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Quand le boom d’Internet tourne court

Tant que le boom d’Internet a duré, rien ne semblait pouvoir dégonfler la bulle spéculative. Rares étaient les sociétés Internet ou “dot com” qui faisaient des profits, mais les investisseurs ne semblaient pas s’en inquiéter. Ils fondaient l’évaluation des valeurs Internet sur le nombre de clients ou d’abonnés. Le but du jeu était de lever des capitaux, et non de gagner de l’argent. Même la chute d’actions vedettes avait étonnamment peu d’effet sur le reste du marché. Les intervenants avaient appris qu’acheter le marché à la moindre baisse était payant, et ils ont conservé cette habitude jusqu’à ce que cela ne paie plus

Maintenant que la fièvre Internet est retombée, on assiste au retour sur les “fondamentaux”. Mais cette vue est aussi biaisée que l’idée précédente selon laquelle le boom aurait une durée illimitée parce que l’économie Internet avait créé de nouveaux fondamentaux. En effet, le cycle Internet expansion/dépression remet en question les théories économiques dominantes sur les marchés financiers.

Il est maintenant clair que les prétendus fondamentaux qui déterminent le prix des actions ne sont pas des données absolues. Ils dépendent au contraire du comportement des marchés financiers. En effet, le cours d’une action affecte le devenir de l’entreprise de bien des façons : elle décide le coût des capitaux propres ; elle détermine si une entreprise va être rachetée ou en racheter d’autres; le cours de l’action a une influence sur la capacité d’emprunt d’une société ainsi que sur la possibilité d’attirer et de récompenser le management par des stock options; le cours de l’action sert enfin d’outil de promotion et de marketing.

En d’autres termes, quand les marchés trouvent qu’une société fonctionne bien, ses fondamentaux s’améliorent; quand les marchés changent d’avis, la chance tourne pour elle. En outre, les changements qui affectent les marchés financiers ont aussi des conséquences macro-économiques importantes.