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Le mythe d’une démocratie kaki

NEW YORK – L’Egypte et la Thaïlande ont peu de choses en commun, excepté dans un domaine. Dans ces deux pays, à différentes époques, les gens instruits qui se targuent d’être des démocrates ont fini par se féliciter des coups militaires contre leurs gouvernements élus. Ils ont résisté contre des régimes militaires oppressants durant de longues années, mais en Thaïlande en 2006, comme en Egypte le mois dernier, ils étaient heureux de voir leurs dirigeants politiques renversés par la force.

Cette perversité n’est pas sans raison. Dans ces deux pays, les dirigeants élus, Thaksin Shinawatra en Thaïlande et Mohamed Morsi en Egypte, sont de bons exemples de démocrates autoritaristes : ils ont tendance à envisager leur succès électoral comme un mandat pour manipuler les normes constitutionnelles et se comportent comme des autocrates.

Ils ne sont pas les seuls. En fait, ils sont probablement très représentatifs des dirigeants de pays dont l’histoire n’a pas ou peu connu de gouvernements démocratiques. Le Premier ministre de la Turquie Recep Tayyip Erdoğan appartient au même camp. Et si les dirigeants du Front Islamique du Salut (FIS) de l’Algérie avaient été autorisés à prendre le pouvoir en 1991, après leur premier succès dans une élection démocratique, ils auraient certainement été des dirigeants autocrates. (Mais ils ont été renversés par un coup militaire avant les élections suivantes, ce qui a déclenché une guerre civile brutale qui a duré huit ans, déplorant quelques 200 000 morts.)

Les lendemains du coup de 2006 en Thaïlande n’ont pas été aussi sanglants. Mais l’amertume reste présente chez les partisans de Shinawatra – aujourd’hui encore, alors que sa sœur Yingluck est devenue Premier ministre. La violence dans les rues est une menace constante. Seul le fragile et souffrant roi Bhumibol Adulyadej, 85 ans, parvient encore à symboliser la cohésion nationale. Sans lui, les combats entre les pauvres ruraux et les élites urbaines pourraient reprendre rapidement. Cela n’augure rien de bon pour la démocratie thaïlandaise. Une autre intervention militaire serait la dernière chose dont le pays aurait besoin.