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L’Euro survivra-t-il à la crise ?

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2008-11-24

CAMBRIDGE – L’Union économique et monétaire européenne (UEM) et l’euro sont sur le point de célébrer leur dixième anniversaire. L’euro se porte bien depuis son apparition sans heurts, aidé par la seule mission de la Banque centrale européenne : assurer un faible niveau d’inflation.

La crise économique d’aujourd’hui pourrait sérieusement mettre à l’épreuve la capacité de l’euro à survivre à des périodes plus troubles. Si la crise peut renforcer les institutions de l’UEM, elle peut aussi multiplier les risques, au sujet desquels il faut avertir les États membres pour les éviter.

Le grand problème, c’est que la situation de chaque membre de l’UEM risque d’évoluer de façons si diverses que certains leaders politiques nationaux pourraient trouver plus judicieux d’adopter des politiques divergentes de celles des autres membres. Les différences actuelles entre les taux d’intérêt des obligations d’État de la zone euro montrent que les marchés financiers envisagent la rupture comme une réelle possibilité. Par exemple, les obligations d’État à dix ans en Grèce et en Irlande rapportent désormais près d’un point de pourcentage supérieur à celui d’obligations comparables en Allemagne, tandis que le taux de celles de l’Italie est presque aussi élevé.

Bien entendu, l’histoire compte nombre d’échecs d’unions monétaires ou d’États à monnaie unique. Si une rupture de ce type serait plus difficile pour un pays de l’UEM pour des raisons techniques et juridiques, ne doutons pas que les pays qui le veulent vraiment peuvent se retirer.

La raison la plus évidente de quitter l’Union serait de vouloir échapper à la politique monétaire identique pour tous imposée par la monnaie unique. Les pays dont l’économie serait en crise ces prochaines années et qui craindraient qu’elle ne devienne chronique pourraient être tentés de quitter l’UEM, afin d’assouplir leurs conditions monétaires et de dévaluer leur monnaie. Même si d’un point de vue économique cette décision n’est pas raisonnable, il n’est pas exclu que les pays confrontés à un important déclin économique en décident ainsi.

Le Pacte de stabilité et de croissance, qui limite les déficits budgétaires des membres de la zone euro, est une autre raison de vouloir quitter l’UEM. En cas de grave récession, certains pays pourraient opter pour une politique keynésienne traditionnelle par le biais de mesures d’incitation budgétaire à grande échelle et financées par le déficit. Bien que le Pacte de stabilité et de croissance soit suffisamment élastique pour stimuler le déficit budgétaire, il peut arriver que des pays se sentent empêchés d’agir de façon aussi agressive qu’ils l’entendent.

La crise financière soulève encore un autre problème : l’absence de véritable « prêteur de dernier recours ». Reste à voir dans quelle mesure la BCE sera disposée à proposer aux banques centrales et nationales le volume d’euros nécessaire pour jouer pleinement ce rôle. Si un pays voit ses banques s’écrouler parce que sa banque nationale n’a pas pu leur prêter suffisamment, il risque de quitter l’UEM pour que cette banque fournisse autant de monnaie locale qu’elle le juge nécessaire.

Par ailleurs, la crise économique a permis de renouveler le débat sur la nécessité de mettre en place une autorité fiscale pour l’Union européenne. Quelle que soit la logique de cette proposition, elle ouvrirait la voie à une redistribution bien plus importante des revenus – cette raison est suffisante pour que les pays à revenus élevés veuillent quitter l’Union.

Même si les responsables ne veulent pas abandonner l’euro, ils risquent d’en arriver là pour amener les autres pays à opter pour un changement de politique. Les pays pour lesquels la politique monétaire et fiscale est trop stricte pourraient menacer de se retirer si cette dernière n’est pas modifiée.

Le risque est de taille si les pays en question sont l’Allemagne ou la France ; mais même s’il s’agit de pays plus petits, la menace serait importante et pourrait être considérée comme le début de la fin. Des pays pourraient alors menacer de partir dans l’espoir que cela suffirait à obtenir l’accord des autres membres de l’UEM sur les changements politiques souhaités. Le risque est certes que les autres pays ne soient pas intimidés. Les auteurs des menaces devraient alors choisir entre une défaite humiliante et rester dans l’Union, et camper sur leur positions et partir.

Tout cela suppose que les responsables opteront uniquement pour un changement de politique qu’ils estiment dans l’intérêt de long terme de leur nation. Il n’est pas non plus exclu que certains politiciens n’agissent que pas pur intérêt personnel, voyant dans la crise une chance d’être élus, en faisant la promesse de retirer leur pays de l’UEM ou en menaçant de le faire si les autres membres n’acceptent par les changements politiques qu’ils proposent.

Aucun de ces risques ne signifie que l’Union monétaire sera inévitablement victime d’un grave déclin économique. Toutefois, la crise actuelle sera un test bien plus difficile pour l’euro qu’aucun de ceux qu’il a dû passer durant ses dix premières années d’existence.

Martin Feldstein est professeur d’économie à Harvard. Il a dirigé le comité des conseillers économiques du président Reagan et le Bureau national de la recherche en économie (NBER).

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alexferro 12:39 03 Dec 08

Yes, there is a definitive risk there.



AUTHOR INFO

Martin Feldstein, Professor of Economics at Harvard, was Chairman of President Ronald Reagan's Council of Economic Advisers and is a former president of the US National Bureau for Economic Research.