Monday, September 1, 2014
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La Libye: une transition difficile

SYRTE, LIBYE – Les Libyens célèbrent le premier anniversaire d’une révolution qui a balayé Mouammar Kadhafi, mais ils sont de plus en plus irrités par le nouveau gouvernement provisoire, le Conseil national de transition (CNT), auquel ils reprochent de tarder à chasser les cadres de Kadhafi ou à freiner les miliciens qui ont renversé l’ancien régime.

Le CNT est là pour satisfaire aux demandes des Libyens, mais il manque des qualités techniques et du temps qu’il faudrait pour y répondre avant les élections, provisoirement programmées pour l’été prochain, ce qui l’oblige, avant de remettre le pouvoir entre les mains d’un gouvernement élu, à ne s’en tenir qu’à un petit nombre de mesures importantes.

Aucune expérience politique n’est exigée pour entrer au CNT. L’un de ses membres y a été admis pour avoir déserté, il y a 20 ans, avec un avion de combat MIG, d’autres pour avoir été prisonniers politiques ou dissidents en exil.

Trop peu versé dans l’art de la politique, le CNT manque souvent de la clairvoyance requise pour les décisions importantes. Pendant les huit mois qu’ont duré la révolution l’an dernier, le CNT s’est attaché à renverser Kadhafi, à s’attirer la reconnaissance internationale et à récupérer les avoirs gelés libyens. Ces tâches ne lui ont pas laissé le loisir de réfléchir à la Libye d’après-Kadhafi. Aujourd’hui, le CNT se trouve tout simplement devant un défaut de ressources humaines pour assurer la transition.

Libya has never been blessed with a professional bureaucracy like that of neighboring Egypt. Qaddafi frequently farmed out power to municipalities and citizens in an attempt to bypass the civil servants who consistently thwarted his grandiose plans. And almost two decades of international sanctions prevented a generation of Libyans from gaining the necessary technical skills by studying at Western universities.

La Libye n’a jamais eu le bonheur de posséder une bureaucratie professionnelle comme celle de l’Egypte. Kadhafi a souvent délégué le pouvoir aux municipalités et aux citoyens pour court-circuiter les fonctionnaires qui s’ingéniaient à déjouer ses rêves de grandeur. Et l’accès aux universités occidentales, qui auraient pu doter la génération actuelle des compétences techniques nécessaires, a été barré par près de deux décennies de sanctions internationales.

Même le secteur du pétrole – responsable de 95% des recettes en devises, il maintient l’économie libyenne en vie – souffre d’un manque de cadres professionnels. Selon un télégramme diplomatique américain dévoilé par WikiLeaks, “les Libyens postulant à des emplois auprès de sociétés pétrolières étrangères manquent souvent de diplômes ou d’une expérience pratique adéquate.”

Pendant ses 42 ans de règne, Kadhafi s’est contenté, au lieu d’injecter du sang neuf au niveau des postes à responsabilité, de déplacer des pions d’un ministère à l’autre. Le dernier chef en date de ses services du renseignement étranger, Abu Zaid Dorda, illustre cette fâcheuse tendance. Dorda, pendant 30 ans de carrière politique, aura obtenu nombre de portefeuilles ministériels, de l’agriculture aux municipalités en passant par l’économie, avant d’être tour à tour président du Parlement, Premier ministre et ambassadeur auprès des Nations unies.

Aujourd’hui, le CNT a du mal à trouver des fonctionnaires compétents et non compromis pour intégrer les ministères, ce qui importe peu à la plupart des Libyens qui se contente de réclamer la mise à pied des fidèles de Kadhafi. Le nom sur toutes les lèvres est celui du gouverneur de la Banque centrale, Sadek El Kaber. D’autres, comme l’ancien ambassadeur de Libye en France Omar Brebech, ont été trouvés morts, apparemment torturés par cette milice qui a initié la destitution de Kadhafi.

Du fait de cette pénurie de fonctionnaires compétents, le CNT a du mal à mettre en œuvre les changements réclamés par les Libyens. Le Conseil n’est pas disposé à recourir aux hauts cadres de Kadhafi, dont beaucoup sont aujourd’hui aux mains des miliciens, d’autant que le système juridique en place n’a jamais eu pour mission de s’occuper des procès politiques, jugés jusque là par des cours révolutionnaires composées par des fidèles de Kadhafi officiant hors de l’appareil judiciaire officiel. Les anciens fonctionnaires de Kadhafi dépérissent dans des prisons, sans espoir à court terme de procès équitable.

Avec l’indécision d’une multitude de Libyens vis-à-vis de la révolution, cette inertie bureaucratique risque d’être très dommageable. Le manque de fonctionnaires compétents n’est pas seul en cause dans la paralysie du CNT, les contraintes de temps le sont tout autant. Depuis sa création en février, le CNT se revendique comme un corps de transition qui, une fois le pays libéré, cédera le pouvoir au gouvernement élu. Les élections étant prévues pour le 23 juin au plus tard, il reste moins de quatre mois au Conseil pour préparer la Libye à ses premières élections libres depuis soixante ans.

Donc le CNT n’a tout simplement pas le temps nécessaire pour répondre aux changements qu’attendent les Libyens. Il lui sera impossible de dissoudre les myriades de milices qui déstabilisent le pays, parce qu’il ne peut pas leur donner la formation professionnelle qui les inciterait à retourner à la vie civile. Ces réformes-là incomberont au gouvernement élu.

Devant tant de dilemmes et si peu de temps pour les résoudre , le CNT doit, avant de passer le relais, s’en tenir à un petit nombre de problèmes-clé à traiter. Il faut qu’il se concentre sur l’instauration de la règle de droit et la répression des violations des miliciens. Pour que les Libyens comprennent que l’injustice arbitraire qui caractérisait l’ère Kadhafi ne sera pas tolérée, il doit faire respecter et protéger les droits individuels.

Le CNT ne peut sans doute pas régler tous les problèmes des Libyens. Mais en commençant à s’attaquer à la montagne de défis auxquels le pays est confronté, il peut du moins alléger les fardeaux qui pèseront sur le gouvernement élu lors du vote populaire de juin.

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