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Joseph E. Stiglitz

Le barrage cèdera-t-il en 2007?

Joseph E. Stiglitz

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2007-01-02

Le monde a survécu à 2006 sans catastrophe économique majeure, malgré des prix du pétrole atteignant des sommets et un Moyen-Orient partant en vrille. L'année a pourtant été prodigue en leçons pour l'économie mondiale, ainsi qu'en signaux d'alerte sur ses performances futures.

Sans surprise, 2006 a été marqué par un autre retentissant rejet des politiques néolibérales fondamentalistes, cette fois par les électeurs du Nicaragua et d'Équateur. À côté, au Venezuela, Hugo Chávez a remporté un succès électoral écrasant : il a au moins apporté un peu d'éducation et des soins médicaux aux barrios pauvres, qui auparavant n'avaient glané que très peu des bénéfices de l'énorme richesse pétrolière du pays.

Pour le reste du monde, le fait que les électeurs nord-américains aient retiré leur confiance au président George W. Bush, désormais tenu à l'œil par un Congrès démocrate, revêt peut-être davantage d'importance.

Lorsque Bush a accédé à la présidence en 2001, beaucoup espéraient qu'il gouvernerait habilement du centre. Les critiques les plus pessimistes se consolaient en se disant qu'en quelques années, un président ne pouvait pas causer trop de dégâts. Nous savons maintenant qu'il n'en est rien.

La réputation de l'Amérique aux yeux du monde n'a jamais été aussi mauvaise. Les valeurs de base, que les Américains considèrent comme au centre de leur identité, ont été corrompues. L'impensable est arrivé : un président américain défend l'utilisation de la torture, utilise des points de procédure pour interpréter les Conventions de Genève et passe outre la Convention sur la torture, qui l'interdit en toutes circonstances. De même, alors que Bush a été salué en tant que premier “MBA president” [diplômé en économie à Harvard], la corruption et l'incompétence ont régné pendant son mandat, de la réaction bâclée face à l'ouragan Katrina à sa conduite des guerres en Afghanistan et en Irak.

En fait, nous devrions nous garder de trop interpréter le vote de 2006 : les Américains n'aiment pas perdre les guerres. C'est cet échec, et le bourbier dans lequel les États-Unis se sont une fois de plus engagés avec tant de confiance, qui ont poussé les électeurs à rejeter Bush. Mais le chaos au Moyen-Orient, provoqué par les années de mandat de Bush, représente aussi un risque central pour l'économie mondiale. Depuis que la guerre en Irak a débuté en 2003, la production de pétrole du Moyen-Orient, le producteur le moins cher du monde, n'a pas augmenté comme on s'y attendait pour satisfaire la demande mondiale croissante. Bien que la plupart des prévisions suggèrent que les prix du pétrole vont stagner ou rester un peu en deçà de leur niveau actuel, le phénomène est en grande partie dû à une modération perçue de l'augmentation de la demande, menée par le ralentissement de l'économie nord-américaine.

Bien entendu, le ralentissement de l'économie des États-Unis représente un autre grand risque mondial. À la racine du problème économique nord-américain, on trouve les mesures adoptées au début du premier mandat de Bush. En particulier, l'administration a imposé une réduction d'impôts qui a largement échoué à stimuler l'économie, car elle était conçue de manière à ne bénéficier qu'aux contribuables les plus aisés. Le fardeau de la stimulation a été relayé à la Fed, qui a abaissé les taux d'intérêts à des niveaux sans précédents. Alors que l'argent peu cher avait peu d'impact sur l'investissement des entreprises, il a alimenté une bulle immobilière qui explose aujourd'hui, mettant en danger des ménages qui ont fait des emprunts sur la valeur en hausse de leur immobilier pour soutenir leur consommation.

Cette stratégie économique n'était pas viable. Les épargnes des ménages sont devenus négatifs pour la première fois depuis la grande Dépression, et le pays a emprunté 3 milliards de dollars par jour à l'étranger. Mais les ménages ne pouvaient continuer de tirer de l'argent de leurs maisons que tant que les prix continuaient d'augmenter et les taux d'intérêt de rester bas. Ainsi, une augmentation des taux d'intérêt et la baisse des prix des logements n'augure rien de bon pour l'économie américaine. En effet, à en croire certaines estimations, environ 80 % de l'augmentation des emplois et presque deux tiers de l'augmentation du PIB ces dernières années viennent directement ou indirectement de l'immobilier.

Pire encore, des dépenses gouvernementales effrénées ont encore plus gonflé l'économie pendant les années Bush, les déficits fiscaux ont atteint de nouvelles cimes, ce qui permet difficilement au gouvernement de s'interposer aujourd'hui pour consolider la croissance économique alors que les ménages réduisent leur consommation. De nombreux démocrates, qui ont fait campagne sur la promesse d'assainir de nouveau la fiscalité, sont susceptibles d'exiger une réduction du déficit, ce qui ralentirait encore davantage la croissance.

En attendant, des déséquilibres mondiaux persistants vont continuer à provoquer l'anxiété, surtout chez ceux dont les vies dépendent du taux de change. Bien que Bush ait longtemps cherché à rejeter la faute sur les autres, il est clair que la consommation débridée nord-américaine et son incapacité à vivre selon ses moyens est la principale cause de ce déséquilibre. Si cela ne change pas, les déséquilibres mondiaux continueront à être la source d'une instabilité mondiale, quoi que fassent la Chine ou l'Europe.

À la lumière de toutes ces incertitudes, le mystère tient dans la façon dont les primes de risque peuvent rester aussi basses qu'elles le sont actuellement. Surtout avec l'impressionnante réduction de la croissance des liquidités mondiales depuis que les banques centrales ont successivement augmenté les taux d'intérêt, la perspective que les primes de risque retrouvent des niveaux plus normaux est en soi l'un des principaux risques auquel le monde fait face aujourd'hui.

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AUTHOR INFO

Joseph E. Stiglitz, winner of the 2001 Nobel Prize in economics, served as Chairman of the Council of Economic Advisers from 1995 to 1997. He is the author of the recently published bestseller, Freefall: America, Free Markets, and the Sinking of the World Economy.