produire la viande de veau dite “blanche” (en fait rose pâle), les veaux nouveaux-nés sont séparés de leur mère, anémiés volontairement, privés de fibres et entassés dans des stalles si petites qu’il ne peuvent ni marcher, ni se retourner.

En Europe, la maladie de la vache folle en a choqué beaucoup, pas seulement parce qu’elle a mis en pièces l’image de nourriture saine et sûre du bœuf, mais aussi parce que le public a appris que cette maladie était provoquée par l’alimentation des vaches, nourries de cerveaux et de tissus nerveux de moutons. Les gens qui croyaient naïvement que les vaches mangeaient de l’herbe ont découvert que les troupeaux destinés à notre alimentation pouvaient manger n’importe quoi, du maïs au poisson, de la litière de poule (excréments inclus) aux déchets des abattoirs.

Les inquiétudes soulevées par notre manière de traiter les animaux d’élevage sont loin de se limiter au petit pourcentage de végétariens ou de végétaliens, ceux qui ne consomment aucun produit d’origine animale. Malgré la solidité des arguments moraux en faveur des pratiques végétariennes, elles ne représentent pas encore l’opinion dominante. La position la plus courante est que notre consommation de viande est justifiée du moment que les animaux vivent une vie correcte avant d’être tués.

Le problème, comme Jim Mason et moi le décrivons dans notre dernier ouvrage, The Way We Eat, est que l’agriculture industrielle refuse aux animaux la moindre chance d’avoir une vie correcte. Des dizaines de milliards de poulets produits de nos jours ne sortent jamais. On les conditionne pour qu’ils aient un appétit féroce et grossissent aussi vite que possible puis on les élève dans des hangars qui peuvent contenir plus de 20 000 animaux. Le taux d’ammoniaque dans l’air, dû à l’accumulation de leurs fientes, pique les yeux et fait mal aux poumons. Tués à 45 jours seulement, leurs os immatures peuvent à peine soutenir le poids de leur corps. Certains s’écroulent et, incapables d’atteindre l’eau ou la nourriture, ne tardent pas à mourir. Leur destin ne constitue qu’une quantité négligeable à l’échelle économique de toute l’entreprise.

Les conditions sont pires encore pour les poules pondeuses entassées dans des cages en fils de fer, si petites que même si elles n’étaient qu’une seule par cage, elles seraient incapables d’ouvrir les ailes. Or elles sont en général entassées par quatre, souvent davantage. Dans de telles conditions de surpeuplement, les poules les plus dominantes et agressives peuvent piquer à mort les plus faibles de la cage. Pour éviter cela, les producteurs coupent l’extrémité du bec des poules avec une lame brûlante. Le bec d’une poule est plein de tissus nerveux. C’est, après tout, son principal moyen de communication avec son environnement, mais aucun anesthésiant ou analgésique n’est administré pour soulager la douleur.

Les porcs sont peut-être les animaux les plus sensibles et les plus intelligents que nous ayons l’habitude de manger. Lorsqu’ils fourragent dans un village rural, ils peuvent exercer cette intelligence pour explorer leur environnement et sa diversité. Avant de mettre bas, les truies utilisent de la paille ou des feuilles et des brindilles pour construire un nid sûr et confortable où s’occuper de leur portée.

Mais dans les élevages intensifs actuels, les truies enceintes sont parquées dans des caisses si étroites qu’elles ne peuvent pas se retourner, ou même faire plus d’un pas en avant ou en arrière. Elles gisent à même le béton, sans paille ni autre forme de litière. Les porcelets sont retirés à leur mère dès que possible pour qu’elle puisse retomber enceinte à nouveau, mais ils ne quittent jamais le hangar avant d’être menés à l’abattoir.

Les défenseurs de ces méthodes de production avancent qu’il s’agit là d’une réponse regrettable mais nécessaire à la demande de nourriture d’une population qui ne cesse de croître. Au contraire, quand nous confinons des animaux dans des élevages intensifs, il nous faut produire de la nourriture pour eux. Les animaux brûlent la plus grande partie de l’énergie fournie par cette nourriture juste pour respirer et chauffer leur corps, nous ne récoltons donc au final qu’une petite fraction, généralement pas plus d’un tiers et parfois seulement un dixième, de la valeur de la nourriture que nous leur donnons. En revanche, les vaches qui paissent dans les prés mangent de la nourriture que nous ne pouvons pas digérer, ce qui signifie qu’elles ajoutent à la quantité de nourriture qui nous est disponible.

Il est tragique que des pays comme la Chine et l’Inde, à mesure qu’ils s’enrichissent, copient les méthodes occidentales et parquent les animaux dans d’énormes élevages industriels pour fournir davantage de viande et d’œufs à leurs classes moyennes en plein développement. Si cela continue, le résultat sera des souffrances animales à plus grande échelle encore que ce qui existe actuellement en occident, davantage de dégâts infligés à l’environnement et une augmentation des maladies cardiaques et des cancers de l’appareil digestif. Cela sera aussi totalement inefficace. En tant que consommateurs, nous avons le pouvoir, et l’obligation morale, de refuser de soutenir des méthodes d’élevage cruelles pour les animaux et mauvaises pour nous.

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  1. CommentedPaige Pearson

    This article has some good points but readers must be careful of how they read it. Peter Singer writes only about the bad farms that make the rest seem horrible, I happen to live on a farm and it is nothing like what Mr. Singer depicts. Our cattle have the more comfortable styles of living than we do! They have wide open pastures and all the food they want plus medical attention when they need it. The farms that Mr. Singer is writing about are near nonexistent, you can't group all farms together because each one is different. If farmers even want to make a profit they have to take care of their animals, if one dies that is a loss of profit, so economically speaking their goal is to have happy health animals or they won't make a living! For chicken farms, cage free has become the norm, and yes there are tons of chickens per shed, but the sheds are massive! They can have that many chickens in them plus extra space! What I am trying to say is that what Mr. Singer depicts is not your typical farm, and articles like these that illustrate a false normal in the agricultural community hurt our economy on multiple levels, all the way from our grocery stores, to local farmers, and the stock market.

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