Friday, August 1, 2014
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Pour une économie du développement, modèle 3.0

PEKIN –Les écarts du revenu moyen par habitant entre les différents pays étaient faibles jusqu'à la Révolution industrielle. A partir de ce moment-là ils se sont creusés, quelques pays occidentaux industrialisés parvenant rapidement à dominer le monde sur le plan économique et politique. Avant même la crise financière qui a éclaté en 2008, l'économie mondiale s'était transformée à nouveau. Jusqu'en 2000, les pays du G7 représentaient les deux tiers du PIB mondial, mais aujourd'hui la Chine et quelques grands pays en développement sont devenus les moteurs de la croissance mondiale.

Et bien que l'on parle de la montée en puissance du continent asiatique, au cours des dernières décennies c'est seulement dans quelques pays d'Asie de l'Est que le revenu moyen par habitant a fait un bond. De 1950 à 2008, seuls 28 pays (dont seulement 12 non-occidentaux) ont réduit de 10 points de pourcentage, ou même davantage, l'écart entre leur revenu moyen par habitant et celui des USA. Durant la même période, dans plus de 150 pays le revenu par habitant est resté faible ou moyen. Réduire l'écart avec les pays industrialisés à haut revenu reste le grand défi.

Dans la période post-coloniale qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale, le paradigme de développement dominant était une forme de structuralisme : l'objectif était de changer la structure industrielle des pays pauvres afin qu'elle ressemble à celle des pays riches. En général les structuralistes conseillaient aux gouvernements une stratégie de substitution aux importations avec intervention du secteur public pour pallier aux "défauts du marché". Appelons cela "l'Economie du développement 1.0". Les pays qui y ont adhéré ont connu au début un succès grâce aux investissements, mais il a été suivi par des crises répétées et la stagnation.

La pensée sur le développement a ensuite adopté le point de vue néolibéral du Consensus de Washington : les privatisations, la libéralisation des marchés et la stabilisation convaincraient les pays en développement de suivre l'exemple des pays avancés et d'adopter l'économie de marché qu'ils auront idéalisé. Appelons cela "l'Economie du développement 2.0". Le résultat des réformes liées au Consensus de Washington a été au mieux mitigé, certains économistes ont même qualifié les années 1980 et 1990 de "décennies perdues" pour beaucoup de pays en développement.

Compte tenu de la pauvreté persistante de ces derniers, les donateurs bilatéraux et la communauté impliquée dans le développement mondial ont privilégié l'éducation et la santé, tant pour des raisons humanitaires que pour stimuler la croissance. Mais la mise en application des programmes correspondants a été décevante, aussi la priorité est-elle passée à l'amélioration de l'efficacité des différents programmes - avec des chercheurs et des chercheuses comme Esther Duflo du laboratoire d'action contre la pauvreté du MIT qui a innové en utilisant une méthode d'expérimentation aléatoire.

J'appelle cela "l'Economie du développement 2.5". Mais à en juger par l'expérience de l'Afrique du Nord où l'éducation a fait de grands progrès sous l'égide des anciens régimes, mais n'a pas réussi à stimuler la croissance et à créer les emplois voulus pour la jeunesse éduquée, la validité de cette stratégie de développement est douteuse.

L'Asie de l'Est et d'autres pays qui ont atteint une croissance dynamique et se sont industrialisés n'ont pas suivi une stratégie de substitution des importations par la production locale, mais la voie d'une croissance tirée par les exportations. De la même manière, des pays comme l'île Maurice, la Chine et le Vietnam n'ont pas voulu d'une libéralisation rapide (la thérapie de choc) prônée par le Consensus de Washington. Ils ont adopté une approche graduelle fondée à la fois sur le soutien aux exportations et sur la restriction des importations (avec souvent de mauvais résultats selon divers indicateurs de gouvernance).

Ces deux groupes de pays ont accompli de grands progrès en matière d'éducation, de santé, de réduction de la pauvreté, ainsi que dans d'autres domaines relevant du développement humain. Aucun d'entre eux n'a eu recours à l'expérimentation aléatoire pour concevoir sa politique sociale ou économique.

Il nous faut maintenant une "Economie du développement 3.0". Pour y parvenir nous devons comprendre les déterminants de la structure économique. N'oublions pas qu'Adam Smith a appelé son principal ouvrage Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations.Dans cette perspective, le développement économique devrait se bâtir sur une étude de la nature et des causes de la croissance économique moderne - autrement dit sur un changement structurel du processus de développement économique.

Jusqu'à présent la pensée sur le développement s'est focalisée sur ce que les pays en développement n'ont pas (une industrie nécessitant de gros investissements), sur les domaines dans lesquels les pays développés réussissent le mieux (les mesures liées au Consensus de Washington et la gouvernance) ou sur les domaines importants du point de vue humanitaire, mais qui ne contribuent pas directement au changement structurel (santé et éducation).

Dans mon livre New Structural Economics [Nouvelle économie structurelle], je propose de mettre l'accent sur ce que les pays en développement savent faire (leurs avantages comparatifs) . Si la dynamique du changement structurel commence là, le succès appellera le succès.

Dans notre monde globalisé, la structure industrielle optimale d'un pays (dans laquelle toutes les industries sont adaptées aux avantages comparatifs dont il dispose et sont compétitives tant sur le plan intérieur qu'extérieur) dépend de ses atouts. Il faut un marché efficace pour encourager les entreprises nationales à choisir leurs investissements en fonction des avantages comparatifs de leur pays.

Si les entreprises d'un pays peuvent faire cela, son économie deviendra compétitive, le capital s'accumulera rapidement, la structure et le domaine de ses avantages comparatifs changeront. Il devra alors rénover sa structure industrielle pour l'adapter à des investissements plus importants. La rénovation industrielle et la diversification économique supposent des entreprises pilotes qui se lancent dans le changement, des progrès dans le domaine de la formation professionnelle, de la logistique, du transport et de l'accès aux moyens financiers, ainsi que d'autres changements dont beaucoup dépassent les capacités de ces entreprises. L'Etat doit les encourager, fournir les moyens nécessaires et coordonner les investissements privés voulus.

Par définition, le changement structurel est innovateur. Les pays en développement pourraient tirer avantage de leur retard en suivant l'exemple des changements structuraux qui ont déjà eu lieu dans les pays riches. En se basant sur l'expérience des pays qui ont réussi et sur la création du cadre voulu pour faciliter l'adaptation du secteur privé à leurs avantages comparatifs, ils pourraient atteindre un taux de croissance de 8% (ou davantage) durant des dizaines d'années et parvenir à un revenu par habitant de niveau moyen ou même élevé en une ou deux générations.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

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  1. CommentedMukesh Adenwala

    I wonder if this is not more than a bit idealistic. Such a course of development can be available to developing countries if and only if man is merely homo economicus. We are in a world where everything cannot be and will never be freely shared and where the likes of agricultural subsidies would prevail. Countries would, as they do, use exchange rates, pollution norms, taxation, corruption, etc. to gain and protect comparative advantage. There will be wars if and when these interest in the form of comparative advantage, or even consolidation thereof, is challenged or threatened.

  2. CommentedMoctar Aboubacar

    This is a little optimistic, but the possibility is certainly there. Oil-producing African countries have a rather bad track record for upgrading their industrial structures and shifting their competitive advantages. But at the same time these countries have large informal sectors, low ease-of-doing-business indicators, and the state does not seem to actively promote these so-called first-movers.

    Gabon is a pretty good example of this. With the country's new 'Emerging Gabon' plan for economic diversification, there seems to be a similar logic to this article in the works --it would be interesting to see if this case lends any credence to the thesis put forth by Mr. Lin.

  3. Portrait of Shriya Anand

    CommentedShriya Anand

    What about countries with large natural resource endowments? We have observed the consequences faced by economies that depend heavily on the extraction of natural resources (which according to your argument would be the optimal thing for them to do because it is consistent with their endowment structures).

    It does not seem feasible for developing countries to follow your advice without first strengthening domestic institutions. This is the area where Development Economics 3.0 should focus its thinking and research.

  4. CommentedProcyon Mukherjee

    Mr. Lin’s moot point on national endowments and incentivizing private sector alignment to the cause that comparative advantage stemming from such endowments could be gainfully used for growth is well taken.

    I think the question on private sector alignment in the developing world is put to far greater scrutiny by the polity than what it deserves, which is one of the reasons why we have supply side issues in the first place, which causes spiraling inflation that affects the poor more than the rich. It is also an excuse used to delay projects that involve land acquisition, environment clearances. Where poverty is overwhelming as in the areas where tribal people live in India, the mines for Bauxite, Iron Ore, and many other minerals are situated, where wealth is below the ground. In exploiting these endowments the private sector interests can hardly be questionable whether it serves the national interests or is aligned towards profiteering, Here one is reminded of Milton Freidman, where he pointed out that, ‘The purpose of corporate social responsibility is to make profits’, which is so apt as the only social relevance it has is that without profits no economic activity in capital intensive industry is ever possible and this is the only way to create jobs. Under the verbiage of ‘inclusive growth’ and with a long lens of misplaced wisdom we have attracted many sympathizers but precious little to the cause of growth and job creation in these parts of the world.

    Procyon Mukherjee

  5. CommentedJonathan Lam

    gamesmith94134: Development 3.0

    Mr. Lim stated the key is to have the right policy framework in place to facilitate private-sector alignment with the country’s comparative advantages, and to benefit from latecomer advantages in the process of structural change, or what policy framework can facilitate the private-sectors alignment with country’s comparative advantage gain profitability in order to grant an extended structural development after the cost of the structural developments 1.0 and 2.0.

    I would agree the comparative advantage and its endowment would improve its probability to grow; however, it is only up to a point only if it can afford it. Therefore, using the public sector intervention to overcome ‘market failure’ causes financial disruption like ClubMed to debt crisis; and nationalized marketing like privatization, liberalization and stabilization demolished the market system in shifting the weights of control through the functionary measures like inflationary and deflationary measure in the hand of a few, and the populace was forced to secure the comfort zones on accountability and affordability that the price and value they cannot disclaim, and such process had undercut the human resources when the market was overheated and unemployment climbed.
    Since development 1.0 and 2.0 by the governmental incentives caused errors in sustainability and redistribution of wealth in the stratified social networks, such structural development did not benefit private sectors alignment in extending the change to grow after the governmental incentives.

    Onward in the development 2.5 is just another interruption of credit or monetary measure like Quantitative Easing that created the micro/macro financial cliffhanger. By manipulating the currencies variables that application on import/export balance only made it insoluble for sovereignty and made it even harder for its populace to adapt. After the expansion of the economy with lesser option to devaluation or inflation, the private sector’s dependency on credit and workers’ compensation escalated; they minimized the fluidity in the cash flow or saving ; eventually the private sectors cuts R&D or fresh employment on the youth or the new productivity and it stops to grow. It was because the structuralism or monetarism defies the market system with its mechanism like nationalized marketing, zombie banks, and sovereignty debts that many populaces cannot sync with its government price control or disinflationary measures.

    It is questionable that structural development economics is the major factor to change to improve the nature and causes of modern economic growth if profitability, sustainability, and redistribution of wealth are in jeopardy throughout our current financial crisis and political turmoil. Perhaps, in development 3.0, the development thinkers must think of restoring the market system that ‘A well-functioning market is required to provide incentives to domestic firms to align their investment choices with the country’s comparative advantages.’ And also, all sovereignties should work on its developments providing faith in its populaces with a soluble formula, which can give affordability a comfort zone, and accountability to sustain its livelihood with a balance on the principle of price and value -----an intrinsic market system with fair trade for all.

    Hopefully, “too big to fall” would become a part of our financial history that our children can read and understand.

    May the Buddha bless you?

  6. CommentedStefan Siewert

    It is an excellent way of understanding development and the classification is very convincing. It frames the way of evolution in Western thinking and global development.
    First of all, since Industrial revolution, we have a global economy and poor and rich societies are part of a system. Changes in their relations are linked with advances in technology and, thus, the promise of greater welfare for the whole system - as is recently happened with China when it became the world's manufacturer of choice.
    One remark: Innovation is permanent. Some industries have a "natural" innovation rate higher than others, for example palm oil vs. logging. Thus, an emergent new global division of wealth and comparative advantages is defined by a technology component as well. We might wish to recognize the limits of changing an institutional path way when thinking about development.

  7. CommentedSergio Reuben Soto

    With an industrial structure "consistent with the country's comparative advantages", you can't have a "competitive market". You will have, at least, a corporate market in that conditions..., and then an ineffective distribution of resources.
    Those are the contradictions of the "scholastic economics” you endorse.

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