Wednesday, October 22, 2014
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Un mauvais affaire pour l’avenir de l’Amérique

WASHINGTON, DC – La loi sur le budget des USA que Barack Obama a signée le 2 août, négociée à grand-peine, combine un relèvement du plafond sur la dette gouvernementale et des réductions sur les dépenses fédérales. Les Etats-Unis ont ainsi écarté la perspective du premier défaut en 224 ans d’histoire. Cependant, l’accord recèle trois failles majeures. Deux d’entre elles se compensent l’une l’autre, mais la troisième menace ce dont l’Amérique aura le plus besoin au cours des prochaines années : la croissance économique.

La première faille : les réductions de dépenses arrivent au mauvais moment, alors que l’économie des USA est en difficulté, et risquent donc de provoquer une nouvelle récession. Ceci dit, la deuxième faille de la mesure est que les réductions de dépenses exigées sont en fait modestes. De même que la législation n’en fait pas assez pour solutionner le problème des déficits budgétaires chroniques et en augmentation aux USA, le dommage qu’elle infligera à l’économie à court terme sera probablement limité.

Par contre, la troisième faille est la plus grave : les diminutions de dépenses sont prévues aux mauvais endroits. Parce que les Démocrates au Congrès ont un attachement quasi religieux à la préservation, intacte, des programmes « principal welfare » pour les seniors, de la Sécurité Sociale et de Medicare, la loi ne touche à aucun d’entre eux. Pourtant, les coûts de ces programmes augmenteront rapidement lorsque la génération des 78 millions baby boomers – les personnes nées entre 1946 et 1964 – prendra sa retraite et recevra les allocations qui y sont associées ; ce qui représentera une augmentation sans précédent des dépenses gouvernementales et des déficits potentiels pour les années à venir. Et, parce que les Républicains au Congrès ont une allergie tout aussi forte envers toute augmentation de la taxation, peu importe le moment ou les circonstances, la loi ne prévoit aucune augmentation des taxes pour payer la facture de la réduction du déficit qu’elle prévoit – pas même pour les Américains les plus riches.

Toutes les réductions de dépenses viennent de la partie « discrétionnaire » du budget fédéral, qui exclut la Sécurité Sociale, Medicare, le programme Medicaid pour les plus pauvres et les intérêts sur la dette nationale. Ce qui laisse seulement environ un tiers des dépenses fédérales totales pour effectuer ces diminutions. En outre, une bonne partie de ce tiers correspond au budget de la défense, que les Républicains tenteront de protéger à l’avenir. En conséquence, la structure établie par la loi du 2 août concentre la réduction du déficit sur la partie « discrétionnaire hors défense » du budget fédéral, qui en représente seulement 10% environ.

Il s’agit d’un trop petit réservoir de ressources pour réaliser une réduction du déficit de la taille qui sera nécessaire aux USA au cours des prochaines années. Pire encore, les dépenses discrétionnaires hors défense comprennent des programmes qui sont indispensables à la croissance économique – et la croissance économique est indispensable à la prospérité future et au positionnement global de l’Amérique.

La croissance est, en premier lieu, la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires du pays. Plus le taux de croissance est élevé, plus les revenus que le gouvernement peut accumuler sans augmenter les taxes sont élevés ; et des revenus plus élevés permettent de réduire le déficit.

De plus, la croissance économique est nécessaire pour tenir la promesse – extrêmement importante pour le peuple américain – que chaque génération aura l’opportunité de devenir plus prospère que la précédente, ce qui est communément appelé « le rêve américain ». Tout aussi important pour les non Américains, seule une croissance économique robuste peut permettre aux USA de tenir leur rôle expansionniste dans le monde, qui soutient l’économie globale et contribue à la stabilité de l’Europe, l’Asie de l’est et le Moyen Orient.

Comme Thomas L. Friedman et moi-même expliquons dans notre livre à paraître That Used To Be Us: How America Fell Behind in the World It Invented and How We Can Come Back (Ce que nous étions : Comment l’Amérique s’est laissé distancer dans le monde qu’elle a inventé et comment nous pouvons rattraper notre retard, NDT), un facteur crucial du succès économique de l’Amérique a été un partenariat public-privé constant, qui remonte à la fondation du pays, et qui est mis en péril par la nature des réductions de dépenses décidées par la loi du 2 août.

Ce partenariat présente cinq composantes : de plus grandes opportunités pour l’éducation afin de produire une main d’ouvre disposant de compétences de pointe ; des investissements d’infrastructure – routes, usines électriques et ports – qui soutiennent le commerce ; des fonds pour la recherche et développement afin de repousser les frontières de la connaissance et créer de nouveaux produits ; une politique d’immigration qui attire et garde les talents d’au-delà des frontières américaines ; enfin, une législation commerciale assez forte pour prévenir des désastres comme le quasi effondrement du système financier en 2008, mais pas assez rigide pour étouffer la prise de risque et l’innovation à la source de la croissance.

Les trois premiers éléments de la formule américaine pour la croissance coûtent de l’argent, et cet argent correspond à la partie « discrétionnaire hors défense » du budget fédéral, ciblée par la loi du plafond sur la dette. Réduire ces programmes diminuera la croissance économique de l’Amérique à long terme, avec des conséquences négatives à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Réduire le déficit en réduisant les fonds pour l’éducation, l’infrastructure et la recherche et développement, c’est comme essayer de perdre du poids en se coupant trois doigts : la plupart du poids reste intact, alors que les perspectives de vie diminuent fortement.

Réduire les déficits afin d’augmenter le plafond sur la dette était une bonne décision, mais la loi du 2 août le fait de la mauvaise manière. Davantage de réduction du déficit sera inévitable. Si celle-ci n’est pas alimentée par une diminution des allocations et une augmentation des revenus, mais par des programmes vitaux pour la croissance économique, le résultat sera un appauvrissement et un affaiblissement des USA – et un monde plus incertain, voire instable.

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