Wednesday, November 26, 2014
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Pourquoi la Chine ne peut s’adapter

CALIFORNIA – Bien des raisons peuvent expliquer le ralentissement de la croissance chinoise : la tourmente financière en Europe, la reprise chaotique aux Etats-Unis, et la faiblesse des investissements intérieurs, pour ne nommer que les facteurs les plus cités. Dans la mesure où les exportations et l’investissement contribuent respectivement pour 30% et 40% du PNB de la Chine, son économie est particulièrement vulnérable au fléchissement de la demande externe et à l’accumulation des prêts non performants provoqués par des dépenses excessives et dispendieuses en actifs fixes.

Mais la vulnérabilité de la Chine à ces facteurs, aussi sérieux qu’ils puissent être, est symptomatique de problèmes institutionnels plus profonds. Tant que ces problèmes sous-jacents ne seront pas traités, les discussions autour d’un modèle fondé sur la consommation en Chine, mentionné dans le douzième plan quinquennal récemment voté, ne seront que vaines paroles. 

Les principaux partenaires commerciaux de la Chine, les institutions financières comme la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, et les principaux dirigeants chinois eux-mêmes, n’admettent-ils pas de longue date les vulnérabilités structurelles engendrées par des investissements excessifs et une faible consommation des ménages ? Par ailleurs et depuis près de dix ans, la Chine se voit opposer des pressions pour mettre en place des réformes afin de redresser ces modèles économiques, qui ont porté atteinte au bien-être du citoyen chinois ordinaire et tendu le système des échanges globaux.

La caractéristique la plus connue des déséquilibres macroéconomiques chinois est une dépendance trop forte de la croissance sur les exportations, généralement attribuée à une faible demande intérieure : en tant que pays au revenu moyen, la Chine manque de pouvoir d’achat pour les produits qu’elle fabrique. Avec un accès quasi illimité aux marchés des pays avancés, la Chine peut compter sur la demande globale et augmenter le potentiel de croissance de son PIB, comme elle le fait depuis vingt ans.

Si cette approche est bonne, la solution est évidente : la Chine peut corriger ces déséquilibres en augmentant le revenu de ces citoyens (par une réduction des impôts, une augmentation des salaires ou un accroissement des dépenses sociales), de manière à encourager la consommation intérieure et donc réduire sa dépendance sur les exportations. La plupart des principaux économistes prescrivent en effet cette approche pour la Chine.

Mais il y a une autre explication pour la trop forte dépendance de la Chine sur les exportations, une explication qui concerne plus la faiblesse des institutions économiques et politiques du pays. Plus précisément, la dépendance sur les exportations est en partie le reflet de la grande difficulté à faire des affaires en Chine. La corruption officielle, les droits de propriété précaires, les étouffantes contraintes règlementaires, le manque de discipline dans les paiements, la faiblesse des réseaux logistique et de distribution, la contrefaçon généralisée, et la vulnérabilité à d’autres formes de vol de la propriété intellectuelle : tous ces obstacles augmentent les coûts de transaction et rendent difficile l’essor des entrepreneurs sur les marchés intérieurs.

Par contre, si les entreprises privées chinoises vendent à des multinationales occidentales, comme Wal-Mart, Target, ou Home Depot, ils n’ont pas à s’inquiéter pour ce qui est d’être payé. Ils évitent tous les casse-têtes auxquels ils sont confrontés chez eux, parce que les institutions économiques bien établies et les pratiques commerciales de leurs marchés d’exportation protègent leurs intérêts et réduisent grandement les coûts de transaction.

La faiblesse institutionnelle de l’économie chinoise se reflète dans les données des études internationales. La Banque Mondiale publie un rapport annuel sur « les facilités d’entreprendre » menée dans 183 pays et unités sous-nationales. Dans son rapport de juin 2011, la Chine se classait en 91ème position, derrière la Mongolie, l’Albanie et le Belarus. Il est particulièrement difficile de démarrer une entreprise en Chine (151ème place), de payer ses impôts (122ème), d’obtenir un permis de construire (179ème) et l’électricité (115ème).

Face à un environnement aussi hostile, les entrepreneurs privés chinois ont été forcés de pratiquer un « arbitrage institutionnel » - en tirant avantage des institutions économiques occidentales efficientes pour développer leurs affaires (la plupart des entreprises tournées vers l’exportation appartiennent à des entrepreneurs privés et à des compagnies étrangères.)

Malheureusement, dans la mesure où la Chine compte déjà pour une part importante des marchandises d’exportation dans le monde (10,4% en 2010) et du fait de la stagnation économique en Occident qui limite la demande externe, cette stratégie ne peut plus fonctionner. Il faudra bien plus que de simples politiques gouvernementales visant à enrichir les consommateurs pour réorienter leurs entreprises vers le marché intérieur chinois.

Pour pouvoir profiter des mêmes coûts de transaction peu élevés que ceux dont ils jouissent à l’exportation, les entrepreneurs chinois ont besoin d’un bien meilleur environnement : un système juridique efficace, un cadre règlementaire sain, un gouvernement qui protège leurs marques en s’attaquant au vol de la propriété intellectuelle, des réseaux logistique et de distribution fiables, et une bureaucratie résistante à la corruption.

La Chine ne peut créer un tel environnement rapidement. Par essence, le gouvernement chinois doit transformer un état prédateur en un état générateur, et traiter les entrepreneurs privés en tant que créateurs de richesses plutôt qu’en cibles d’extraction. Dans presque tous les autres pays, c’est bien l’établissement de l’autorité de la loi et/ou le passage d’une autocratie à la démocratie qui a permis d’accomplir une telle transformation.

L’impossibilité de soutenir la croissance en l’absence d’autorité de la loi et de responsabilité politique pose un dilemme existentiel au Parti Communiste chinois. Depuis qu’il a écrasé le mouvement pro-démocratie sur la place Tiananmen en 1989, le parti s’est refusé à rendre son monopole politique. Le boom des investissements et les dividendes de la globalisation des vingt dernières années ont permis au parti de préserver sa part du gâteau et de le manger – en maintenant son pouvoir fondé sur la prospérité économique, tout en ne parvenant pas à mettre en place des institutions déterminantes pour maintenir une telle prospérité. Aujourd’hui, ce n’est plus possible.

Donc dans un sens, la bulle chinoise – une bulle intellectuelle et politique autant qu’économique – a éclaté. Au fur et à mesure que le ralentissement économique exposera plus encore ses vulnérabilités structurelles et ses politiques biaisées, la notion tant louée « d’exception chinoise » – une Chine qui continue à croitre sans autorité de la loi ni aucune des autres institutions présupposées d’une économie de marché moderne – s’avèrera n’être rien d’autre qu’une illusion.

Traduit de l’anglais par Frédérique Destribats

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    1. CommentedLeo Arouet

      La debilidad de la economía china es evidente: altos costos ambientales, excesiva producción, aumento de la desigualdad y el incremento de la brecha entre pobres y ricos. El sueño chino está lejos de hacerse realidad.

    2. CommentedDaniel Gomes

      China's economic model is its last strides due to many different reasons:

      1. Energy costs: For a low cost export based economy all production and transportation costs are critical.
      Take energy costs for example, besides the amounts required to keep factories running, the amount required dor transportation of goods all the way to europe and U.S is far from negligible.

      And as we've seen in 2008, the oil prices will sky rocket as soon as the western economies start growing again. This will give a major advantage to local production and too countries (e.g. EU members) which have learner not to rely on cheap energy.

      2. Inflation and income gap: China's currency policy and lack of any kind of social protection in particular for the armies of migrant workers which keep factories running, generates a continuously widening gap between purchasing power of the masses and the general cost of living since early 2000s.
      The government has started to tackle this but its too little too late, over the past 10 years basic salaries in south china factories stagnated in around $300 US dollars where as a small flat costs around $200.000 US.
      Migrant workers are making barely enough to sustain their families in the countryside.
      Only a small minority of the native city dwellers is seeing some of the benefits from the China's growth, but even these are being eroded by inflation.

      3. On the other hand the government is simply not able to allow the hordes of migrant workers to further increase to sustain manufacturing expansion and therefore abandoning the country side and food production, without seriously endangering food safety, and again, as we all seen in 2008 with rice and pork prices going haywire and china producers preferring to sell to other countries to maximize their profit instead of selling at government fixed prices to their own citizens, we can all see how easy it would be for basic laws of supply and demand to cause a serious uprise.

      4. With an internal market with no relevant aggregate demand other than essential products plus cars and status products there is little incentive for the continuous large scale investments in china, in fact most of the manufacturing industry which could have been transferred to China has already happened and other countries like Vietnam are presenting themselves as more economical alternatives.

      6. China is a demographic time bomb, in Asia due to the lack of social security (or the low coverage incipient ones like in china) the older generations depend on direct cash handouts from the younger generations and the current generation in their 30s will have to sustain 2 or even 6 elders with their own income.

    3. CommentedDennis Argall

      While keenly awaiting the comments of others, let me offer this link:

      http://www.smh.com.au/national/defence-boss-uses-rare-tools-to-build-foreign-friendships-20120706-21mfw.html

      as illustration of how human perspectives contribute to the general need of which I wrote thus:

      "...Construction of collaborative connections with China by the US, Japan and others including Australia, is of the utmost importance for global security. We will all do better if we shift from zero sum gaming, make room."

      Hostility and pessimism, in my view, breed hostile and pessimistic outcomes.

    4. CommentedDennis Argall

      Elsewhere
      http://online.wsj.com/article/SB10001424052702304746604577380073854822072.html
      Prof Pei has spoken of China's government as a statistical outlier in its longevity among autocracies. China is also an outlier for its population size and consequent governance issues, its poverty and the historically unique rate of revolutionary change and its climb from poverty since 1978.

      There are problems with generalisations for the whole country. I was saying to people in the 1980s that the Chinese coastal strip contained at least four equivalents of post-war Japan, not like the 'little tigers' of Taiwan, South Korea, Hong Kong and Singapore, but on the scale of Japan itself; same picture more dramatic now. While other parts of China are less developed.

      The discussion in Prof Pei's later paragraphs about problems of accountability might be put in context of the way things have gone in western economies in recent times. There has not been much on offer for China as exemplary (or successful) political or commercial conduct in the US or EU or Russia, or India in the reform era from 1978.

      I have argued elsewhere
      http://dennisargall.blogspot.com.au/2012/05/china-and-future-of-everything.html
      that Chinese leaders work with more freedom, plan with more freedom than currently evident in many western democratic systems or academic institutions.

      I am not aware of any thread of political desire in this generation (or the next, the graduates mentioned) to break up this unprecedentedly large country, apart from some elements in minority populations.

      If we say there are problems for the rich and productive in China in getting more deeply into the markets of less developed parts of China, compare the EU dilemma, Germany needing to sustain and build its poorer and 'less well governed' fellow EU members if it is not to lose its own wealth.

      Mind you, I worry about my country's 20% GDP dependence on exports
      http://www.tradingeconomics.com/australia/exports-of-goods-and-services-percent-of-gdp-wb-data.html
      ... while having more confidence in China's government to address big new issues than I have in the capacities of my own country's political system, let alone those of the US. We need to think about ourselves when doing this too-common rough-up of China.

      Yes, there are dinosaurs in the Chinese system, I recognise them because they are familiar locally. But there needs to be something more than this kind of statistical chartism, some more refined political examination, to really claim that China is on the verge of collapse.

      I am concerned not least because arguing in the United States about China in this way has for decades fed adversarial ways of thinking about China, which do nothing to lead towards positive outcomes. Feeding the kind of thinking that still imagines Reagan brought down the Soviet Union. Construction of collaborative connections with China by the US, Japan and others including Australia, is of the utmost importance for global security. We will all do better if we shift from zero sum gaming, make room.

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