US President Donald Trump shakes hand with China's President Xi Jinping FRED DUFOUR/AFP/Getty Images

L'épreuve de force de Xi contre Trump

LONDRES – Le monde sera bientôt témoin d'une épreuve de force historique entre la Chine et les États-Unis, deux superpuissances dont les dirigeants se considèrent eux-mêmes comme suprêmes. Dans un premier temps, cela consistera en une bataille commerciale. Mais un autre enjeu est la conduite stratégique de l'Extrême-Orient et par la suite, de l'ordre international. En l'état actuel des choses, la Chine se trouve dans une position plus forte que bien de gens ne le réalisent. La question est de savoir si le Président chinois Xi Jinping se sentira assez confiant ou assez effronté pour vouloir le prouver.

L'épreuve de force n'est probablement pas ce que la Chine a choisi ; mais cela n'est pas non plus une surprise. Les droits de douane sur les importations récemment annoncés par le Président américain Donald Trump sur l'acier, l'aluminium et sur d'autres marchandises de fabrication chinoise sont en accord avec son style de nationalisme économique. Et sa décision d'accepter l'invitation de la Corée du Nord à participer à des entretiens bilatéraux sur son programme nucléaire reflète la même attitude défiante qu'il a appliquée auparavant aux menaces de guerre de la Corée du Nord.

La prochaine épreuve sera historique parce qu'elle promet de révéler les véritables forces et attitudes de la puissance montante du monde vis-à-vis de la puissance affaiblie mais toujours dominante du candidat sortant. Pour le meilleur ou pour le pire, le résultat pourrait façonner le monde pour les décennies à venir.

Sur le front commercial, l'important excédent bilatéral de la Chine par rapport aux États-Unis pourrait signifier que Trump a davantage à perdre dans une guerre commerciale, simplement parce que les États-Unis ont davantage d'exportations qui peuvent être pénalisées. On dit souvent que les pays excédentaires seront toujours les plus grands perdants dans n'importe quelle escalade de représailles des droits de douanes et d'autres barrières.

Mais cette hypothèse est fausse sur plusieurs points. Tout d'abord, la Chine est plus économiquement résiliente aux effets d'une guerre commerciale qu'elle ne l'était auparavant. Le commerce comme part de son activité économique totale s'est réduit de moitié au cours de la dernière décennie, de plus de 60 % du PIB en 2007 à seulement plus de 30 % aujourd'hui.

La Chine présente également des avantages importants en termes de politique nationale et de diplomatie internationale. En tant que dictature, la Chine peut ignorer les manifestations de ses travailleurs et de ses entreprises qui subissent les droits de douane des États-Unis. Aux États-Unis, où des élections de mi-mandat du Congrès auront lieu en novembre prochain, le tollé soulevé par les exportateurs, les importateurs et les consommateurs confrontés à des coûts plus élevés vont se faire entendre haut et fort.

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Naturellement, Trump pourrait lui aussi ignorer les manifestations contre sa guerre commerciale s'il est convaincu que défier la Chine va satisfaire le noyau dur de son électorat et lui faire gagner sa réélection en 2020. Mais les républicains du Congrès risquent de ne pas être tout à fait du même avis, en particulier si leurs États ou régions font partie de ceux qui sont touchés par les taxes sur les importations chinoises.

En termes de diplomatie internationale, la guerre commerciale de Trump va aider la Chine actuelle, dans le rôle du défenseur de l'ordre international fondé sur le droit et sur les institutions multilatérales, comme l'Organisation Mondiale du Commerce. Bien sûr, tous les pays ne vont pas suive l'exemple de la Chine. L'OMC ne reconnaît pas la Chine comme une économie de marché, à cause de la participation significative du gouvernement chinois dans l'industrie et du vol présumé de propriété intellectuelle.

Mais la Chine aura une chance de se faire passer pour une victime, tout en arguant du fait que les États-Unis constituent à présent la plus grande menace envers le système commercial mondial qu'ils ont contribué à créer. Et si une guerre commerciale déclenchée par les États-Unis traîne en longueur, le plaidoyer en faveur de la Chine ne fera que s'amplifier à mesure que de nouveaux pays vont subir les effets disruptifs des droits de douane.

Naturellement, la Chine peut choisir de ne pas du tout prendre part à la guerre commerciale de Trump. Avec des concessions symboliques, telles qu'un accord sur l'importation de gaz naturel produit aux États-Unis ou des promesses d'offrir de nouvelles garanties pour des droits de propriété intellectuelle, elle pourrait convaincre Trump de se retirer. Mais si Xi suspectait qu'une démonstration de force puisse soutenir l'importance internationale de la Chine tout en nuisant à celle des États-Unis, il pourrait décider d'agir en conséquence.

La question de la Corée du Nord est plus compliquée. Mais là encore, la Chine aura l'avantage. Même en dépit de véritables progrès dans les pourparlers, la Chine fait déjà figure de bon citoyen mondial. Au cours de la dernière année, elle a fait pression sur le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, pour le pousser à négocier. En participant aux sanctions économiques coordonnées contre le régime de Kim et en limitant censément les exportations essentielles de pétrole et d'autres marchandises vitales pour la Corée du Nord, la Chine a joué son rôle en faisant venir Kim à la table des négociations.

Sur le papier, la question fondamentale est de savoir si la Corée du Nord sera disposée à abandonner son programme d'armement nucléaire, qui est le fruit de plus de 30 ans de travail. Et comme la Chine le sait très bien, la Corée du Nord ne voudra jamais abandonner ses armes nucléaires sans changements importants dans l'équilibre militaire sur et autour de la péninsule coréenne.

Kim va certainement proposer de dénucléariser son arsenal, à la seule condition que les États-Unis retirent leurs troupes en Corée du Sud et peut-être également au Japon. Ceci excepté, il ne se sentirait pas assez en sécurité pour se passer de la dissuasion nucléaire sur laquelle il a fondé la survie de son régime. De son côté, Trump risque bien de refuser une telle condition. Au mieux, il pourrait accepter un processus par lequel de telles avancées extraordinaires pourraient être discutées à une date ultérieure.

Dans les deux cas, la Chine conserve la main. Dans le cas d'une impasse, elle aura amené Kim à la table des négociations et mis l'Amérique dans la position d'un refusenik. Et si les États-Unis acceptent effectivement n'importe quelles concessions militaires, la position stratégique de la Chine en sera renforcée.

La seule vraie question pour Xi, dès lors, consiste à savoir s'il veut affirmer son statut de grand manitou de la Chine dès à présent, ou plus tard.

http://prosyn.org/LyQbsvs/fr;

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