41

Ce qu'il manque à la Grèce pour prospérer

NEW YORK – Certains économistes négligent l'idée moderne selon laquelle la prospérité d'un pays dépend de l'innovation et l'entrepreneuriat. Ils reprennent à leur compte l'opinion mécaniste selon laquelle la prospérité est une question d'emploi et où l'emploi est déterminé par « demande » : les dépenses publiques, la consommation des ménages et la demande en investissements.

Au sujet de la Grèce, ces économistes font valoir qu'un changement de la politique budgétaire vers « l'austérité » (un secteur public réduit), a amené une déficience accrue de la demande et en conséquence une dépression. Mais une thèse de ce genre interprète mal l'histoire et exagère le pouvoir des dépenses publiques.

Une grande part de la baisse de l'emploi en Grèce a eu lieu avant les fortes réductions dans les dépenses entre 2012 et 2014 (sans aucun doute à cause de la perte de confiance envers le gouvernement). Les dépenses trimestrielles du gouvernement grec ont atteint un palier d'environ 13,5 milliards d'euros (14,8 milliards de dollars) entre 2009 et 2012, avant de retomber à environ  9,6 milliards d'euros en 2014-2015. Pourtant le nombre de travailleurs a atteint son sommet de 4,5 millions en 2006-2009 et a chuté à 3,6 millions en 2012. Au moment où la Grèce a commencé à réduire son budget, le taux de chômage de 9,6% de la population active en 2009 avait déjà presque atteint son niveau récent de 25,5%.

Ces résultats pèsent lourdement contre l'hypothèse selon laquelle « l'austérité » aurait mis la Grèce dans sa situation actuelle. Ils indiquent que le tournant de la Grèce depuis les fortes dépenses de 2008-2013 n'est pas imputable au chômage de masse actuel.