NEW YORK – Les discussions à propos de l’influence des médias sociaux sur la politique ont trop tendance aujourd’hui à mettre l’accent sur la prise de conscience : les gens adoptent les médias sociaux, découvrent qu’ils ne sont pas seuls, commencent à protester et en fin de compte, leur « révolution Facebook » renverse les pouvoirs établis. Mais que se passe-t-il ensuite ?
En tant qu’investisseur providentiel dans des jeunes entreprises innovantes et philanthrope occasionnel, j’ai la chance de pouvoir voyager dans le monde et parler avec des personnes éloquentes qui me donnent une vision claire, non officielle de la manière dont fonctionnent réellement la plupart des pays. C’est un tableau déprimant. J’ai visité près de 70 pays et découvert près de 70 manières de mal gouverner.
Plusieurs de ces pays tiennent des élections ; mais comme il a été dit à propos de la Russie, même si les candidats changent, le résultat est prévisible. Il arrive fréquemment qu’un seul individu ou un petit groupe de personnes détiennent le pouvoir absolu. Des entreprises qui semblent indépendantes sont en fait inféodées à des membres du gouvernement qui prennent en général une part des bénéfices au passage.
Même dans les démocraties véritables, où les citoyens votent librement, la conjoncture est désastreuse, comme en Grèce. Ailleurs, en Égypte par exemple, la démocratisation entraîne des manifestations, ou même des violences.
Il semble pourtant que la situation s’améliore en Birmanie, et le Zimbabwe connaît une accalmie ; mais la Hongrie – et plus récemment, l’Afrique du Sud – ont adopté des lois sur les médias qui permettent de censurer les informations qui pourraient s’avérer gênantes, pas nécessairement pour le gouvernement, mais pour ceux qui détiennent le pouvoir. Les émeutes et les manifestations sont fréquentes, aux quatre coins du globe.
Aux Etats-Unis et ailleurs, les gouvernements élus avaient autrefois l’habitude de se soucier du bien-être de la population. Mais aujourd’hui, comme des entreprises qui complotent contre leur clientèle pour évincer des nouveaux venus perturbateurs, ils se sont transformés en groupements d’intérêts distincts. Les partis politiques s’échangent des avantages en négligeant ceux qui les ont élus.
Le pouvoir de taxation, par exemple, est plus souvent utilisé pour employer des fonctionnaires ou des employés dans des sociétés privilégiées que pour fournir les services que demandent les citoyens. Les bureaucraties inefficaces, sans concurrence, s’emploient davantage à maintenir les emplois qu’à servir leurs administrés.
L’un des problèmes est lié à la manière dont l’argent fausse les règles du jeu, pas seulement dans les dictatures qui exercent un contrôle de fait sur l’économie, mais également dans les pays démocratiques où le monde des affaires à toute latitude pour « influencer » les gouvernements. Les partis politiques prétendent incarner des idées et une vision du monde, mais ils sont plus souvent des machines à faire de l’argent qui s’auto-perpétuent.
Les récents soulèvements populaires dans le monde démontrent que certains citoyens ont pris conscience du fait qu’on leur offrait des choix qui n’en étaient pas, souvent sans plus de portée que le choix entre différentes marques de dentifrice. Les réseaux sociaux leur ont donné de nouveaux outils pour renverser des régimes odieux. Il est toutefois nécessaire à présent de trouver de nouvelles approches pour améliorer l’efficacité, la responsabilité et la transparence du fonctionnement des gouvernements.
Je ne suis pas entièrement sûre de ce qu’il faudrait faire, mais je soutiens une tentative, sous la forme du groupe Americans Elect, de provoquer un changement radical aux Etats-Unis. Ce serait peut-être un modèle à émuler ailleurs.
La première tâche de ce groupe est simplement d’obtenir le droit de pouvoir placer un candidat sur les listes électorales aux côtés du candidat démocrate et du candidat républicain, dans les cinquante États fédéraux américains. Cette tâche est loin d’être aisée, et le processus continue, État par État. Les réglementations de la plupart des États protégent les deux partis qui dominent la politique américaine depuis plus d’un siècle. Il se trouve que la majorité des bureaucraties fédérales, en théorie au service des citoyens, rendent en fait des comptes à ces deux partis et font ce qu’elles peuvent pour empêcher Americans Elect de prendre part au scrutin l’automne prochain.
Plusieurs observateurs estiment que Americans Elect privera les autres candidats de voix sans pour autant avoir d’impact durable. J’espère néanmoins que la frustration généralisée des électeurs décuplera la capacité du groupe à provoquer une transition véritable vers une nouvelle approche.
Americans Elect utilisera une longue série de concours et de convocations, à la fois réelles et virtuelles, pour sélectionner un candidat qui sera redevable à des millions de personnes, plutôt qu’à un petit groupe de grands donateurs dont les intérêts devront être servis par les candidats traditionnels. Le projet d’Americans Elect est astucieux : les fondateurs initiaux du groupe ont été invités à faire des prêts et non des dons ; ils n’auront ainsi aucune prétention sur Americans Elect une fois qu’ils auront été remboursés. (Ils seront bien sûr une source naturelle de financement pour l’élection suivante, et le groupe devra donc s’autofinancer au moyen de donations modestes sous peine de devenir également inféodé à des groupes d’intérêt).
Ces ressources doivent être utilisées pour aller à la rencontre d’un vaste public par le biais d’internet, qui sera invité à faire des donations et à se joindre au processus national de propositions et de sélection d’un candidat tiers à la présidence. Ce candidat ne tentera pas de polariser et de diviser le pays, mais cherchera au contraire à l’unifier autour d’approches sensées sur la politique budgétaire, l’éducation, le système de santé et d’autres questions à long terme. En finale, les citoyens ne veulent pas qu’on leur vende le même vieux dentifrice quand ils ont en fait besoin de soins dentaires sérieux.
Americans Elect n’est pas la seule organisation avec cette vision, mais c’est la seule ayant la taille nécessaire. J’ai récemment assisté à une présentation faite par 5ivePoints, une société de conseil et développement qui aide les personnes chargées des campagnes électorales, souvent des volontaires, à créer des réseaux via Facebook, Twittter, Google et autres. 5ivePoints cherchera naturellement à avoir pour client les partis traditionnels, mais j’espère que des groupes comme Americans Elect, et éventuellement les groupes de manifestants d’autres pays, commenceront également à s’en servir (ou des sociétés analogues). Si l’idée est de remplacer nos gouvernements actuels par des modèles plus responsables, nous devons utiliser les nouveaux outils informatiques, non seulement pour faire table rase du passé, mais également pour introduire l’avenir.


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