Saturday, August 2, 2014
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Les riches s'enrichissent

Les néolibéraux militants tels que moi, qui insistèrent pour ouvrir les vannes des capitaux au début des années 1990, avaient une vision particulière à l'esprit et pourtant, l'avenir que nous espérions ne s'est pas présenté.

Nous avions analysé la force extraordinaire du biais du système international des prix à l'encontre des pays pauvres : les bas prix auxquels leurs produits étaient exportés et les prix forts auxquels les biens essentiels dont ils ont besoin pour s'industrialiser et se développer étaient importés.

Nous nous demandions pourquoi ne pas libérer les capitaux pour encourager les investissements à grande échelle des pays riches vers les pays pauvres ? De tels investissements à grande échelle auraient pu offrir à toute une génération le temps nécessaire aux économies pauvres pour atteindre les niveaux des structures industrielles et les niveaux de vie des pays riches.

C'est un fait que des investissements à grande échelle identiques ont joué un rôle important à la fin du dix-neuvième siècle. Le Canada, l'ouest des États-Unis, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Chili, l'Argentine, l'Uruguay et l'Afrique du Sud : tous ces pays se sont développés, il y a plus d'un siècle, grâce à l'importation de capitaux.

Mais cela ne se présenta pas de la même façon cette fois-ci. Plutôt que de voir les capitaux aller des pays riches vers les pays pauvres, c'est tout le contraire qui se produisit : les flux se dirigèrent des pays pauvres vers les pays riches, et en proportions extraordinairement importantes vers les États-Unis, dont le taux d'absorption des capitaux est aujourd'hui le plus important au monde, quels que soient le lieu ou l'époque considérés.

Qu'est-ce qui alimente cet afflux de capitaux ? Les banques centrales représentent l'une des sources de cet afflux, car elles essaient de maintenir la valeur de leur devise suffisamment basse pour que leurs travailleurs puissent gagner une expérience précieuse en exportant vers les pays riches.

Les investisseurs qui craignent de perdre leurs fonds après les divers effondrements des marchés émergeants des années 1990 représentent une autre source, tout comme les amateurs de technologie cherchant fortune auprès de ce que le boom technologique américain semblait vouloir offrir et les nantis du tiers-monde convaincus qu'il est préférable de détenir un compte à la banque centrale allemande au cas où ils auraient besoin de s'enfuir de leur pays en jet Lear ou en zodiac.

Tous ont contribué à l'afflux de capitaux vers les États-Unis, qui purent ainsi investir bien plus qu'ils n'avaient réussi à épargner. C'est comme cela que l'économie américaine est devenue (et reste) un aspirateur géant absorbant toutes les liquidités d'investissement internationales disponibles.

Ainsi, ceux d'entre nous qui veulent encore jouer le rôle de défenseurs porteurs de drapeau pour la mobilité internationale des capitaux en sont réduits à deux arguments. D'abord, et surtout, le contrôle des capitaux crée les conditions idéales d'une corruption à grande échelle. Grâce aux contrôles des capitaux, les investisseurs désirant ardemment exporter leurs fonds ne le peuvent pas, sauf s'ils trouvent un bureaucrate complaisant. Cependant, une économie de marché efficace a besoin de minimiser les occasions et les attraits de la corruption, sinon elle s'aggrave.

Ensuite, l'afflux de capitaux en Amérique était et reste peut-être justifié : il y a éventuellement un aspect unique et précieux des investissements en Amérique aujourd'hui. (Alors dans ce cas, si ces opportunités d'investissement sont si satisfaisantes, pourquoi les Américains eux-mêmes n'épargnent-ils pas plus, dans la sphère privée et publique, pour en profiter ?)

De 1960 à 1985, nous avons assisté à une période de développement financé par les institutions publiques telles que la Banque mondiale, du fait des échecs du marché et du manque de confiance des gouvernements ne permettant pas aux pays pauvres d'emprunter des fonds privés. De 1985 à 2000, nous avons assisté au financement privé du développement des pays qui adoptèrent des politiques favorables aux marchés et se conformaient à leurs règles dans l'espoir de retours d'investissements élevés et d'une croissance rapide.

La première époque ne fut pas vraiment un succès. Quand on considère l'inversion des flux de capitaux vers les États-Unis, je ne peux pas non plus dire que la deuxième période fut un succès flagrant, même s'il est bien que les travailleurs et les hommes d'affaires mexicains aient acquis une certaine expérience à l'exportation de leur production, tout en ayant suffisamment de succès pour faire pencher la balance commerciale avec les États-Unis en leur faveur. Pourtant, la fuite des capitaux est le revers de cet excédent commercial. Le Mexique, pauvre en capitaux, doit-il vraiment financer un autre bond en avant dans l'afflux des capitaux vers l'économie américaine ?

Il est impossible pour un militant néolibéral tel que moi-même de souhaiter autre chose que des contrôles les plus restreints possibles pour fléchir la spéculation sur les flux de capitaux. Les marchés de capitaux peuvent se tromper lourdement sur l'allocation des capitaux, mais les gouvernements agissent probablement de plus piètre manière et les tentatives de corruption des bureaucrates doivent être gardées au plus bas niveau possible.

Cependant, l'espoir de voir se répéter les même phénomènes que ceux de la fin du 19ème siècle s'est montré, à ce jour, bien inutile. Contrairement aux beaux jours du libéralisme, l'argent des pays riches n'ira simplement pas donner aux économies périphériques le cadeau inestimable du développement rapide et réussi.

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