Thursday, April 24, 2014
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Les bénéfices économiques du contrôle des maladies

San Francisco – De grandes parties du monde ont été laissées à l’écart des remarquables progrès mondiaux en termes de santé faits au cours du dernier siècle. En effet, des millions de décès dans des pays pauvres seraient évitables avec des outils de prévention et de traitements que le monde riche utilise déjà.

Cette année, dix millions d’enfants vont mourir dans des pays aux revenus faibles et moyens. Si le taux de mortalité infantile était le même que dans les pays développés, ce chiffre serait inférieur à un million. À l’inverse, si le taux de mortalité était égal à celui des pays riches il y a un siècle, ils seraient trente millions à mourir.

La différence-clé entre alors et aujourd’hui ne relève pas du revenu mais des connaissances techniques sur les causes des maladies, les interventions pour les éviter, ou au moins les symptômes les plus pernicieux. Les outils dont nous disposons aujourd’hui pour améliorer la santé sont si puissants et peu onéreux que les conditions de santé devraient être raisonnablement bonnes, même dans les pays pauvres, si les décideurs dépensaient même relativement peu d’argent dans les bons postes.

Des recherches récentes réalisées pour le Consensus de Copenhague identifient six possibilités d’un très bon rapport qualité/prix, qui contribueraient à résoudre certains des problèmes de santé les plus urgents de la planète.

L’investissement le plus prometteur est dans le domaine du traitement de la tuberculose. Quelque 90 % des 1,6 million de décès dus à la tuberculose en 2003 ont eu lieu dans des pays à faibles et moyens revenus. La tuberculose affecte des gens en âge de travailler, et peut par conséquent être un déclencheur de pauvreté des ménages.

La pierre angulaire du contrôle est un traitement rapide utilisant des médicaments de première intention, qui ne nécessitent pas un système de santé très sophistiqué. Dépenser 1 milliard de dollars pour traiter la tuberculose en une année permettrait de sauver un million de vies. Étant donné qu’une bonne santé va de pair avec de plus hauts niveaux de bien-être économique à long terme, les bénéfices économiques de ces mesures valent 30 milliards de dollars.

Le deuxième investissement le plus intéressant en termes de coûts consiste à s’attaquer au problème des maladies cardiovasculaires. Les maladies cardiaques peuvent sembler ne pas représenter un problème urgent pour les nations pauvres, pourtant elles comptent pour plus d’un quart de leurs décès. Les mesures visant à réduire les facteurs de risque autres que le tabac – un excès de consommation de graisses animales saturées, l’obésité, l’hyperalcoolisation, la sédentarité, et la trop faible consommation de fruits et de légumes – n’ont eu que peu de succès.

Traiter les accidents cardiaques aigus avec des médicaments peu chers est très efficace en termes de coûts. Dépenser 200 millions de dollars pourrait permettre d’éviter plusieurs centaines de milliers de morts, réalisant des bénéfices 25 fois supérieurs aux coûts.

La troisième option est la prévention et le traitement du paludisme. Un milliard de dollars permettrait d’augmenter le nombre de moustiquaires de lit traitées à l’insecticide, et faciliterait l’accès à un traitement extrêmement efficace. Cela épargnerait plus d’un million de vies d’enfants et produirait des bénéfices économiques d’une valeur de plus de 20 milliards de dollars. Le Dispositif pour des Médicaments Accessibles – paludisme naissant (DMAp) est un mécanisme particulièrement attrayant pour injecter des ressources dans le domaine du contrôle du paludisme.

La quatrième solution pour les décideurs consiste à se concentrer sur des initiatives concernant la santé des enfants. Les meilleures mesures sont celles que nous connaissons bien : étendre l’immunisation, promouvoir l’allaitement maternel, augmenter l’utilisation de traitements simples et peu chers de la diarrhée et de la pneumonie de l’enfant, assurer la distribution à grande échelle de micronutriments clés, et étendre l’usage de médicament anti-rétroviraux et de substituts à l’allaitement pour empêcher la transmission du VIH de la mère à l’enfant.

Les mesures visant à étendre l’immunisation et la diffusion de micronutriments sont peut-être les plus cruciales. Dépenser un milliard de dollars dans de telles initiatives pourrait permettre de sauver un million de vies chaque année et de créer des bénéfices économiques valant plus de 20 milliards de dollar par an.

L’option suivante consiste à réduire le nombre de décès liés au tabac. D’après les schémas actuels, la cigarette fera 10 millions de morts par an d’ici 2030. La plupart toucheront les pays pauvres.

Quelque 100 millions des 200 millions de jeunes fumeurs chinois masculins et environ 40 millions des 100 millions de jeunes hommes indiens fumeurs mourront de causes liées au tabac. Une approche à plusieurs facettes du contrôle de la cigarette est l’une des rares ayant fait ses preuves en termes de prévention des maladies cardiaques et du cancer. La taxe sur le tabac est particulièrement efficace, et une augmentation de 10 % du prix réduit la consommation de 4-8 %.

Stopper la diffusion du sida/HIV est la sixième option. Pour des dizaines de pays dans le monde entier, l’épidémie de sida menace tous les aspects du développement. Mais quelques bonnes nouvelles apparaissent quand même : les taux d’infection du VIH ralentissent dans de grandes parties d’Asie et d’Amérique latine, ce qui semble refléter une augmentation (très irrégulière) des programmes de prévention.

Les plus grandes avancées dans le domaine de la prévention impliquent ce qui a été qualifié de “prévention combinée,” avec une augmentation simultanée et substantielle des interventions multiples, notamment la distribution de préservatifs, le traitement des maladies sexuellement transmissibles, la circoncision des hommes et des interventions dans le milieu des travailleurs sexuels par eux-mêmes. Empêcher deux millions d’infections par le VIH par an coûterait relativement cher, 2,5 milliards de dollars, mais les bénéfices en seraient douze fois plus élevés.

Les changements que nous prônons sont conçus pour cibler des zones précises plutôt que pour renforcer la capacité générale du système de santé. Mais il y a une exception de taille : le renforcement de la capacité chirurgicale, tout particulièrement dans les hôpitaux locaux, peut, avec des moyens financiers limités (mais souvent de façon décisive) résoudre les problèmes de santé au niveau de l’abdomen. Les investissements longtemps négligés dans les installations chirurgicales se révèleraient extrêmement rentables.

Même si les coûts de ces initiatives étaient deux ou trois fois supérieurs à nos estimations, ces démarches fourniraient quand même d’inestimables occasions de réduire les inégalités sanitaires et de rendre service au monde.

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