Saturday, November 1, 2014
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L’Allemagne et ses voisins

FRANKFURT – Lors d’un récent séjour en Allemagne, j’ai entendu deux discours divergents. L’un d’eux évoquait la robustesse de l’économie allemande, son faible niveau de chômage, la solidité de ses finances et son bon positionnement concurrentiel vis-à-vis des segments les plus dynamiques de la demande mondiale. L’autre s’alarmait d’une économie entravée par d’interminables crises européennes d’endettement, dont les auteurs cherchaient à rejeter la responsabilité et les besoins de financement sur le bilan irréprochable de l’Allemagne.

Les deux discours se défendent, mais ils ne peuvent pas coexister éternellement. Il est difficile de maintenir une maison en bon état dans un quartier qui se dégrade. Soit le quartier s’améliore, soit la maison se dévalorise, et le fait qu’un discours l’emporte sur l’autre aura beaucoup d’impact sur l’Allemagne, l’Europe et l’économie mondiale.

L’Allemagne récolte aujourd’hui le fruit de longues années de sage gestion économique. Ses dirigeants se sont non seulement efforcés de maintenir la bonne santé des finances publiques, mais ils ont engagé de difficiles réformes structurelles, visant à renforcer la compétitivité du pays sur le plan international, ainsi que de douloureuses réformes visant à restructurer le marché du travail. Aujourd’hui, l’Allemagne est l’une des rares économies avancées à avoir créé beaucoup d’emplois, tout en ayant maintenu la stabilité financière. Autrement dit, elle est en tête des pays notés AAA.

Mais l’Allemagne fait également partie d’un quartier en grande difficulté – pour ne pas dire qu’elle en constitue le point d’ancrage. Elle a pour voisins des pays – notamment à la périphérie de l’Eurozone – qui sont confrontés à un chômage généralisé (particulièrement élevé chez les jeunes), et qui sont incapables de compter sur leurs propres forces. Certains d’entre eux sont également confrontés à des problèmes de solvabilité et ils sont loin du consensus socio-politique indispensable au maintien de l’ordre économique chez soi.

De toute évidence, ce contraste entre l’Allemagne et ses voisins est périlleux. Il produit, à l’intérieur  comme à l’extérieur, de nombreuses tensions qui font se lever des doigts accusateurs. Cette distribution de blâmes sème la confusion. Et tout ceci détourne de la nécessité d’être compétitif dans une économie mondiale qui change rapidement.

Plus la situation perdure, plus l’unité européenne se défait. Les responsables européens doivent continuer d’avancer résolument sur trois fronts:

•     Enrichir la panoplie de mesures intérieures de chacun des pays, afin de rendre la dette viable, en recourant à la fois à une politique de croissance et de réduction du déficit, notamment pour les économies les plus vulnérables de la périphérie;

•     Améliorer les dispositifs de coupe-circuits financiers à l’intérieur de l’Eurozone pour réduire les risques de perturbation financière provoquée par les boucles de réaction et les équilibres multiples;

•     Renforcer les fondements institutionnels de l’Eurozone, ainsi que ses mécanismes de coordination politique et d’évaluation entre pairs.

Aucune de ces initiatives n’est facile, et encore moins mécanique. De plus, pour maximiser leur efficacité, elles doivent être menées simultanément; il s’agit en effet d’une situation où un plus un plus un égale plus de trois. Et cela ne se produira que si deux autres initiatives, plus sujettes encore à controverse, sont mises en œuvre.

D’abord, l’Allemagne doit jouer un rôle plus important dans la conduite et la coordination des réponses politiques de l’Eurozone. Je sais que beaucoup d’Allemands n’aiment pas cette idée, mais le bien-être de l’Europe en dépend, et par conséquent celui de l’Allemagne.

Les institutions de l’Union européenne manquent encore de l’autorité et du crédit qu’il faut pour endosser ce rôle. La Banque centrale européenne n’est pas munie des bons outils de politique structurelle, et les fardeaux dont elle est déjà chargée sortent des limites strictes de son mandat. Enfin, du point de vue de la taille, de l’influence, de l’économie et de la santé financière, aucun pays n’arrive à la cheville de l’Allemagne.

Ensuite, il faut que l’Eurozone, menée par une Allemagne travaillant étroitement avec la France, soit claire sur ce à quoi elle veut ressembler à moyen terme. Il y a deux possibilités, aussi délicates et controversées l’une que l’autre. Les Européens devront choisir entre l’une et l’autre et imposer leur décision. S’ils entendent définitivement tourner le dos au risque de fragmentation de l’Eurozone, ils devront trancher.

Ou bien les dirigeants décident de laisser la politique dominer l’économie. C’est difficile à faire passer, surtout dans les pays du centre (notamment l’Allemagne, la Finlande et les Pays Bas), car ce choix signifie de verser de grosses subventions pluriannuelles à la périphérie – c’est l’équivalent analytique du choix déchirant, fait il y a plus de 20 ans, de réunifier l’Allemagne en faisant accepter la parité entre les deux marks. Aujourd’hui, la difficulté se double de l’éventualité d’un clash entre politique régionale et processus démocratiques nationaux.

Ou bien les dirigeants permettent à l’économie de prédominer. Ici, les membres de l’Eurozone opteraient pour une Union plus réduite et moins imparfaite, composée de pays plus semblables entre eux sur le plan économique, financier, politique et social. Encore une fois, ce choix n’a rien de facile, d’autant que l’Eurozone a été conçue de manière délibérée sans programme de sortie.

En attendant que soient prises ces difficiles décisions, les périodes de calme relatif en Europe risquent d’être troublées par le vent récurrent de l’instabilité financière, les querelles et les hésitations politiques. Et plus cela se prolongera, plus ce que l’Allemagne a laborieusement construit sera à la merci du quartier qui l’entoure.

En définitive, il ne peut pas y avoir d’Allemagne forte sans Eurozone stable; pas d’Eurozone stable sans Allemagne forte; et pas de stabilité économique au niveau mondial sans l’une et l’autre. L’heure est venue pour les Européens de faire des choix de long-terme, indispensables au soutien et à l’amélioration de leurs ambitions régionales historiques.

Traduit de l’anglais par Michelle Flamand

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  1. CommentedPierre ratcliffe

    "Ultimately, there can be no strong Germany without a stable eurozone; no stable eurozone without a strong Germany; and no global economic stability without both. It is time for Europeans to make the difficult longer-term choices that are critical to sustaining and enhancing their historical regional project."

    Having revisited Keynes in general and his book of 1919 "the economic consequences of the peace" in particular,

    http://tinyurl.com/btg8dx9

    I find continuity in Europ's quagmire - with Germany again in the forefront, although in a different way. Today, how can a European market economy emerge with each member state clinging to its soverainty, governed by its own political, institutional and social system? Each country cannot produce the same goods and services in competition with each other. If Europ is to become some day, in the near or far future, a "nation", there has be specialisation and sharing. And as the world will continue to evolve, this requires that the more efficient and successful support those most affected by the changes.

  2. CommentedAndré Rebentisch

    You have to understand an ordoliberal mindset. The question is not if the house wins or loses. The question is if the situation is under control and the relations are reliable. In economics we could always twist the argument. The politically irresponsible reaction to austerity measures is blaming the creditors. Thus, the real crisis is responsible governance and reliability. We are already in a mode where the EU treaty is broken . Austerity is the appropriate control measure for a situation which was illegal under the treaties. In a state of exception Germans desire a swift return to order.

  3. CommentedKevin Lim

    All politics is local. The recent drubbing of Merkel's party in the polls virtually assures that there will be no change in Germany's insistence on austerity as the bitter antidote for Europe's ills (notwithstanding serious doubts as to the antidote's efficacy). The German public may be sympathetic to pro-growth policies but only in the domestic context. Otherwise, the reluctance to bail out feckless Greeks and Spaniards remains as strong as ever.

  4. CommentedEmre Konukoglu

    I think before assuming that Germany is going to take on this role we have to analyse the historical background to EU's formation. Given how Europe has dealt with inter-country conflicts in the past (i.e. world wars), I don't see how this assumption can have any viability....

  5. CommentedZsolt Hermann

    I think the last paragraph is the most important:
    "...Ultimately, there can be no strong Germany without a stable eurozone; no stable eurozone without a strong Germany; and no global economic stability without both. It is time for Europeans to make the difficult longer-term choices that are critical to sustaining and enhancing their historical regional project..."
    If we take seriously what we learn about our global system, that we are "all sitting on the same boat", we are interconnected and interdependent, than is there any possibility that there would eminent individuals, or nations that could pull away from the rest?
    Even the crisis we are in now is our common responsibility, Germany is just as responsible for the Greek and Spanish woes as the Greek and Spanish themselves.
    We all live in the same illusory system of constant growth and prosperity in a closed finite system.
    We all think that quantitative growth is the most important measure of our progress instead of a qualitative, mutual integration, providing each and everybody with necessities that are the basic conditions in our global, integral system, since I cannot prosper, progress unless the whole system is in balance and functions optimally.
    The first step in the recovery process is actually understanding the new system we exist in and our role in it.

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