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Où sont les islamistes ?

NEW YORK – Dans le courant des années 1980 en Pologne, alors que le régime communiste était en butte à l’hostilité d’une population désenchantée, le porte-parole du gouvernement, Jerzy Urban, a fait remarquer à un journaliste étranger que la Pologne n’avait le choix qu’entre deux options : le communisme ou l’Église catholique. « C’est soit nous » dit-il, « soit la Vierge noire de Częstochowa ».

Les dirigeants autoritaires du Moyen-Orient ont lancé sans relâche des avertissements analogues. Le président égyptien Hosni Moubarak n’a pas été en reste : c’est l’État policier ou les islamistes ; Moubarak ou les Frères musulmans. Ce message a été suffisamment convaincant pour que les gouvernements occidentaux, et en particulier les États-Unis, continuent à fournir généreusement armes et argent à Moubarak et aux autres « alliés » arabes.

Pour ceux qui sont favorables à l’expansion de la démocratie dans le monde, ce point de vue manichéen présente un dilemme inconfortable. L’Occident serait en « guerre contre l’islam », pour citer Ayaan Hirsi Ali, une militante d’origine somalienne. Cela signifie-t-il pour autant qu’il faille renoncer à la démocratie si des partis islamistes ont une chance de remporter des élections ?

C’est la politique qu’a suivie la France après que le Front islamique du salut (FIS) ait remporté le premier tour des élections législatives en Algérie en décembre 1991, en appuyant un coup d’État militaire l’année suivante. Les Etats-Unis ont adopté la même position après la victoire électorale du Hamas en Palestine en 2006, qu’ils n’ont pas reconnu. Les Etats-Unis ont soutenu des États policiers en Égypte, en Arabie saoudite et en Asie centrale, en estimant que l’alternative serait pire.