Friday, August 22, 2014
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Les crises estivales

PRINCETON – L'Europe se trouve au point de bascule entre reprise économique et aggravation de la crise, suivie de la désintégration de l'UE. Alors qu'il y a trois ou quatre semaines, les commentateurs et les analystes financiers clamaient qu'il ne restait que quelques mois pour sauver l'Europe, de sommet de la dernière chance en sommet de la dernière chance, les dirigeants politiques parlaient récemment en termes de jours.

L'Histoire de l'Europe et l'Histoire financière abondent de crises estivales. Trois d'entre elles ont modelé le 20° siècle. Elles ont été d'autant plus graves que les principaux responsables politiques étaient alors en vacances. Dans deux ans, l'Europe va célébrer le centenaire de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand le 28 juillet 1914, ainsi que la "Crise de juillet" qui a suivi, déclenchant la Première guerre mondiale en août de la même année. Le 13 juillet 1931, le système bancaire allemand s'est effondré, transformant le ralentissement économique américain en une crise mondiale, la Grande dépression. Le 15 août 1971, le président américain Nixon a mis fin à la convertibilité du dollar en or, ce qui a engendré une décennie d'instabilité monétaire mondiale.

 A l'origine de chacune de ces crises on trouve un problème technique pointu, assorti d'un éventail de problèmes politiques de bien plus large ampleur. Dans chaque cas, l'intrication de problèmes techniques et politiques a conduit à un désastre.

En juillet 1914, les diplomates essayaient de trouver comment l'empire des Habsbourg pourrait traiter la question de l'enquête de police transfrontalière qui était inévitable après un attentat. Les dirigeants politiques songeaient surtout à affirmer la renaissance et la grandeur de leur nation.

En 1931, les experts se préoccupaient surtout de la combinaison des réparations et dettes de guerre liées à la Première guerre mondiale et de l'endettement important du secteur privé. Dans de nombreux pays, des mouvements politiques populistes pensaient encore à la renaissance et à la grandeur de leur nation.

En 1971, les problèmes techniques portaient sur le rôle du dollar dans le système monétaire international. Mais les dirigeants étrangers n'appréciaient guère le rôle central que continuaient à jouer les USA dans l'ordre de l'après-guerre.

Dans chacune de ces crises estivales il ne suffisait pas de résoudre la difficulté technique pour résoudre l'ensemble du problème. Il en est de même aujourd'hui. La crise européenne présente exactement la même combinaison de facteurs dont chacun nécessite une solution différente. D'un coté, un ensemble complexe de crises budgétaires et de problèmes bancaires à travers toute l'Europe exigent des mesures de sauvetage de grande ampleur et en même temps très précises ; de l'autre, un problème sous-jacent de gouvernance européenne (tant au niveau national qu'à celui des institutions supranationales de l'UE) s'aggrave depuis le début des années 1990.

Pour résoudre les problèmes techniques, l'Europe a besoin d'un mécanisme pour faire face aux dettes existantes et éviter des emprunts excessifs dans l'avenir. En 1790 aux USA, Alexander Hamilton a entamé des négociations restées célèbres pour que le gouvernement fédéral prenne en charge les dettes des différents Etats, mais au début du 19° siècle, le comportement de nombre d'Etats laissait à désirer (il y eut de nombreuses faillites), jusqu'à ce qu'ils adoptent une législation ou amendent leur Constitution de manière à imposer l'équilibre budgétaire.

L'UE a besoin d'une autorité budgétaire pour assurer le fonctionnement de l'union économique et monétaire européenne. Il est déjà assez étrange que dans une union douanière les droits de douane soient administrés au niveau national. Les bureaux de douane constituaient l'élément essentiel de la proposition de Hamilton. Une européanisation d'une partie de la TVA constituerait un énorme progrès pour combattre la fraude massive que le système existant favorise. La mobilité de la main d'oeuvre reste incomplète en l'absence d'un système de retraite et de prestations sociales à l'échelle de l'Europe : dans le système actuel, une personne qui travaille cinq ans en France, cinq ans en Grèce et cinq ans en Allemagne recevra une retraite réduite de chacun de ces pays. Or la crise s'est déjà traduite par une augmentation des migrations intra-européennes.

Mais aucun plan de sortie de crise ne pourra réussir s'il n'est pas largement accepté en Europe, tant par les pays endettés que par les pays créanciers. Notamment dans les pays endettés qui ont l'expérience des dégâts économiques et politiques causés par les dépenses exagérées des précédents gouvernements, il n'y a aucune raison que l'opinion publique ne soit pas favorable à une solution constitutionnelle qui inclut une limite à l'endettement.

C'est le spectacle des autorités politiques décidant de solutions techniques compliquées et peu crédibles qui a donné naissance à la réaction populiste. Autrement dit, les experts doivent arrêter de traiter les citoyens européens comme s'ils étaient stupides.

Il faut donc à l'Europe un renouveau constitutionnel à long terme grâce à de nouveaux traités, de même qu'il lui faut trouver à tout prix une solution à court terme. Amender les traités existant relève de la même vieille recette - le refus de prendre en compte un énorme problème visible de tous. On ne peut reprocher à l'opinion publique de ne pas accepter ce genre de chose.

Examinons les crises européennes qui ont eu des conséquences heureuses. Le 16 juin 1940, Winston Churchill a proposé une union politique entre la Grande-Bretagne et la France après l'invasion de cette dernière par l'Allemagne. Dix ans plus tard, le chancelier allemand Konrad Adenauer proposait une union politique entre la France et l'Allemagne. C'est le genre d'audace qu'il nous faut aujourd'hui.

Dans le passé, c'était la guerre, une immensité de chaos et de souffrance, qui soudait les nations. La crise actuelle est-elle assez grave et menaçante pour produire un effet analogue ? Plus l'Europe va souffrir, plus son opinion publique va estimer à juste titre qu'un projet de réformes à petits pas relève de la pure futilité.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

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  1. CommentedProcyon Mukherjee

    This is in response to Gary’s repeated reference to public debt and taxation and its equivalence and costs. Let me try to bring in a dynamic that goes beyond the simplistic paradigm that Gary has constructed. The first part of the dynamic is that the tax revenues are cyclical with a slight phase lag with the business cycles and there is therefore the attempt made towards ‘tax smoothening’. The second part of the dynamic is the attempt towards inflation targeting and making a one-on-one increase in the nominal interest rate versus a larger increase and how the market participants respond to it; too much of restraint by the market participants renders the passive fiscal policies infeasible therefore. The third is the threshold level of public debt and beyond which monetary policy independence is doubtful. There is beyond this the issue of general price level, private wage and general employment level dynamics.

    Procyon Mukherjee

      CommentedGary Marshall

      Hello Procyon,

      I have already addressed your points in a previous post.

      The short proof only shows that Taxation has no financial benefit for a nation.

      If a nation were to borrow instead of Tax, the assets created will equate to the sired liabilities.

      The proof may be simple, but its intended to be simple so that one may easily understand it.

      As Taxation has no financial benefit, then why does any nation Tax to fund its public expenditures?

      I know that tax revenues are cyclical. The government expends most when the economy is at its peak. It then expends less when the economy recedes. The very opposite of what prudent policy should be. This time around, governments expended greatly at the height of the business cycle, and then far more during the recession, greatly enlarging government participation in the economy and ensuring enduring high levels of participation.

      I don't know what you mean, Procyon, by some attempt at tax smoothing. What exactly is the practice and how does it apply to current public finance practices?

      By abolishing Taxation and solely borrowing, a nation's public expenditures will reach a maximum when the interest rate reaches a minimum, and a minimum when the interest rates a maximum. This should greatly temper ruinous fiscal tendencies inherent in Taxation and save the nation a hell of a lot of pain.

      With borrowing, government will be forced by its petulant and perpetual banker to justify every public expenditure. As funds will now come with a capital charge, the government will be compelled to ensure returns greater than all costs. This measure should get rid of all that public squander and destructive inflation now infesting every public expenditure undertaken with borrowed money. As there shall be no inflation, there will not be no further need for inflation targeting by any monetary authority. As there shall be little squander, the nation shall produce at rates far greater than previously, ensuring a wealthier nation for all.

      Employment will soar when the deterrent effect of Taxation is removed from the economy. Individuals and firms will no longer have to factor in the harmful effects of Taxation in calculating economic outcomes on their household or commercial activities.

      General price levels will fall with the great constraints now placed upon ruinous fiscal policies or squander in troubled times and in good times. And productive employment shall rise to a maximum with constraints upon the unproductive employment highly encouraged by government fiscal squander and perverted tax policies.

      The only monetary policy I have seen is either inherently destructive or impeding of market forces of supply and demand, or its innocuous. The nation will be far better off without it.

      What a better world it shall be.

      And the meek shall inherit the earth!

      GM

  2. CommentedGary Marshall

    Hello Mr. James,


    The individual European countries have the means to remedy their current problems with ease. There is not need of some collective fiscal measure or coordinated prescription.

    The means to that end is contained in the little proof below for the abolition of Taxation, which novelty may be absurd on its face, but not so when examined.

    If you or anyone can find the flaw in this proof, I shall be more than happy to give the reward of $50,000. None have yet been successful. Perhaps because so few have tried.

    Its not the end of Europe or the world, but a new beginning.

    Enjoy!

    ####

    The costs of borrowing for a nation to fund public expenditures, if it borrows solely from its resident citizens and in the nation's currency, is nil.

    Why? Because if, in adding a financial debt to a community, one adds an equivalent financial asset, the aggregate finances of the community will not in any way be altered. This is simple reasoning confirmed by simple arithmetic.

    The community is the source of the government's funds. The government taxes the community to pay for public services provided by the government.

    Cost of public services is $10 million.

    Scenario 1: The government taxes $10 million.

    Community finances: minus $10 million from community bank accounts for government expenditures.
    No community government debt, no community
    government IOU.

    Scenario 2: The government borrows $10 million from solely community lenders at a certain interest rate.

    Community finances: minus $10 million from community bank accounts for government expenditures.
    Community government debt: $10 million;
    Community government bond: $10 million.

    At x years in the future: the asset held by the community (lenders) will be $10 million + y interest. The deferred liability claimed against the community (taxpayers) will be $10 million + y interest.

    The value of all community government debts when combined with all community government IOUs or bonds is zero for the community. It is the same $0 combined worth whether the community pays its taxes immediately or never pays them at all.

    So if a community borrows from its own citizens to fund worthy public expenditures rather than taxes those citizens, it will not alter the aggregate finances of the community or the wealth of the community any more than taxation would have. Adding a financial debt and an equivalent financial asset to a community will cause the elimination of both when summed.

    Whatever financial benefit taxation possesses is nullified by the fact that borrowing instead of taxation places no greater financial burden on the community.

    However, the costs of Taxation are immense. By ridding the nation of Taxation and instituting borrowing to fund public expenditures, the nation will shed all those costs of Taxation for the negligible fee of borrowing in the financial markets and the administration of public
    debt.

    Regards,
    Gary Marshall

  3. Portrait of Michael Heller

    CommentedMichael Heller

    Harold James:

    I recall you wrote in The Roman Predicament - “Kindelberger defended his view that crisis solution depended on the ability of brilliant men to devise innovative and novel solutions, and that pedantic following of rules was unwise and counterproductive”. A little later in the same book, you concluded “Rules may be a way of ensuring that the genius of Terminus does not in practice terminate experiments in the extension of the principles of legal certainty and order”.

    I guess Europe needs -- as implied by your article today -- both a brilliant strong leader, perhaps a woman, and a well designed innovative set of constitutional rules. It is classically the make-or-break crisis window-of-opportunity when leadership and ideas can trump incremental evolution. Thanks for the provoking and positive analysis.

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