Monday, October 20, 2014
6

Le premier mandat de la doctrine Obama

ASPEN – Les sondages d’opinion américains annoncent une élection présidentielle très serrée en novembre prochain. Si le président Barack Obama semble devancer son rival Républicain en matière de politique étrangère, Mitt Romney prend le dessus sur les thèmes relatifs au ralentissement de la croissance économique et au chômage élevé – des thèmes de campagne cruciaux. Et même en matière de politique étrangère, les détracteurs d’Obama dénoncent son incapacité à mettre en place les initiatives transformationnelles promises il y a quatre ans. Ont-ils raison ?

Obama est arrivé au pouvoir alors que les Etats-Unis et le monde étaient aux prises à la pire crise financière depuis la Grande Dépression. Certains de ses conseillers économiques l’avaient d’ailleurs averti qu’à moins de prendre des mesures urgentes pour stimuler l’économie, les chances de tomber dans une réelle et profonde dépression seraient d’une sur trois.

Ainsi, bien qu’ayant hérité de deux guerres en cours, de menaces de prolifération nucléaire de la part de l’Iran et de la Corée du Nord, et du problème toujours présent du terrorisme d’Al-Qaïda, Obama a consacré les premiers mois de son mandat à la crise économique américaine et mondiale. Ses efforts n’ont pas totalement été couronnés de succès, mais il est parvenu à éviter le pire.

Les propos d’Obama lors de sa campagne de 2008 et durant les premiers mois de sa présidence furent tout à la fois inspirés dans leur style et transformationnels dans leurs intentions. Dans sa première année de mandat, il a prononcé plusieurs discours, à Prague, dans lequel il établissait l’objectif d’un monde dénucléarisé ; au Caire, où il promettait une nouvelle approche du monde musulman ; et à Copenhague, lors de la cérémonie du prix Nobel de la Paix, dans lequel il promettait « d’infléchir le cours de l’histoire vers plus de justice. »

Ces différents discours étaient, pour partie, tactiques. Obama devait honorer sa promesse de donner une nouvelle direction à sa politique étrangère tout en parvenant à jongler avec les différents problèmes hérités de George W. Bush, qui, s’ils demeuraient inconsidérés, pouvaient encore provoquer une crise pour sa présidence. Néanmoins, il n’y a pas de raison de croire qu’Obama n’était pas sincère sur ses objectifs. Sa vision du monde a été façonnée par le fait d’avoir eu un père africain et par ses années de jeunesse en Indonésie.

Selon une récente analyse de la Brookings Institution, Obama avait une « vision activiste de son rôle dans l’histoire, » avec l’intention « de redorer l’image de l’Amérique au-delà des frontières, surtout dans le monde musulman ; de mettre un terme à son engagement dans deux guerres ; d’offrir une main tendue à l’Iran ; de rétablir les relations avec la Russie, une étape vers l’élimination des armes nucléaires dans le monde ; de développer une réelle coopération avec la Chine à la fois sur les questions régionales et internationales; et de faire la paix au Moyen-Orient. » Mais ses résultats sur ces différents points sont mitigés.

« Des circonstances apparemment insurmontables l’ont détourné de son vœu d’être l’architecte d’un nouvel ordre global ; il est demeuré un dirigeant plus focalisé sur la restauration des relations et la gestion de crises – surtout la crise économique globale, » analysait encore le rapport. Et malgré l’élimination d’Oussama Ben Laden et l’affaiblissement d’Al Quaeda, certaines mesures de contre-terrorisme ont malgré tout sapé son aura au Moyen-Orient et au Pakistan.

Certains des verres à moitié vides sont le résultat d’évènements insurmontables ; d’autres découlent d’une certaine naïveté dans les premiers temps, comme les approches initiales vers Israël, la Chine, et l’Afghanistan. Mais Obama a rapidement su corriger ses erreurs de façon pratique. Ainsi que l’exprime l’un de ses soutiens, c’est un « idéaliste pragmatique ».

Dans ce sens, si Obama n’a pas tourné le dos à l’expression rhétorique d’objectifs transformationnels sur des sujets tels que le changement climatique et l’arme nucléaire, en pratique, son pragmatisme rappelait certains présidents, comme Dwight Eisenhower ou George H. W. Bush. En dépit d’un manque d’expérience relatif en matière de relations internationales, Obama a démontré une même compétence à réagir à un ensemble complexe de défis de politique étrangère. La nomination de conseillers expérimentés, sa gestion prudente des problèmes, et par dessus tout, la vivacité de son intelligence contextuelle en sont la démonstration.

Cela ne veut pas dire qu’Obama n’a eu aucun effet transformationnel. Il a modifié le cap d’une politique impopulaire en Irak et en Afghanistan ; adopté des tactiques anti-insurrectionnelles fondées sur des utilisations moins coûteuses du pouvoir militaire et de la cyber-puissance ; renforcé la puissance douce des Etats-Unis dans de nombreux points de la planète ; et entamé un glissement stratégique de l’Amérique vers l’Asie, la zone de l’économie globale connaissant la plus forte croissance.

En ce qui concerne l’Iran, Obama s’est battu pour que soient appliquées les sanctions approuvées par l’ONU et éviter une guerre prématurée. Et si les révolutions du Printemps arabe ont été une surprise inopportune, après quelques hésitations, il a fini par pencher dans le sens de l’histoire.

Dans un nouvel ouvrage, Confront and Conceal (Confronter et dissimuler, ndt), David Sanger décrit ce qu’il qualifie de « doctrine Obama » (bien qu’il reproche au président de ne pas avoir su l’expliquer avec plus de clarté) : une empreinte militaire allégée, associée à la volonté de recourir unilatéralement à la force lorsque les intérêts de sécurité de l’Amérique sont directement menacés, l’appui sur des coalitions pour gérer les problèmes globaux qui ne menacent pas directement la sécurité américaine ; et « un basculement loin du bourbier au Moyen-Orient vers le continent le plus prometteur pour l’avenir, l’Asie. »

Le contraste entre l’assassinat de Ben Laden et l’intervention en Lybie illustre bien cette doctrine Obama. Dans le premier cas, Obama a géré personnellement l’usage unilatéral de la force, lequel comportait un raid sur le territoire pakistanais. Dans le second cas, où les intérêts nationaux n’étaient pas aussi clairs, il a attendu que la Ligue Arabe et l’ONU aient adopté les résolutions accordant la légitimité nécessaire pour adopter le discours de puissance douce approprié, puis a partagé la direction des opérations de puissance dure avec ses alliés de l’OTAN.

Il faudra plus de temps pour évaluer les effets à long terme de la doctrine Obama, mais à l’approche de l’élection de novembre, Obama semble avoir le dessus sur son opposant en matière de politique étrangère. Obama n’a pas fait pencher l’histoire d’une manière aussi transformationnelle qu’il l’avait souhaité dans sa campagne il y a quatre ans, mais son évolution vers une approche plus pragmatique pourrait s’avérer un point positif, particulièrement si les électeurs continuent d’avoir des doutes sur l’économie.

Traduit de l’anglais par Frédérique Destribats

Hide Comments Hide Comments Read Comments (6)

Please login or register to post a comment

  1. CommentedJohn Brian Shannon

    Professor Nye nicely sums up President Obama's first term challenges and successes.

    I do think that some of Obama's successes will only be seen in the proper light by future historians for the inspired policy that it is.

    Taking the U.S. out of Iraq sooner rather than later, and soon to be leaving Afghanistan, as well as a slow entrance initially into Libya and a quick withdrawal there, has moved American policy towards an ultra-responsible position on the world stage. And frankly, a more mature position.

    Not that America shouldn't stand up for itself and stand up for worthy causes around the world. But hard power isn't always the best answer. In fact, it is almost always the worst way to deal with international tensions. The most cursory look at war, the economic costs of war and other repercussions of war in the 20th century proves this.

    The seeds of the worldwide recession were set long before Obama came to power, therefore to blame him for it is disingenuous in the extreme. Rather, this president acted pragmatically once there was some amount of agreement on the scope of the problem and possible solutions.

    It is not 'leading from behind' when even the economic experts themselves couldn't at first agree on what the problem was and what to do about it.

    Once a consensus formed, Obama acted. What more do you want from a President?

    As for the pivot to Asia, which continues to grow exponentially is a part of the world that even the U.S. can't afford to ignore. Growth is the only way out for the U.S. economy and domestic growth doesn't have that capacity and likely won't for some time to come.

    President Obama sent the right signals to the markets by indicating American acceptance of strong relations with China and India. The moment that began to occur, the recession's days were numbered.

    In short, this President has acted in the best long-term interests of the U.S.A. by profoundly coordinating America's interests with the rest of the world, in a way which will benefit U.S. citizens firstly and the rest of the world, secondly.

    For America, swimming against the tide is no longer an option. Not only has President Obama changed that sometimes annoying facet of American policy, he has made U.S. and world economic progress a team effort.

  2. CommentedShernnel Thompson

    The Obama Administration has done an excellent job of refocusing the direction of the United States. Whilst, the presidency could have gone in a much greater direction, had the cooperation between the democrats and republicans been greater. From this outsider's point of view, the American global image has greatly improved thanks to Obama and his focus. It has not been perfect, but is better when compared to the eight years before him!

  3. CommentedAndré Rebentisch

    The refocus on Asia is quite a bit strange because no one knows what to do there and what to achieve. There are strong tensions - but who is going to take sides? Plus there is a chance of a Chinese break-up.

  4. CommentedRobert Shea

    I've certainly been disappointed in Obama's mild leadership on so many issues. From continuing two wars, expanding the imperial presidency with extrajudicial killings, to pre-emptive surrender on health care and failure to prosecute Wall Street thieves, the President failed to leverage his mandate. Why? Perhaps it doesn't matter at this point. Sadly, he's become the moderate Republican in the upcoming election. And, because he's facing the sociopathic front men Romney and Ryan, he'll get my vote as the lesser of two evils.

  5. Commenteddan hitt

    Had Obama made a serious effort to end the wars he could indeed have bent the "arc of history". He did not, and, as we can see from the egregious war against Libya, he will not in any second term.

    For us in the US, the arc of history continues to point straight down. We've never been much troubled by moral considerations, but our continued mutiple multi-trillion dollar wars and foreign bases are destroying our economy, and with it, our science and technology. The future of science and technology presumably now belong to the country which understands the value of peace, and whose military is only 10% the size of ours --- China.

    Obama will be at most a footnote in the story of our decline, as will Romney should he be elected.

    I think the most we can hope for is that in 2016 we'll have an option to vote for peace.

Featured