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Où sont les conciliateurs pour la Syrie ?

DENVER – Beaucoup de choses ont été dites à propos des similitudes entre le chaos en Syrie et les guerres balkaniques des années 1990. Cependant, même si les interminables boucheries en Syrie semblent en fait rappeler celles de la Bosnie, les interventions politiques et diplomatiques qui ont finalement amené la paix en Bosnie brillent par leur absence aujourd'hui.

Jusqu'à maintenant, rien n'a été proposé qui ressemble au plan du groupe de contact forgé au cours de l'été 1994 par des représentants de pays comme la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, la Russie et les États-Unis, programme qui fut d'ailleurs mis en vigueur l'année suivante à Dayton en Ohio, après des mois de va-et-vient diplomatique. En Syrie, le seul processus diplomatique se trouve entre les mains de l'ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, un homme courageux, qui, malgré les difficultés, a compris, contrairement à bon nombre d'analystes de ce dernier scandale international, qu'un règlement politique durable ne peut passer par la victoire exclusive d'une des deux factions opposées.

Personne ne peut assister à la violence actuelle en Syrie sans éprouver un sentiment d'horreur envers les attaques armées contre des populations civiles, pour la plupart désarmées, et perpétrées majoritairement par des groupes qui appuient le régime du président Bashar al-Assad. Mais ceux qui affirment que la Syrie est au bord de la guerre civile ignorent ce qui est devenu évident de jour en jour : la Syrie est déjà enétat de guerre civile, une bataille dont les lignes ont été tracées depuis plusieurs mois.

D'un côté se campe la tribu minoritaire alaouite dont Assad est issu, qui au fil du temps a su attirer l'appui des sunnites laïcs pour s'approprier la part du lion d'un État autoritaire et chasse gardée d’un seul parti. Mais la coalition d'Assad est encore plus étendue, ce qui permet d'expliquer comment il a pu conserver le pouvoir alors que d'autres régimes de la région n'y sont pas parvenus. La communauté chrétienne de Syrie, une majorité de sa population kurde de 1,5 million et même les classes laïques de Damas sont réticentes à rejoindre un mouvement qui est largement perçu au pays – mais pas par le reste du monde – comme une opposition sunnite sectaire qui ne verra peut-être pas d'un bon œil le pluralisme culturel, si jamais elle accède au pouvoir.