Wednesday, April 23, 2014
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La Chine sur l’aire de lancement

SINGAPOUR – Sous le voile du secret, le développement par la Chine de missiles stratégiques et tactiques est entré dans la troisième génération. Bien que le développement des armes nucléaires et des missiles longue portée chinois ait généralement été perçu comme prudent, progressif et lent, il a pris place dans le contexte d’une importance croissante donnée par les autorités au complexe militaro-industriel du pays, et en particulier au secteur aérospatial.

Ce processus a été accéléré par une convergence de réformes de l’industrie de la défense, d’une modernisation en profondeur des forces militaires et de l’intégration de concepts opérationnels novateurs, avec pour résultat des capacités opérationnelles croissantes des missiles stratégiques et des plates-formes spatiales de la Chine.

Plusieurs rapports laissent à penser que la Chine accroît de manière sélective les capacités de ses missiles stratégiques et tactiques en développant des moteurs de missile à combustible solide ; en diversifiant sa gamme d’ogives et en améliorant leur précision ; en déployant des missiles à plusieurs ogives ; et en améliorant les systèmes de contre-mesures de ses missiles balistiques, tels que leurres, paillettes, brouillage et bouclier thermique, et possiblement l’équipement de missiles balistiques en MaRV (pour Maneuverable Re-entry Vehicle) qui leur permet d’avoir une trajectoire évasive jusqu'à leur objectif pour éviter les tirs anti-missiles et en mirvage, de l'anglais MIRV (Multiple Independently targeted Reentry Vehicle), une technique qui permet d'équiper un missile nucléaire de plusieurs têtes qui suivent chacune leur trajectoire lors de leur entrée dans l'atmosphère.

La Chine développe, teste et déploie en particulier une nouvelle génération de missiles balistiques intercontinentaux à combustible solide, lancés à partir de véhicules, dont les Dong Feng 31 et 31A, équipés de têtes nucléaires. Elle conçoit et développe également de nouvelles classes de missiles balistiques conventionnels à courte portée et à moyenne portée, comme le Dong Feng 21 – des missiles mobiles, à combustible solide, à plus longue portée et plus précis, et capables d’exploiter les vulnérabilités des systèmes d’autodéfense des missiles balistiques.

Dans le cadre de la modernisation de ses armes nucléaires et missiles, la Chine met également l’accent sur le développement de missiles balistiques lancés à partir de sous-marins, comme le JL2, et teste l’adaptation du DF21-D comme missile balistique anti-navires pour des frappes navales, tout en développant ses armes antisatellite.

L’objectif qui sous-tend la modernisation continue par la Chine de ses moyens stratégiques est d’accentuer la crédibilité de ses capacités de dissuasion, en améliorant les possibilités de survie de ses armes nucléaires. La Chine diversifie donc ses missiles en termes de leurs capacités de frappe et de leur mobilité, et formule des stratégies asymétriques novatrices « d’anti-accès » et de « refus de zone » pour combler l’écart avec des adversaires et proches concurrents plus avancés au plan technologique – principalement les Etats-Unis, la Russie et le Japon.

Les progrès enregistrés dans la modernisation de ses armes et capacités stratégiques tiennent en grande partie à la transformation en cours des industries de la défense chinoises, en particulier du secteur aérospatial, au cours de la décennie écoulée. Depuis la fin des années 1990, le gouvernement chinois a graduellement intégré des éléments issus de la concurrence et de la mondialisation dans l’objectif de surmonter le monopole fortement enraciné des conglomérats traditionnels du complexe militaro-industriel chinois.

Ces réformes ont été guidées par deux concepts : les « Quatre mécanismes » - concurrence, évaluation, supervision et encouragement – et yujun yumin, ou l’identification de potentiel militaire dans les activités civiles et l’intégration des industries de la défense dans l’économie civile.

Ces réformes ont permis à la Chine de rationaliser ses efforts de recherche et de développement, ainsi que les transferts de technologies entre des éléments spécifiques de ses programmes spatiaux civils et commerciaux. La Chine a aussi pu en conséquence contourner les restrictions à l’exportation et au transfert de technologies militaires sensibles, en particulier concernant des composants et le savoir-faire dans le domaine spatial et des satellites.

En fait, les technologies spatiales militaires de la Chine dépendent et sont de plus en plus liées aux activités, infrastructures et ressources humaines spatiales commerciales et civiles. Ses lanceurs spatiaux peuvent être utilisés pour des satellites ayant une multitude de fonctions – dont les communications, la météorologie, la surveillance et la navigation – qui pourraient fortement contribuer à l’amélioration de l’efficacité des opérations et systèmes spatiaux militaires de la Chine. Bien que les missiles balistiques aient généralement des moteurs de fusée, un déploiement et des méthodes de lancement différents des lanceurs spatiaux, leurs systèmes de guidage et de contrôle peuvent utiliser des composants similaires, tandis que les lanceurs spatiaux peuvent intégrer des éléments des étages de lancement issus des missiles balistiques.

Le processus chinois de recherche et de développement, et de production, des missiles balistiques est graduellement passé de la copie et de la reproduction des missiles balistiques soviétiques de première génération à l’adaptation et à la modification de missiles balistiques plus petits, mobiles et à combustible solide et de leurs successeurs de seconde génération. La Chine est aujourd’hui un producteur indépendant et un innovateur technologique dans les systèmes de missiles et les technologies spatiales afférentes.

En fin de compte, la Chine estime que ses programmes spatiaux militaires, civils et commerciaux constituent l’avant-garde de sa défense nationale, de son développement économique et de son influence géostratégique. Le reste du monde doit considérer les capacités aérospatiales chinoises comme un élément important de son affirmation de puissance future.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

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