Friday, October 31, 2014
0

Le Printemps arabe et les réformes

LONDRES –La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a été créée pour aider les pays post-communistes d'Europe centrale et d'Europe de l'Est dans leur transition vers la démocratie et l'économie de marché. Aussi, le G8 lui-a-t-il demandé récemment de mettre son expérience au service de l'Egypte. Quelles leçons utiles aux pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient la BERD peut-elle tirer de son expérience avec l'Europe de l'Est ?

Contrairement aux pays d'Europe de l'Est en 1989, ceux du "Printemps arabe" n'ont pas d'économie planifiée et centralisée. La propriété privée y est fermement établie, même si elle est parfois contestée et que l'Etat est largement impliqué dans l'activité économique. Les subventions y sont fréquentes, mais les prix ne sont pas fixés. Il existe peut-être des obstacles au commerce international, mais rien de comparable à ce que l'on a pu voir dans les pays d'Europe de l'Est qui échangeaient surtout entre eux dans des conditions artificielles et peu équitables. C'est donc dans les pays de l'Europe de l'Est actuelle, après les 20 ans de réformes qui les ont amenés au point où ils en sont aujourd'hui, qu'il faut chercher un parallèle avec l'Afrique du Nord.

Malgré la crise financière, les pays d'Europe centrale et de la Baltique ont accompli des progrès politiques et économiques remarquables. Par contre, la plupart des pays de l'ex-Union soviétique, comme une grande partie de ceux d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, sont en panne sur le chemin de la transition. Certains comme la Biélorussie et l'Ouzbékistan n'ont même pas véritablement entamé les réformes.

On peut tirer de précieuses leçons de la transition de l'Europe de l'Est d'un système à un autre. Le débat passionnel du choix entre une "thérapie de choc" et des réformes par étape a fait place à un large consensus selon lequel, même s'il faut agir dès maintenant, on ne peut tout faire d'un seul coup et un retour en arrière est toujours possible. La mise en place réfléchie d'un calendrier des réformes est d'une importance cruciale.

En commençant par les réformes les plus symboliques, les dirigeants politiques peuvent établir les bases d'un soutien populaire pour des réformes plus difficiles ultérieurement. En Europe centrale et en Europe de l'Est, ce sont essentiellement les petites et moyennes entreprises et les jeunes qui ont soutenu les réformes. Offrir des emplois attractifs dans le secteur privé est encore plus important dans des pays comme l'Egypte dont la population est beaucoup plus jeune et en croissance rapide.

L'Etat a un rôle important à jouer dans ce processus. Dans de nombreux pays, on n'appelle plus à son démantèlement. Un Etat fort est nécessaire pour aider les marchés naissants et pour veiller à l'application de la loi et de la réglementation, ainsi que pour faire les investissements voulus dans l'éducation et la santé, ce qui permettra à long terme d'améliorer la productivité.

Autre enseignement de l'expérience de l'Europe de l'Est : il ne faut pas trop s'inquiéter des changements de majorité politique. Le fait que les électeurs puissent décider d'un changement de gouvernement est une force et non une faiblesse. Le gouvernement polonais qui avait initié une "thérapie de choc" a cédé la place à une coalition qui procède moins brutalement et se préoccupe davantage des conséquences des mesures adoptées en terme de distribution des revenus. Depuis, plusieurs gouvernements de tendances différentes se sont succédés. En fin de  compte la Pologne a une économie florissante et une démocratie bien enracinée, capable de faire face à des défis ou à des catastrophes tels que la crise financière mondiale ou la mort tragique de son président l'année dernière.

La peur d'un retour en arrière ne doit pas servir de prétexte pour court-circuiter le Parlement et la société civile. De crainte d'un retour à l'ère soviétique, le processus parlementaire normal et d'importantes réformes constitutionnelles ont été suspendus en Russie au début des années 1990. Si à cette époque le danger a pu paraître réel, nous savons maintenant que du fait de l'écroulement du système économique et politique, un tel scénario était hautement improbable.

De crainte d'une prise du pouvoir par les islamistes on assiste en Afrique du Nord et au Moyen-Orient à une série de réformes à la va-vite. Mais ce risque serait-il réel, il n'en reste pas moins que les réformes doivent être jugées pour ce qu'elles sont et la population doit pouvoir donner son avis.

Dans les pays d'Europe centrale et de la Baltique, la promesse de l'adhésion à l'UE offrait une voie vers la transition. De même que les pays de l'ex-Union soviétique qui ne parviennent pas à évoluer, les pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient ne peuvent jouer la carte de l'adhésion à l'UE. Néanmoins ils pourraient bénéficier d'une meilleure intégration commerciale et financière du fait de leur proximité géographique de l'Europe. Sous condition de réformes, celle-ci doit ouvrir son marché à ses voisins de l'Est et du Sud.

Hide Comments Hide Comments Read Comments (0)

Please login or register to post a comment

Featured