Saturday, November 1, 2014
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L’indépendance énergétique dans un monde interdépendant

CAMBRIDGE – Lorsque le président Richard Nixon a déclaré, au début des années 1970, qu'il entendait assurer l'indépendance énergétique du pays, les États-Unis importaient un quart de leur pétrole. À la fin de la décennie, à la suite d’un embargo du pétrole arabe et d’une révolution iranienne, la production domestique déclina. Les Américains importaient alors la moitié de leurs besoins pétroliers à un prix 15 fois supérieur, et il fut largement admis que le pays était à court de gaz naturel.

Un certain nombre de chocs énergétiques ont contribué à une combinaison fatale de stagnation de la croissance économique et d’inflation, et tous les présidents américains depuis Nixon ont fixé de même l’objectif de l’indépendance énergétique. Mais peu de gens ont pris ces promesses au sérieux.

Aujourd’hui, les experts de l’énergie ne plaisantent plus. D’ici la fin de cette décennie, selon l’Administration américaine des informations sur l’énergie, près de la moitié du pétrole brut que consomme l’Amérique sera produite sur le territoire national, et 82% proviendra de la côte Atlantique des États-Unis. Philip Vergler, analyste respecté dans le domaine de l’énergie, affirme que d’ici 2023, soit le 50e anniversaire du « projet d’indépendance » de Nixon, les États-Unis seront indépendant sur le plan énergétique, en ce sens qu’ils exporteront plus d’énergie qu’ils n’en importeront.

Vergler fait valoir que cette indépendance énergétique « pourrait annoncer un Nouveau siècle américain, en créant un environnement économique dans lequel les États-Unis s’approvisionneraient en énergie pour un prix bien inférieur à ce qui se pratique dans d’autres régions du monde. » Aujourd’hui déjà, les Européens et les Asiatiques payent 4 à 6 fois plus cher leur gaz naturel que ce que ne payent les Américains.

Comment l’expliquer ? Les technologies du forage horizontal et de la fracturation hydraulique, par lesquelles le schiste et autres formations de roches compactes de grandes profondeurs sont bombardés d’eau et de produits chimiques, ont révélé d’importantes nouvelles réserves à la fois en gaz naturel et en pétrole. Le secteur du gaz de schiste a connu une croissance annuelle de 45% entre 2005 et 2010, et la part du gaz de schiste dans la production totale des États-Unis en gaz a augmenté de 4% à 24%.

On estime que les États-Unis possèdent suffisamment de gaz pour maintenir leur cadence de production actuelle pendant plus d’un siècle. Bien que de nombreux autres pays disposent d’un potentiel considérable en gaz de schiste, ils sont confrontés à bien des difficultés : pénurie d’eau en Chine, problème de sécurité des investissements en Argentine, et restrictions environnementales dans plusieurs pays d’Europe.

L’économie américaine tirera d’innombrables d’avantages du changement dans son approvisionnement en énergie. Des centaines de milliers d’emplois sont actuellement en cours de création, dont certains dans des régions éloignées et auparavant stagnantes. Cette nouvelle activité économique stimulera la croissance globale du PIB, engendrant de nouvelles recettes fiscales significatives. De plus, le moindre coût des importations permettra une réduction du déficit de la balance commerciale américaine, et une amélioration de sa balance des paiements. Un certain nombre d’industries américaines, comme les produits chimiques ou la plasturgie, bénéficieront d’un important avantage comparatif en termes de coûts de production.   

En effet, l’Agence internationale de l’énergie estime que les précautions supplémentaires nécessaires pour assurer la sécurité environnementale des puits de gaz de schiste – notamment une attention particulière aux conditions sismiques, un scellage approprié des puits, ainsi qu’une gestion consciencieuse des eaux usées – n’augmenteront le coût que d’environ 7%.

En revanche, s’agissant du changement climatique, les effets d’un recours plus important au gaz de schiste présentent avantages et inconvénients. Dans la mesure où la combustion de gaz naturel produit moins de gaz à effet de serre que d’autres hydrocarbures comme le charbon ou le pétrole, il pourrait constituer une passerelle vers un avenir moins générateur de carbone. Toutefois, le faible prix du gaz entravera le développement de sources d’énergies renouvelables, à moins que celles-ci ne fassent l’objet de subventions ou à moins de taxes sur le carbone.

À ce stade, on ne peut que spéculer sur les conséquences géopolitiques. De toute évidence, le renforcement de l’économie américaine permettrait d’accroitre sa puissance économique – scénario qui contredirait la tendance actuelle à l’évocation d’un déclin des États-Unis.

N’énonçons pas pour autant de conclusions hâtives. L’équilibre entre importations et exportations énergétiques ne constitue qu’une première étape vers l’indépendance. Comme je l’affirme dans mon ouvrage The Future of Power, l’interdépendance mondiale implique à la fois sensibilité et vulnérabilité. Bien que les États-Unis puissent être moins vulnérables sur le long terme si leurs importations énergétiques diminuent, le pétrole est un bien fongible, et l’économie américaine demeurera sensible aux chocs liés à des variations brutales des prix mondiaux.

En d’autres termes, une révolution en Arabie Saoudite ou un blocus du détroit d’Ormuz pourrait avoir une incidence négative sur l’Amérique et ses alliés. C’est pourquoi, même si les États-Unis n’avaient aucun autre intérêt au Moyen-Orient, tels qu’Israël ou la non-prolifération des armes nucléaire, un équilibre entre les importations et les exportations énergétiques ne sauraient exempter les États-Unis des dépenses militaires – estimées par certains experts à 50 milliards $ par an – nécessaires à la protection des routes pétrolières de la région.

Dans le même temps, le pouvoir de négociation des Américains en matière de politique internationale doit être renforcé. Le pouvoir découle des asymétries de l’interdépendance. X et Y peuvent être dépendants l’un de l’autre, mais si X dépend moins de Y que Y ne dépend de X, alors X voit son pouvoir de négociation s’accroître.

Pendant des décennies, les États-Unis et l’Arabie Saoudite ont connu un équilibre des asymétries, à savoir que nous dépendions d’eux comme d’un producteur de pétrole d’appoint, et qu’ils dépendaient de nous comme d’une sécurité militaire ultime. Désormais, les négociations s’effectueront sur la base de conditions un peu plus favorables pour l’Amérique.

De même, la Russie connaît depuis un certain temps une période d’influence sur l’Europe et sur ses petits États voisins, grâce au contrôle qu’elle exerce sur l’approvisionnement en gaz naturel et sur les gazoducs. Tandis que l’Amérique du Nord deviendra auto-suffisante en gaz, davantage de ressources issues de diverses autres régions seront libérées, et proposées à l’Europe en tant que sources alternatives, ce qui réduira le levier de la Russie.

En Asie de l’Est, une région désormais au cœur de la politique étrangère des États-Unis, la Chine va se trouver de plus en plus dépendante à l’égard du pétrole du Moyen-Orient. Les efforts de l’Amérique pour persuader la Chine de jouer un rôle plus important en matière de sécurité régionale pourraient se renforcer, et la prise de conscience, par la Chine, de la vulnérabilité de ses voies d’approvisionnement face à des perturbations causées par la marine américaine dans l’éventualité peu probable d’un conflit, pourraient également modifier subtilement le pouvoir de négociation de chacune des parties.

Un équilibre entre importations et exportations énergétiques ne suffit pas à garantir l’indépendance parfaite, mais un tel équilibre contribue bel et bien à transformer les relations de pouvoir en matière d’interdépendance énergétique. Et cela, Nixon l’avait bien compris.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

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  1. CommentedSugandha Pahwa

    this will be a giant leap to [fast forwarded] macro economics without nuclear proliferation. i just believe the soveriegnity over national "resources" is the giant leap. Not the borders, i can actually see unmanned borders.

  2. CommentedNathan Coppedge

    I was under the impression that oil was a major reason for the conflict in the Middle East. Fluctuations in gas prices almost always seem to be altered by so-called "political influences" in the Arab world, and U.S. prices have been affected by a strong "charity" approach which provides a cushion by pouring huge amounts of capital onto what was originally merely an "energy" issue. The relationship of the U.S. to oil borders on metaphysical, and so it is no wonder that there are gaping military expenses which, while industrial or quasi-permanent in nature, are well in excess of what you mention in your article. I wouldn't be surprised if 50 billion dollars is miniscule compared to the real expense of running aircraft carriers, buying rocket fuel, building missiles, and paying for infantry on passive duty, to say nothing of outright conflict involving vast mobilizations. Much like the domestic economy, what I might call the military economy is not something accurately accounted in the minds of common citizens.

  3. CommentedThomas Granado

    Professor, you nailed it, but to complete the analysis you must give more stock to the opposition. First, there is significant industrial opposition to exportation of gas -- those who benefit greatly from low electricity and feedstock costs (petrochemicals, steel). Second, while the environmental community is split, the anti-Keystone crew is adamant about renewables over hydrocarbons. Damn the economics; for them it's a zero sum game. The evident risk: DOE is holding up export approvals to non-FTA countries while Australia is pressing forward.

  4. CommentedZsolt Hermann

    The title is an interesting oxymoron.
    Indeed the question is can we achieve any kind of independence in an interdependent world?
    This article focuses on energy supplies alone, trying to propose political and economical gains from an assumed energy independence.
    But we are interdependent on multiple levels not only in terms of politics, financial institutions, energy supplies or the usual measures we like to use these days, but on all levels of our lives.
    And we are not only interdependent within the global human society but humanity itself is an integral part of the larger circle of nature surrounding us.
    Even this articles touches upon possible negative environmental effects of increased shale gas production which we have very little information about.
    Also switching from crude oil to gas only postpones the inevitable questions how constant quantitative growth would be possible in a closed, finite system.
    Is it really possible, even just looking at it from political or economical point of view, for a single country to surge ahead of others in a global, interdependent system when others stagnate or fall into crisis?
    As long as we keep concentrating on individual, national benefits only caring about the interdependent system in terms of how we can benefit from it regardless of others, or about environmental consequences (both of which goes against the natural laws of governing interdependent systems), or as long we keep ignoring the very reasons why we need increasing, never ending energy supplies to fuel our insatiable economic model, we will not find long or even short term solutions for our present problems, rather we will create more and newer problems like a drunk person driving on without sobering out recognizing where he is and where he should be going.
    All over the world we keep escaping forward without examining the real causes for the global crisis, but in the global, closed, interdependent system we exist in today we cannot cheat much longer.

  5. CommentedMarshall Kaplan

    Finally some one got it right. Natural gas will play a much more important role in our fuel mix in the future than in the past. Energy independence, however, is not quite an accurate goal and suggest separation. Reducing oil dependence is more accurate . what we need to do is to reduce the monopolistic conditions governing oil and gasoline markets for transportation and allow for flex fuels like natural gas and its derivative methanol. safe..environmentally better., less costs..Let consumers choose. M Kaplan see Over the Barrel at www.fuelfreedom.org

  6. CommentedAkash Kaura

    USA is becoming increasingly energy independent, and China has significant reserves as well. This would pose a significant concern for India, would it not? Would this mean the India will need to make the transition to a knowledge based economy quicker than anticipated/planned? Looking at, and exploiting, alternative energy resources will require significant R&D which requires the fulfillment of 2 major pre-conditions:
    1. Presence of sufficient educated professionals
    2. Enough investment.
    Considering the current situation, would this mean that if India fails to make the transition in time, the future is not very bright?

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