Saturday, November 1, 2014
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Un programme pour la paix et le développement mondial

MONROVIA, LIBÉRIA – Les 27 membres du Panel de haut niveau des éminentes personnalités sur l’Agenda pour le développement post-2015, chargé de conseiller le Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, se réunira à Monrovia, au Libéria, cette semaine. Au cours de cette réunion, le Panel dégagera une vision « audacieuse, mais aussi pratique » pour une action conjointe sur le développement durable.

Tandis que se dérouleront ces débats – coprésidés par la Présidente du Libéria et lauréate du prix Nobel de la paix, Ellen Johnson-Sirleaf, le président de l’Indonésie, Susilo Bambang Yudhoyono et le Premier Ministre du Royaume-Uni, David Cameron – le Sahel et la région des Grands Lacs continueront à souffrir de la violence et de conflits armés. Les déplacements à grande échelle de populations et les souffrances indicibles qu’elles endurent dans plusieurs pays africains (sans parler de la Syrie et ailleurs) menacent d’inverser la croissance économique sans précédent qu’a connue le continent au cours de la dernière décennie.

Le Panel (dont je fais partie) doit saisir l’occasion présentée par la réunion de Monrovia pour contribuer à un programme de développement durable qui s’attaque au cercle vicieux de la pauvreté et des conflits qui freinent l’activité économique et nuisent au bien-être des individus.

Depuis plus de dix ans, les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), qui arrivent à échéance dans deux ans, ont fourni le cadre de la coopération internationale pour le développement, en mettant l’accent sur l’élimination de la pauvreté dans le monde. En développant un nouveau programme global de suivi, les dirigeants mondiaux doivent reconnaître que si les OMD ont permis à des millions de personnes d’échapper à l’analphabétisme, à la maladie et à la faim, leur impact général a été insuffisant, en particulier dans les pays fragiles et victimes de conflits armés. Les statistiques de la Banque mondiale montrent qu’aucun des pays à faible revenu et touché par les conflits n’est parvenu à réaliser un seul des OMD, reflétant l’incapacité de ce cadre à résoudre efficacement les problèmes liés à l’insécurité et à la violence organisée.

C’est pour cette raison que le programme post-2015 doit être centré sur la paix, la sécurité et une vie à l’abri de la peur. Il doit s’efforcer de faire de la justice et de la prospérité une réalité pour tous. Et il doit montrer que nous avons compris que le développement est impossible sans la paix, tout comme la paix est impossible sans le développement – et qu’une paix et un développement durables ne sont possibles que si les droits humains et l’État de droit sont respectés.

De plus, comme le laisse entendre le thème de la réunion de Monrovia, « Composants nationaux pour une prospérité durable », les initiatives mondiales de développement post-2015 doivent mettre l’accent sur le soutien aux efforts entrepris aux plans nationaux pour parvenir à une prospérité stable et à long terme. Les stratégies adoptées doivent aider les pays à surmonter l’insécurité et les conflits à l’intérieur de leurs frontières, à transformer leurs économies et, au final, à réaliser leur potentiel, notamment par le renforcement de leurs institutions et de l’État de droit, la participation des nombreuses parties prenantes et l’assurance que tous les citoyens ont un accès égal à la justice. Le soutien international à ces efforts consiste à donner aux dirigeants africains et aux parties prenantes la possibilité – et la responsabilité – d’éliminer le sous-développement et encourager la prospérité.

Et bien que l’éradication de la pauvreté restera un sujet extrêmement important après 2015, il faudra mettre davantage l’accent sur les disparités locales que sur les moyennes nationales. Il faudra prendre des mesures qui aillent au-delà des besoins sociaux généraux pour encourager les secteurs créateurs d’emplois et générateurs de revenus. Et des efforts sérieux devront être faits pour promouvoir la réconciliation dans les pays touchés par les conflits et éviter qu’ils ne renouent avec la violence.

Compte des succès enregistrés par le Libéria dans la reconstruction et le développement humain, après une guerre civile de 14 ans, le pays offre un cadre pertinent aux délibérations du Panel. Depuis 2003, une vision et un engagement à l’échelle nationale, couplés à une aide internationale, ont permis au Libéria de tenir des élections démocratiques, de remettre sur pied une partie des services publics de base, de rétablir un système de gestion des finances publiques et de progresser dans l’élimination d’une corruption endémique et dans la reconstruction des institutions et des infrastructures nationales.

Le Panel doit s’inspirer des efforts actuels du Libéria pour garantir la paix, maintenir la stabilité et entamer des transformations économiques et sociales comme modèle d’une transition post-conflit réussie. Le Rwanda, le Mozambique et le Sierra Leone sont d’autres exemples qui peuvent guider le Panel.

Le Panel est déterminé à élaborer une proposition ambitieuse, cohérente et pratique de programme de développement mondial durable. Ce processus sera ouvert, inclusif et transparent et bénéficiera des opinions et des expériences d’experts et d’autres parties prenantes représentant les jeunes, les femmes, les personnes âgées et les handicapés, ainsi que les acteurs législatifs, universitaires et intergouvernementaux. Le Panel tiendra également compte des nombreux apports, en ligne ou autres, de contributeurs du monde entier, des apports qui lui permettront de comprendre à quel avenir ils aspirent. Leurs perspectives enrichiront le développement d’un programme qui réponde à leurs priorités.

Dans un monde éprouvé par les conflits, les efforts de développement sont toujours insuffisants. Le programme de développement post-2015 doit privilégier une approche globale, associant des mesures de réduction de la pauvreté à des initiatives en faveur de la paix et des stratégies de transformation économique. Ainsi, les dirigeants mondiaux pourront poser les fondations de la prospérité, de la justice et du développement durable dans le monde entier. Les générations futures comptent sur nous.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

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  1. CommentedCher Calusa

    A short course in history will easily show us what we already know: Power brokers rely on planned shortages, dominance of resources and thus war and poverty are strategic creations. Can the UN address this salient issue which persists? Beautiful plans become withering pages in an archive of philosophies and provide only a model for sociologists to puruse and discuss. The round table of the UN is thus far only a model. When will all the world's power brokers have to sit at a round table and consider how they affect the entire global society? What is their incentive thus far to change? The building of a better world for all is likely to come about through some kind of global catastrophe which the power brokers feel acutely. Perhaps there is still time for mass education and change to push mankind ito a better form of development, however, it will have to come about through the empowerment of the common man. Currently it's a catch 22 situation at best.

  2. CommentedFrank O'Callaghan

    There will be increasing pressure for the elimination of inequality. The elimination of poverty. insecurity and hunger are attempts to reduce the demands for the equalization of capital and income.

  3. CommentedJ St. Clair

    this paragraph is talking about government, publicly held corporations aka franchises, the top 2% will benefit from all forms of trade,

  4. CommentedZsolt Hermann

    We always have to applaud such initiatives and meetings, and it is good that the world already possesses such global, international institutions, programs.
    The problem is nobody truly takes them seriously.
    The UN is usually a landing place for retired politicians who want to wind down "gracefully', large part of the money spent through UN institutions ends up in uncertainty or corruption.
    Although we keep repeating expressions like global village, global, mutual cooperation, sustainable development, at present these remain empty words as each nation and individual still exists in their respective subjective boxes only paying lip-service to the "global agenda".
    For such institutions like UN to work, for any global program or initiative to achieve success first humanity has to understand that we have evolved into a totally interconnected and interdependent network, rendering humanity into a single, living organism, where basically each human being serves as an individual cell of a single body.
    If we fully understand and digest this, from there it will be easy to build new mutual and global systems and mechanisms, since in today's world local, self calculating planning and execution is futile, leading to crisis and suffering.

      CommentedEdward Ponderer

      Any real progress here will be on the human level through mutual responsibility and guarantee. And round tables and integral education will be the way to evolve this.

      As to the United Nations -- well I can't think of any institution more worthy of their own Qaddafi Human Rights award, its just so-o-o UN.

      Commentedradek tanski

      All these initiatives ignore the existence of capital and hence power imbalance. And if there is a power imbalance why should there be sharing?

      Sounds like the usual African strategy. Moan and complain that the societies with more capital (not to mention better weapons) have first pick of new growth for them selves.

      I have to wonder is the proponents are consciously or unconsciously blind and hypocritical.

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