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Quel est le problème avec la Turquie ?

Le 16 décembre, Orhan Pamuk, l'un des plus célèbres auteurs turcs, devra affronter un tribunal d'Istanbul. Il doit répondre à l'accusation d' “insulte à l'identité nationale” pour s'être prononcé en faveur d'une discussion ouverte sur le génocide par les Turcs de 1,5 million d'Arméniens en 1915 et 1916. Pamuk encourt trois années de prison. Les efforts de la Turquie pour imposer des amendes et des peines de prison à ceux qui débordent du cadre officiel me convainquent que j'avais raison de m'opposer à l'ouverture des négociations sur l'adhésion de ce pays à l'Union européenne.

En décembre 1999, le Conseil européen a accordé à la Turquie le statut de pays candidat de l'UE, ce qui impliquait que la Turquie entrerait dans l'Union à une date future non encore fixée. Le Conseil a ensuite demandé à la Commission européenne de décider avant octobre 2004 si la Turquie satisfaisait aux critères politiques nécessaires à l'adhésion, qui comprennent la démocratie, l'état de droit et le respect du droit des minorités ethniques. Cette décision a été l'une des dernières prises par la Commission de Romano Prodi, dont j'ai été membre. Parmi ses 30 membres, 29 ont déclaré que la Turquie satisfaisait de façon suffisante aux critères pour pouvoir continuer. J'ai été le seul dissident.

C'est le rapport même de la Commission sur la Turquie, préparé par Günter Verheugen, alors chargé de l'élargissement de l'UE, qui a motivé ma décision. Ce rapport mentionnait qu'en 2003, quelque 21 870 Turcs ont demandé asile à l'UE, parmi lesquels 2 127 ont été acceptés. En d'autres termes, les gouvernements de l'UE eux-mêmes ont reconnu en 2003 que le gouvernement turc avait persécuté plus de 2 000 de ses propres citoyens.

Dans l'intervalle, la Commission a publié un rapport de progrès sur la Turquie estimant que les réformes se poursuivaient, bien qu'à un rythme plus lent, sous le gouvernement à orientation modérément islamique du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Ce rapport faisait néanmoins état de sérieux doutes : les violations des droits humains, comprenant la pratique de la torture, continuaient ; l'influence militaire conservait trop d'ampleur ; la liberté d'expression n'était pas universellement observée ; les minorités religieuses non-musulmanes et culturelles étaient victimes de discriminations et la violence contre les femmes ne rencontrait pas une opposition suffisamment forte.