Monday, September 15, 2014
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L’ayatollah envisage un compromis

WASHINGTON, DC – Les récentes discussions sur le programme nucléaire iranien à Istanbul entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, plus l’Allemagne, et l’Iran, ont amené la communauté internationale à se demander quels pourraient être les termes d’un éventuel accord lorsque les parties se réuniront à nouveau, probablement à Bagdad, le 23 mai. Comment expliquer la nouvelle volonté apparente des dirigeants iraniens à parvenir à un accord ?

Les sanctions économiques et l’isolement politique ont bien sûr sérieusement éprouvé le régime, en particulier les Gardiens de la révolution islamique, dont les dirigeants et les industries ont été directement ciblés par les sanctions de la communauté internationale. Mais ce ne sont pas les seuls facteurs.

La machine de propagande du régime présente déjà les discussions d’Istanbul comme une victoire de la République islamique d’Iran et une défaite de l’Occident. Elle prépare en fait le terrain pour un compromis substantiel, à la fois auprès de l’opinion publique iranienne et de la communauté internationale.

L’Iran, il faut s’en souvenir, tient autant à son image qu’à la réussite de son programme nucléaire. Une stratégie couronnée de succès doit permettre à l’Iran de sortir des discussions la tête haute, même si le pays doit renoncer aux points les plus sensibles de son programme nucléaire.

L’ayatollah Ali Khamenei, le Guide suprême de la révolution islamique, a fait d’une politique nucléaire intransigeante le fondement de son autorité au plan national. Il a, pendant des années, saboté les efforts des négociateurs iraniens capables de trouver un accord avec l’Occident parce qu’il doutait de leur loyauté à son égard. Et ceux en qui Khamenei avait confiance n’étaient pas assez habiles pour forger une politique de compromis qui aurait préservé son image de dirigeant fanatiquement antiaméricain.

Maintenant que les discussions progressent, les Etats-Unis et leurs alliés doivent s’en tenir à une politique à deux voies : intensifier les pressions politiques et les sanctions économiques, tout en négociant sérieusement. Ils doivent insister sur la transparence du programme nucléaire iranien, tout en proposant un allégement progressif des sanctions en échange de garanties vérifiables que le régime ne cherche pas à se doter de l’arme nucléaire. Si les négociations échouent, l’option d’une frappe préventive, par Israël ou les Etats-Unis, reste possible.

Quelles que soient leur issue, ces nouvelles négociations ont mis Khamenei dans une position délicate. En tant que personne responsable de la politique nucléaire de l’Iran, accepter un compromis est aussi périlleux pour lui que de se montrer intransigeant. Les discussions actuelles pourraient bien être la dernière chance pour l’Iran de modifier sa politique nucléaire, empêcher une confrontation militaire et sauver son économie. Mais pour Khamenei, des concessions dans le domaine du nucléaire pourraient aussi saper sa mainmise sur la politique intérieure.

Khamenei n’est pas un djihadiste suicidaire. En 23 ans au pouvoir, il a su éviter des politiques intérieures et extérieures risquées. Mais il n’est pas à l’abri d’un mauvais calcul. En 2005, Mahmoud Ahmadinejad a bénéficié de l’appui financier et politique de Khamenei pour remporter l’élection présidentielle, un choix que ce dernier regrette profondément aujourd’hui. Ahmadinejad désobéit à ses ordres, tente de le discréditer publiquement en questionnant son autorité et sape des institutions clés, dont l’appareil judiciaire et le Parlement. Ce n’est un secret pour personne dans les cercles politiques iraniens que Khamenei regrette également d’avoir autorisé des miliciens islamistes bassidjis à occuper l’ambassade britannique à Téhéran en novembre dernier.

La conclusion troublante de ces observations est que même si Khamenei ne cherche pas une confrontation militaire, il est possible qu’il ne sache pas l’éviter.

Khamenei est aussi confronté à un autre problème sérieux : il n’est pas l’ayatollah Ruhollah Khomeini, son prédécesseur et le Guide suprême fondateur de la République islamique d’Iran qui a forgé l’identité du régime. Khomeini avait une telle confiance en lui-même et son autorité était si ancrée qu’il ne craignait pas de faire des concessions si elles servaient le régime. La position politique actuelle de Khamenei est étroitement associée à la politique nucléaire actuelle du pays et il n’a pas le charisme et l’autorité nécessaires pour convaincre l’élite religieuse et politique d’accepter un compromis.

Pour Khamenei, les capacités nucléaires ne sont pas une fin en soi, mais un moyen de forcer les pays occidentaux et ses alliés régionaux à reconnaître les intérêts stratégiques de l’Iran. Il est de plus convaincu que l’Occident cherche à saper la République islamique par le biais d’une offensive feutrée, aux plans culturel et politique, et qu’un compromis sur la question du nucléaire entraînera nécessairement des concessions sur les droits de l’homme et la démocratie, avec au final un changement de régime.

Dans ce contexte, la garantie que les pays occidentaux et les Etats-Unis en particulier, ne cherchent pas à renverser les dirigeants iraniens devrait être une composante clé de tout compromis sur le nucléaire. Il y a en fait des chances que Khamenei demande que cette garantie s’étende aux émissions en persan, au soutien politique et financier des groupes d’opposition et à la censure de l’internet.

La crise liée au programme nucléaire iranien doit être résolue au moyen de négociations, avant que la fenêtre d’opportunité se ferme, selon les termes du président américain Barack Obama. Le problème de Khamenei – et donc de ceux qui négocient avec l’Iran – est qu’il n’a pas grand bénéfice à retirer d’un accord. Le principal obstacle à une issue favorable tient au paradoxe de sa situation : pour faire un compromis, il doit sauver la face ; mais pour sauver la face, il ne doit accepter aucun compromis.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

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