Saturday, November 29, 2014
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Le grand mirage américain

NEW HAVEN – En septembre 1998 en pleine crise financière asiatique, Alan Greenspan qui était alors président de la Réserve fédérale américaine tenait un discours simple : les USA ne sont pas un îlot de prospérité dans un monde qui affronte la tempête. Son message est encore davantage d'actualité aujourd'hui.

Oui, depuis trois ans le redémarrage de l'économie américaine est incertain. "C'est néanmoins un redémarrage", clament de nombreuses voix - et par conséquence une source de résilience dans un monde développé en mauvaise posture. Contrairement à ce qui s'est passé lors de la Grande dépression de 2008-2009, un peu partout on espère que l'Amérique va se redresser et protéger ainsi le reste du monde au milieu de la crise de l'euro.

Examinons cette idée de plus prés. Les exportations comptent pour 41% du rebond qui a suivi l'effondrement du premier trimestre de 2009, le plus bas niveau de l'économie américaine depuis l'après-guerre. On pouvait s'y attendre : les consommateurs américains devant se serrer la ceinture après la plus grande débauche de consommation de l'Histoire, l'économie américaine repose de manière disproportionnée sur les marchés extérieurs. Ces marchés étant aujourd'hui en difficulté, ils pourraient entraîner rapidement l'économie américaine sur une mauvaise pente.

Depuis trois ans, la croissance des exportations américaines s'appuie sur trois régions qui représentent ensemble 83% de ces exportations : l'Asie, l'Amérique latine et l'Europe. Les données concernant le commerce du Département américain du commerce ne faisant pas l'objet d'un ajustement saisonnier, toutes les comparaisons qui suivent entre 2009 et 2012 sont faites pour des périodes comparables.

Ce n'est pas une surprise, l'Asie arrive en tête, elle représente 33% de la hausse des exportations américaines au cours des trois dernières années. La source la plus importante de cette hausse (15 points de pourcentage) vient de la Chine au sens large (la République populaire, Taiwan et Hong Kong). Il va sans dire que le ralentissement qui commence à poindre en Chine - même dans le cadre d'un atterrissage en douceur, qui est encore je crois le scénario le plus crédible - représente un coup dur pour les exportations américaines. Le reste des exportations américaines est à destination d'autres pays asiatiques, notamment la Corée du Sud, le Japon et Taiwan - dont les économies reposent également sur les exportations et qui sont très sensibles à un ralentissement chinois.

En seconde position, l'Amérique latine compte pour 28% de la hausse des exportations américaines au cours de la même période. Le Brésil et le Mexique représentent à tous deux 19 points de pourcentage de cette hausse. Néanmoins la croissance fléchit maintenant dans ces deux pays, notamment au Brésil. Mais étant donné le lien étroit entre la production mexicaine et la consommation américaine (qui redémarre), les difficultés du Mexique ne devraient pas perdurer.

Enfin en dernière position, une Europe en pleine crise qui compte pour 21% de la hausse des exportations américaines dans la période considérée. Les données du Département américain du commerce relatives à l'Europe ne sont pas aussi précises que pour l'Amérique latine et l'Asie, car il ne fournit qu'une liste incomplète de la contribution de chaque pays. Le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France (les trois principales économies européennes) ne comptent que pour 3,5% de la hausse des exportations américaines, la part du lion revenant au Royaume-Uni. On peut en déduire que les exportations américaines sont surtout dirigées vers les pays de la périphérie de l'Europe, ce qui pose un véritable problème.

Les prévisions sont toujours hasardeuses, mais certaines hypothèses montrent quelles pourraient être les conséquences de cette situation pour la première économie mondiale. Depuis le deuxième trimestre de 2009, la croissance du PIB réel américain est en moyenne de 2,4% par an. Comme 40% de cette hausse provenant des exportations, la croissance du reste de l'économie est de seulement 1,4%.

Si les exportations américaines restent stationnaires, le contexte restant inchangé (une hypothèse risquée), le taux de croissance du PIB réel global va tendre vers cette valeur inquiétante de 1,4%.  Ce n'est pas grand chose et cela pourrait se traduire par une hausse du chômage et une baisse supplémentaire du moral des consommateurs.

Par contre dans le cas d'une légère baisse des exportations, disons 5% sur 12 mois, le taux de croissance du PIB tomberait sous la barre de 1%, ce qui laisserait l'économie américaine vulnérable à une nouvelle récession. A titre indicatif, une baisse de 5% des exportations n'est pas grand chose en comparaison de la chute brutale de 13,6% des exportations réelles de 2008-2009. Il s'agit donc d'une hypothèse optimiste du risque de ralentissement lié à un affaiblissement de la demande extérieure.

Tout ceci souligne une conséquence évidente d'un monde de plus en plus interdépendant à laquelle on ne prête pas suffisamment attention : nous sommes tous dans le même bateau. La crise de l'euro constitue un choc grave dont les conséquences affectent le monde entier. L'Europe est la première débouchée des exportations chinoises ; or le reste de l'Asie est centré sur la Chine. Aussi les effets de la crise européenne pourraient atteindre par ricochet les USA de plus en plus dépendants de leurs exportations. Une récente hausse du chômage couplée à un fléchissement des ventes au détail montrent que cela se produit peut-être déjà.

L'avertissement de Greenspan en 1998 est venu à un moment où les exportations américaines ne représentaient que 10,5% de leur PIB. Aujourd'hui cette part s'élève à la valeur record de 14%, tandis que l'Amérique d'après-crise fait un pari risqué sur une relance basée sur les exportations. Le ralentissement actuel n'est comparable en gravité ni à la crise de la fin des années 1990, ni aux chocs encore plus brutaux survenus il y a trois ou quatre ans - en tout cas pas pour l'instant. Mais on ne peut balayer d'un revers de la main le ralentissement mondial comme sans grande conséquence pour les USA ou pour tout autre pays.

A l'ère de la mondialisation, il n'y a pas de simples spectateurs. Aucun îlot de prospérité ne subsistera si survient un nouveau choc au sein de l'économie mondiale. Le mirage de la croissance américaine en est la parfaite illustration.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

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    1. Commentedsrinivasan gopalan

      If internalization of production and services of skilled people helped and are still helping fire America's export Juggernaut, the reasons for its internal restiveness about the problems plaguing the American economy could not be answered with any justification. The free trade bastion which has been the major prop for the erstwhile GATT and its next avatar the WTO at least in its first decade since its advent in 1995 is now a reluctant supporter of the WTO. This is borne out in not sealing a deal to the long-delayed Doha Round of trade talks set off in November 2011As long as this is not recognized and remedied before long, the problems plaguing the developed countries would only persist and worsen further. The global community in general and the United States in particular can no longer afford to keep themselves off from the virtues and the attendant gains of multilateral cooperation in their own enlightened self-interest. It is the lack of perspicacious vision to evolve a collective solution to the global common problems that has been the sole factor in the current shambles in which many advanced countries find themselves with the emerging economies in tow! It is time international cooperation is made feasible in an inter-connected universe where globalization and liberalization had gone too far to effect any unilateral remedy by any one country, however puissant it may be! G.Srinivasan. New Delhi

    2. CommentedProcyon Mukherjee

      I cannot quite agree that exports alone hold the key to the future as we need to look at the quality of this export, how intensive it is in the labor component is also equally important. What we see today is an export of capital, which is fueled by an enormous amount of liquidity in the system.

      The soaring bond prices and near zero yields is as much a reflection of liquidity preference as lack of credible investment option that has a clear future; the range of uncertainty is no way diminished by the flow of money, in fact it is adding to it. But treasury bonds are a different story. Even if I assume that a bulk of the preference for treasury bonds stems from those who want to create insurance for its currency, we have seen actually that these currencies have been depreciating, like the Yuan or the Rupee. This leads one to the stunning inference that America has become the chief exporter of capital to the external world for buying labor (both skilled and unskilled) at the cheapest possible cost. The acceleration of this activity (export of capital and import of labor) effectively boils down to heightened unemployment within the national territory and a downward wage spiral, which is also the very reason why inflation is tamed at its best.

      By higher capital export that is used in cheaper labor imports, we do not see how America will progress. We are adding to labor surplus.

      Procyon Mukherjee

        CommentedJim Nail

        Completely agree, Procyon. Export composition is key. I still maintain that we should focus on net exports rather than on exports per se, anyway. There must be a middle ground that allows global companies to seek low costs, while still allowing broad-based US manufacturing to exist.

        CommentedWilliam Hampton

        I agree. You hit the nail on the head. I would hope that it back fires and these cheap labor sources start becoming serious competitors to our corporations. At least maybe this could cause the reduction of soaring prices. I that unlike labor, big money seems to be unionized, I doubt this will happen.

    3. CommentedWilliam Hampton

      I have a question. If an American company manufacturing from China sells their products to Germany are those products considered exports of American products or Chinese products? How do these products made in China by American companies help the American economy as much as products made in the USA? Where are the materials from and produced that are used to make products made in China by American companies? etc, etc, etc. I do not see any economists talking about this, and how it is affecting this country. It seems to me there should be a distinction between those products made in China and ones actual made in America. Maybe it is not important or I am not reading enough.

        Commentedpeter fairley

        reply to Will Hampton. quote: "the monthly figures for the trade deficit are significantly overstated, says a Federal Reserve Bank economist(1999).

        The U.S. Census Bureau, which is responsible for trade data, says that a major component of the trade deficit called the merchandise trade deficit overstates the gap between imports and exports of goods.

        The Census believes that merchandise exports are probably understated by 3 percent to 7 percent, but possibly as much as 10 percent.
        Since there is no evidence of similar errors in import data, Census estimates the merchandise trade deficit was overstated by as much as 34 percent in 1997.
        Until the Census began basing figures on exports to Canada on that country's import data, in 1990, it was estimated that exports to Canada were understated by as much as 20 percent.

        A major reason the data are flawed is because Census bases merchandise trade figures on the paperwork importers and exporters file with the U.S. Customs Service -- but exporters are not required to file paperwork for shipments valued at less than $2,500. Instead, Census relies on a survey to estimate the fraction of total trade in these small shipments; but the most recent survey was conducted almost 10 years ago.

        Since then, the market share of small shipments has changed relative to large ones, due to such things as the boom in inexpensive air cargo services; but the magnitude of the shift is unknown.

        Source: Joseph A. Ritter, "An Overstated Headline," National Economic Trends, July 199, Federal Reserve Bank of St. Louis
        http://www.ncpa.org/sub/dpd/index.php?Article_ID=11444

        CommentedKevin Lim

        No simple answer. Here is a primer

        http://en.wikipedia.org/wiki/Rules_of_origin

        A simple example. If I imported unpainted toy trains into USA from China, and painted/packaged them in USA, its unlikely any body would be willing to certify them made in the USA. Where it gets tricky is where the components are split up and from all over. Say I get thet train wheels from a supplier in Brazil, the chasis from China, and the electronics from Germany, and I assemble them altogether in a plant here in USA. Whether I can label it made in the USA (or China, Germany, Brazil) depends on what are the tariff classifications of the components and the finished product under the Harmonised System.

        It can get pretty complex and its a fertile ground for litigation as manufacturers try to squeeze into a domestic origin for tariff purposes.

        Sounds confusing? It is.

    4. CommentedManmohan Manu

      Good article . I work for McGladrey and there's a guide on exporting on the website ( http://bit.ly/HdWo1R ) with insights from surveys and industry experts .

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