Wednesday, September 17, 2014
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Les cercles vicieux de l’Europe

BERKELEY – Il semble que la crise de l’euro ne montre aucun signe de fléchissement. Alors qu’en 2011 les dirigeants européens étaient supposés reprendre le dessus sur les événements, les problèmes de la zone euro n’ont cessé d’empirer. Ce qui était à l’origine une crise grecque s’est répandu aux pays du sud de l’Europe, pour finalement se changer en crise pan-européenne. En effet, avant la fin de l’année, les banques et les gouvernements ont commencé à concevoir des plans de secours afin de faire face à l’effondrement de l’union monétaire.

Rien de tout cela n’est inévitable. Il s’agit plutôt du reflet de l’incapacité des leaders européens à stopper précisément deux effets de spirale néfastes.

Le premier effet spiral s’est propagé de la dette publique aux banques, pour gagner de nouveau la dette publique. Les doutes sur la capacité des gouvernements à rembourser leurs dettes ont entraîné la montée en flèche des taux d’emprunt et la chute de la valeur des obligations. Mais, surtout, cette crise des dettes a entaché la confiance dans les banques européennes, ce qui a fait peser des interrogations sur les obligations. Dans l’impossibilité d’emprunter, les banques sont devenues incapables d’accorder des prêts. Au fil de l’affaiblissement des économies, les perspectives d’assainissement budgétaire se sont raréfiées. La valeur des obligations a par la suite continué de chuter, causant encore davantage de tort aux banques européennes.  

La Banque centrale européenne a désormais stoppé ce cercle vicieux, en apportant aux banques des liquidités garanties pendant trois ans contre toute une gamme d’éventualités. Rassurées d’avoir accès à des fonds, les banques ont à nouveau la confiance de consentir des prêts.

Les observateurs les plus cyniques font valoir que l’agenda véritable de la BCE consisterait à encourager les banques à racheter les obligations des pays en crise. Pourtant, cela ne ferait qu’affaiblir davantage les portefeuilles de crédit des banques, à un moment où les régulateurs européens tentent désespérément de les renforcer. La décision de la BCE d’apporter aux banques des liquidités illimitées ne résout pas les problèmes des dettes des gouvernements, ce qui n’est d’ailleurs pas l’intention de la Banque. Mais elle permet au moins d’empêcher que le problème de la dette ne crée des problèmes bancaires qui, en retour, aggraveraient interminablement ce problème de la dette.

Le deuxième cercle vicieux en Europe voit les effets néfastes se propager de l’assainissement budgétaire vers un ralentissement de la croissance, pour regagner à nouveau l’assainissement budgétaire. L’augmentation des impôts et la restriction de dépenses publiques sont toujours nécessaires ; nous ne pouvons échapper à cette réalité. Mais ces mesures de réduction de la demande ralentissent également la croissance économique, rendant très difficile de satisfaire aux objectifs de réduction des déficits. Un effort supplémentaire d’assainissement budgétaire exige alors davantage de restrictions de dépenses, ce qui ralentit encore davantage la croissance, entraînant une nouvelle aggravation de la performance budgétaire.

Arrivés à un certain point, la récession et le chômage provoqueront une réaction politique. Les électeurs en colère chasseront du pouvoir les gouvernements partisans de l’austérité. Et l’incertitude relative à la nature des gouvernements qui leur succéderont ne rassurera en rien les investisseurs, ni n’influera positivement sur la croissance.

L’interruption de ce deuxième cercle vicieux nécessitera une relance de la croissance, dont, dans les circonstances actuelles, il est plus facile de faire l’évocation que de faire une réalité. L’environnement extérieur n’est pas favorable. La croissance économique aux États-Unis demeure encore faible, et la croissance des marchés émergents semble en passe de ralentir.

Quels sont alors les options pour les décideurs politiques européens ? Une relance de la croissance nécessiterait une approche double, qui traite à la fois de l’offre et de la demande.

Prenons tout d’abord l’offre. Des recherches relatives à l’économie européenne ont démontré que les petites et moyennes entreprises (PME) constituaient les moteurs de la création d’emploi. Les PME ont toutefois besoin du crédit pour se développer et pouvoir embaucher, ce qui souligne l’importance des mesures récentes de la BCE destinées à réinjecter des liquidités dans le système bancaire.

Les autres mesures relatives à l’offre devront être prises par les gouvernements. Le parlement italien a par exemple accepté de lever les limites sur les horaires d’ouverture des commerces, ce qui constitue une première étape vers la libéralisation du secteur de la vente. Les chauffeurs de taxi et les pharmaciens sont toutefois parvenus à résister aux tentatives d’ouverture de leur profession et d’instauration de services plus flexibles et plus efficaces. La nécessité d’apaiser les différents groupements d’intérêt constitue un sérieux obstacle à la relance de la croissance économique, car les réformes globales sont plus efficaces que les réformes fragmentaires. 

Rallier le consentement de toutes les parties prenantes exigera de faire compensation auprès des perdants. Et c’est ici que le modèle social européen est susceptible de constituer un atout plutôt qu’un handicap. Les perdants de la réforme pourraient se voir accorder des indemnités de chômage généreuses mais temporaires. Ils pourraient rejoindre des programmes de formation encadrés par l’industrie et financés par les gouvernements. Les gouvernements européens qui promettent d’apporter leur aide aux plus lésés ont de meilleures chances de conserver un soutien politique. Ils seront davantage en mesure de maintenir le cap de la réforme.

De même, les chauffeurs de taxi ont tout à gagner à formuler des demandes constructives s’agissant de leurs prestations. D’où la nécessité continuelle de mesures axées sur la demande, ce qui renvoie la balle dans le camp de la BCE.

Un abaissement des taux d’intérêt ne sera pas suffisant. L’augmentation du prix des actifs et la réduction du taux de change de l’euro exigera de la BCE qu’elle acquiert des obligations sur le marché secondaire – non pas les obligations des pays en crise, mais celles de tous les membres de la zone euro. En d’autres termes, un assouplissement quantitatif sera nécessaire.

Rien n’est garanti. Mais l’Europe peut encore échapper à ses cercles vicieux si tout le monde fait son travail.

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