Tuesday, October 21, 2014
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Les mythes dangereux autour du cancer

GENEVE – Cette année, la Journée Mondiale contre le Cancer veut démonter les mythes préjudiciables qui circulent sur la maladie. Le thème – illustré par la question « Cancer – Vous saviez ? » – est l’occasion de réfléchir aux réelles conséquences du cancer et d’améliorer la prévention à l’échelle mondiale ainsi que les efforts concernant les traitements.

Un des mythes les plus tenaces est que le cancer serait principalement un problème des pays développés. Il est vrai que le cancer est prédominant dans les pays riches, mais les populations des pays les plus pauvres ont une durée de vie moins longue lorsqu’ils sont atteints de cette maladie. Les avancées médicales et les évolutions technologiques ont permis aux malades du cancer dans les pays à hauts revenus de vivre plus longtemps – au point même que certaines formes de cancer sont effectivement devenues des maladies chroniques – mais les malades des pays à faibles revenus continuent de mourir jeune.

Une situation injuste mais aussi profondément tragique. Si l’on est parvenu à déjouer des tueurs comme le paludisme ou le sida, on ne devrait pas mourir prématurément d’un cancer – surtout une forme de cancer qui aurait pu être soignée avec quelque chose d’aussi simple et abordable qu’un vaccin.

Le lien souvent négligé entre les vaccins et le cancer souligne une seconde idée reçue : seul le destin (et peut-être aussi le tabac) détermine qui développe un cancer. En fait, un cas de cancer sur six dans le monde est provoqué par un agent infectieux connu, et cette proportion augmente d’un tiers dans certains pays d’Afrique sub-saharienne. Les quatre principaux coupables sont les hépatites B et C, le papillomavirus humain, et l’Helicobacter pylori, qui sont tous responsables pour 1,9 millions des cas de cancers du foie, du col de l’utérus et de l’estomac.

Le cancer du col de l’utérus tue aujourd’hui plus de femmes que l’accouchement, fauchant une vie toutes les deux minutes. Des 275 000 femmes qui meurent chaque année d’un cancer du col de l’utérus, 85% d’entre elles vivent dans les pays les plus pauvres de la planète. Le cancer du col de l’utérus semble toucher les plus vulnérables en particulier, comme les femmes atteintes du SIDA. Si rien n’est fait, le nombre de décès causé par un cancer du col de l’utérus devrait atteindre 430 000 cas par an en 2030.

Puis il y a l’hépatite B, qui est de cinquante fois plus infectieuse que le SIDA et se transmet souvent de la mère à l’enfant avant ou peu après la naissance, augmentant la probabilité de développer un cancer du foie plus tard dans l’existence. On estime aujourd’hui à deux millions le nombre de personnes en vie aujourd’hui qui ont été infectées par l’hépatite B, et 350 000 personnes sont infectées de manière chronique. Environ un quart d’entre elles vont mourir d’un cancer du foie ou d’une cirrhose dérivées de l’hépatite B (une conséquence de la maladie chronique du foie).

La bonne nouvelle est que des outils puissants sont disponibles pour éviter nombre de ces décès. Les vaccins existants contre le papillomavirus peuvent éviter jusqu’à 70% des cas de cancer du col de l’utérus, et de nouveaux vaccins sont en préparation et devraient améliorer ce chiffre. De même, le vaccin contre l’hépatite B est efficace dans 95% des cas pour éviter l’infection et ses conséquences chroniques.

Des vaccins contre l’Helicobacter pylori et l’hépatite C sont en cours d’élaboration (même si le dernier s’avère constituer un véritable défi). Le vaccin contre le virus Epstein-Barr, qui pourrait protéger contre certaines formes de lymphomes, obtient même des résultats prometteurs.

Mais financer et proposer ces vaccins aux citoyens les plus vulnérables des pays à faibles revenus est un véritable défi. L’Organisation Mondiale de la Santé avait dès 1972 recommandé d’inclure le vaccin contre l’hépatite B dans les programmes préventifs de vaccination mais son prix initialement trop élevé a ralenti l’application de cette recommandation dans certains pays en développement. Le même problème s’est plus récemment posé pour les vaccins contre le papillomavirus humain. Mais l’Alliance GAVI est intervenue pour faire en sorte que ce ne soit plus un problème pour l’hépatite B, et cela ne devrait pas non plus se reproduire pour le vaccin contre le papillomavirus.

Depuis sa création en 2000, l’Alliance GAVI s’est engagée à favoriser l’accès à la vaccination salvatrice aux enfants du monde les plus démunis. En partenariat avec la Banque Mondiale, l’OMS, l’UNICEF et la Fondation Bill & Melinda Gates, elle a utilisé les outils innovants de recherche de fonds pour financer des programmes mondiaux d’immunisation tout en travaillant avec l’industrie pour baisser le prix des vaccins.

En intégrant le vaccin de l’hépatite B dans un vaccin pentavalent (cinq en un), l’Alliance a déjà facilité sa distribution auprès des enfants dans 70 pays dans le cadre de campagnes systématiques de vaccination. L’Alliance travaille maintenant à rendre le vaccin contre le papillomavirus accessible à plus de 30 millions de femmes et de jeunes filles parmi les plus pauvres du monde d’ici 2020 ; dans le cadre de cet effort, et coïncidant avec la Journée Mondiale contre le cancer, elle a lancé un programme pilote dans huit pays en développement.

Ainsi que le prouve un nombre croissant d’éléments, les bénéfices de la vaccination vont bien au-delà de la simple fonction d’éviter la maladie et la mort. Ils contribuent aussi au développement cognitif des nourrissons et à l’amélioration du niveau d’études des enfants, ce qui contribue au potentiel de croissance des pays. Dans ce combat contre le cancer, les avancées médicales peuvent considérablement réduire les statistiques de mortalité, ce qui implique qu’un meilleur accès à la vaccination peut avoir avec un impact massif, réduisant de manière considérable le nombre de cas futurs dans les pays en développement pour à peine quelques dollars par dose.

Les habitants des pays riches connaissent sans aucun doute la maxime selon laquelle il vaut mieux prévenir que guérir. Mais compte tenu de la disponibilité immédiate des vaccins dans les pays développés, les efforts de prévention se concentrent désormais sur la modification les habitudes de vie à l’origine du développement des cancers.

Mais dans le même temps, les populations des pays en développement manquent d’outils de prévention simples contre certains des cancers les plus communs. Il est crucial d’améliorer l’accès à la vaccination pour répondre à cette iniquité globale et réduire le fossé grandissant entre les riches et les pauvres. Cela implique avant toute chose de démanteler le mythe selon lequel on ne peut pas « attraper » un cancer.

Traduit de l’anglais par Frédérique Destribats

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  1. CommentedAyse Tezcan

    Good points and timely warning.
    Currently, because the age of life expectance at birth is quite young in much of the developing world, the death rates from cancer have not been a big issue. However, as the life expectancy improves due to all these mentioned reasons, the cancer will replace all these deaths from infectious and other preventable diseases as happened in developed countries. At that point, these developing countries will become disadvantaged again because of lack of resources. Today, using the lessons learned in developed countries, we can be ahead of the game and save human-lives and resources in the future.

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