Tuesday, September 30, 2014
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Du mensonge en politique

Soupçonner les politiciens de mentir est aussi vieux que la politique elle-même. Néanmoins lorsqu'un politicien est pris en flagrant délit de mensonge, cela peut être lourd de conséquence, au moins dans les pays démocratiques. Accuser un homme politique de mensonge est quasiment la seule manière de s'en débarrasser rapidement et définitivement, c'est ce qui explique la fréquence de ce type d'accusation dans les luttes politiques.

Mais qu'est-ce qu'un mensonge en politique ? Le cas d'Anneli Jaatteenmaki, la première femme à occuper le poste de Premier ministre en Finlande, est exemplaire. A propos de l'Irak, elle a accusé son prédécesseur d'avoir eu un discours pour le président Bush et un autre pour le peuple finnois. Ses sources venaient du ministère finnois des Affaires étrangères. Mais avait-elle lu les documents ? Elle a cherché à esquiver la question avant de reconnaître que non. Lorsque son accusation s'est révélée fausse et qu'un document confidentiel a été trouvé en sa possession, elle a dû démissionner.

Autre exemple, très différent du précédent, le chancelier allemand Schröder fait l'objet d'une enquête de la part du Parlement pour s'être montré "parcimonieux avec la vérité. L'opposition, défaite de justesse lors des élections de l'automne dernier, l'accuse de ne pas avoir dit la vérité au sujet de l'état de l'économie allemande et de ses conséquences budgétaires.

Presque un an après les élections, une commission parlementaire interroge encore les "témoins". Mais il semble qu'elle n'aboutira pas à grand chose. Au mieux, les députés parviendront à étaler au grand jour l'un des tours de passe-passe politiciens les plus infâmes : dire la vérité, seulement la vérité, mais une partie seulement.

Les accusations de mensonge les plus graves visent actuellement le président Bush et le Premier ministre britannique Tony Blair. En réalité, seul Blair est concerné. Car (au moins jusqu'à présent), grâce à son succès apparent en Irak, Bush a été absout de tous ses péchés. Mais la commission des Affaires étrangères du Parlement tire à boulets rouges sur Tony Blair à pour avoir exagéré la menace que représentait Saddam Hussein.

Les dossiers des services de renseignement ont été, dit-on, rendu "plus sexy" par des subalternes du Premier ministre. En particulier, il n'y avait aucune preuve à l'appui de son affirmation selon laquelle le dictateur irakien pouvait mettre en action ses armes de destruction massives (ADM comme on les appelle désormais) "en moins de 45 minutes".

Mais est-ce vraiment important que cette affirmation ait été strictement exacte ou pas ? Nous savons à partir de l'expérience du passé que Saddam Hussein était prés à développer des ADM et à les utiliser si l'occasion s'en présentait. Les raisons de faire la guerre n'ont-elles pas été dépassées par sa réalité ? En fin de compte, est-ce une question de mensonge ?

Dans le cas de Tony Blair, la réponse n'est pas simple. Au milieu de son deuxième mandat, il se trouve en position difficile. Des opposants à l'intérieur de son propre parti tendent à remplacer une opposition amoindrie. Bien plus vulnérable qu'il y a un an, il doit ménager ce qui lui reste de soutien.

Il y a un autre point à prendre en considération. Les raisons affichées pour faire la guerre en Irak n'ont jamais été entièrement claires. Les ADM de Saddam n'étaient qu'une raison parmi d'autres. Au moins dans le cas des USA, intervenaient aussi des questions d'intérêt géopolitiques, ainsi que le désir de se venger des attentats du 11 septembre.

Indigné par la manière dont le dictateur irakien traitait son propre peuple, Tony Blair a voulu changer le régime. Les partisans de la guerre (ils l'étaient souvent à contrecoeur) se sont focalisés sur l'un ou l'autre de ces arguments et ceux qui se sont polarisés sur les ADM se sentent aujourd'hui floués. Robin Cook et Clare Short, les deux ministres qui ont démissionné à cause de la guerre en Irak veulent avoir leur revanche en attaquant le Premier ministre sur ses "mensonges".

Jusqu'à présent, Tony Blair a résisté à ces attaques. Il a même entamé la contre-attaque, notamment à l'égard de la BBC qui n'a pas exactement fait preuve d'enthousiasme pour soutenir la guerre. Mais l'incertitude qui plane autour de l'avenir Blair, telle un vautour qui a repéré une charogne, est-ce avant tout une affaire de mensonge ou n'est-ce pas plutôt la question d'un Premier ministre en train de perdre la confiance des siens, y compris parmi ses amis de longue date ?

La confiance est indispensable à un homme politique. Une fois perdue, elle est difficile à reconstruire. Blair s'est trop souvent écrié "faites-moi confiance", en particulier dans le cas de la guerre en Irak. Même si le mensonge n'est pas prouvé, il suffit que le doute s'instaure pour que la confiance disparaisse.

Pas besoin de doute quant à la véracité des déclarations d'un homme politique pour le mettre en difficulté, il suffit qu'il donne l'impression de vouloir manipuler les gens ou seulement que son point de vue manque de clarté. Un leader peut se contenter de demi-vérités et conserver la confiance de la population, mais une fois qu'il l'a perdue on ne le croit plus, même s'il dit la vérité.

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