Thursday, July 31, 2014
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La terreur des femmes afghanes

KABOUL – Le bureau de la Commission indépendante afghane des droits de l’homme (AIHRC) de la province de Kondôz a récemment annoncé la libération d’une jeune femme emprisonnée depuis sept mois dans les toilettes par sa belle-famille. Sahar Gul, 15 ans, a été mariée de force à un homme plus âgé enrôlé dans l’armée afghane. Elle a ensuite été enfermée et torturée pendant plusieurs mois par la famille de son mari parce qu’elle refusait de se prostituer.

Au cours des dix dernières années, l’AIHRC a reçu plus de 19.000 plaintes relatives à des violences envers les femmes. Malgré les progrès enregistrés dans les enquêtes et les actions en justice concernant ces plaintes, et une plus grande sensibilisation de la population à ce problème, les défis restent imposants.

Depuis 2002, plusieurs initiatives ont eu pour objectif d’améliorer la vie des femmes en Afghanistan. Le pays a adopté plusieurs nouvelles lois et établi un cadre juridique relativement progressiste visant à mettre fin aux discriminations envers les femmes, dont une nouvelle loi qui rend passible de poursuites tout acte de violence envers les femmes.

Mais les lois et la politique ne suffisent pas à protéger les femmes de terribles violences domestiques. Le cas de Sahar Gul n’est de loin pas le seul cas  très médiatisé. Il y a notamment eu Gulnaz, une jeune femme emprisonnée pour « adultère » après avoir été violée par un membre de sa famille (elle a récemment été libérée à la faveur d’une grâce présidentielle, mais pourrait être obligée d’épouser son agresseur). Le mari d’une autre jeune femme, Aisha, lui a coupé le nez et les oreilles après qu’elle se soit enfuie.

Les violences envers les femmes en Afghanistan persistent pour plusieurs raisons. Premièrement, le pays a hérité d’une tradition tribale patriarcale qui présuppose l’infériorité des femmes, qui sont de ce fait privées de leurs libertés  et droits fondamentaux.

Deuxièmement, une forte motivation politique sous-tend la négation des droits des femmes. Les groupes radicaux bénéficient d’un large soutien d’une partie importante de la population qui s’oppose aux droits des femmes. Les talibans, par exemple, ont constamment fait appel à une politique anti-féministe pour se rallier les populations tribales et rurales.

Troisièmement, la fierté et l’honneur d’une famille sont jugés plus importants que le bien-être et la sécurité d’une femme. Si une femme est battue ou maltraitée par des membres de sa famille, elle n’a que peu de recours. Souvent, son seul choix sera de se taire sous peine de déshonorer sa famille. Si elle porte plainte, il est très probable qu’aucune enquête véritable ne sera menée, ni les agresseurs condamnés. Sahar Gul s’est par exemple plainte à la police des tortures infligées par ses beaux-parents, mais a été obligée de retourner chez eux après que des membres influents de la famille soient intervenus.

Quatrièmement, les lois sont souvent appliquées de manière arbitraire et la charia (la loi islamique) prévaut fréquemment sur la législation civile, avec pour résultat une impunité généralisée pour les crimes violents envers les femmes. En octobre 2010, la Cour suprême afghane a par exemple jugé que les femmes qui s’enfuient de chez elles peuvent être accusées de prostitution, à moins de se rendre à un poste de police ou au domicile d’un parent proche. C’est cet état d’esprit qui est l’origine du calvaire de Sahar Gul.

Enfin, même si les talibans ont perdu le pouvoir il y a dix ans, la société afghane pratique la discrimination et les violences envers les femmes depuis des siècles. Malgré certains progrès, une prise de conscience de l’opinion publique et des autorités sur les violences faites aux femmes n’émerge que très lentement.

Le gouvernement afghan doit prendre plusieurs mesures pour protéger pleinement les femmes. Il faut avant tout que les auteurs des violences soient poursuivis et jugés conformément aux voies légales. Il faudra pour cela que l’État de droit soit renforcé et la culture d’impunité abolie.

Cette évolution nécessite à son tour une meilleure information de la population sur les droits humains et de la femme par le biais des manuels scolaires, de cours de formation continue, et d’une campagne médiatique énergique. Il faudra également persuader les autorités de développer des politiques et d’allouer un budget pour combattre les violences envers les femmes, et à former les forces de police et les juges de façon à ce qu’ils puissent traiter les cas d’agressions contre les femmes sans se référer aux impératifs de l’honneur familial. Et surtout, les systèmes juridiques non constitutionnels, comme la charia, doivent être contrôlés, si ce n’est purement et simplement interdits.

Et pour ce qui de Sahar Gul, une enquête approfondie doit être menée sur les violences qu’elles a subies et tant les forces de police que les juges doivent s’engager à traduire ses tortionnaires en justice. De plus, le cas de Sahar Gul, et les autres cas similaires, doivent être étudiés pour comprendre les racines de tels crimes. Tant que le gouvernement afghan ne s’attaquera pas sérieusement à ce problème, notre pays continuera à porter la marque d’infamie des violences faites aux femmes.

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  1. CommentedCrystal David John

    I hope all policy makers around the globe read experiences of women such as listed here. We cannot sit quiet in our own comfort zones when this is happening in our planet.

  2. CommentedC Medansky

    This article is incredibly painful—yet, necessary reading. It is not by chance that human society is becoming more compressed; the intensification of the consciousness of the world as a whole is a natural process of development that we must undergo, and, whether we like it or not, these negative forms must be revealed in order to correct them.

    The world is becoming global and integral, and women already have to be strong and well-equipped. Nature deliberately created us a certain way, precisely to allow everyone to be integrally connected to the general system by way of their maximum actualization in it. A woman’s personal, individual, and unique participation does not contradict the integrality of the whole system; on the contrary, women have a unique perception of life and a great sense of responsibility that should be appreciated and developed. Instead of suppressing women, we must provide integral upbringing and education in order to build an inclusive human society which is based on mutual support and participation.

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