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Le potentiel de croissance solidaire de l'Afrique

DUBAI – L'euphorie est palpable en ce moment, à juste titre, dans une grande partie de l'Afrique. Sept parmi les dix pays les plus dynamiques du monde sont des pays africains. Afin de mieux rendre hommage au potentiel et à l'importance de ce continent, le président américain Barack Obama a convoqué un Sommet des dirigeants États-Unis / Afrique du 4 au 6 août.

Mais toutes ces bonnes nouvelles risquent de faire oublier les mauvaises. Selon un compte-rendu récent sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement, publiés par les Nations Unies, le nombre de personnes en Afrique sub-saharienne vivant dans une extrême pauvreté a augmenté de plus de 40%, soit de 414 millions de 1990 à 2010. La région compte quatre décès sur cinq d'enfants de moins de cinq ans.

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De toute évidence, la croissance n'a pas été solidaire : la marée montante a laissé de nombreux bateaux derrière elle. Cela n'est tout simplement pas tenable.

Environ 12 millions de personnes vont arriver sur le marché du travail africain chaque année durant les dix prochaines années. Mais aujourd'hui, les jeunes représentent toujours 60% du chômage global. La création d'un nombre suffisant d'emplois gratifiants est un défi important.

La réponse à ce défi sera différente selon les pays, mais repose sur la relance et sur le renforcement de l'industrie, de l'agriculture, de la grande distribution et de l'hôtellerie, ainsi que sur les entreprises technologiques. Nous avons déjà vu l'impact positif qu'ont eu certaines innovations, par exemple les portefeuilles mobiles (des applications de téléphonie mobile pour effectuer des opérations bancaires) pour faciliter les paiements et le commerce, et pour créer de nouveaux emplois en Afrique.

Il est possible d'en obtenir davantage en distribuant mieux le haut débit et la technologie et en rendant la technologie plus abordable. Après tout, si l'Inde parvient à créer à partir de zéro des entreprises de sous-traitance qui livrent leurs clients à des milliers de kilomètres de distance, pourquoi pas l'Afrique ?

Même dans les scénarios de croissance les plus optimistes, d'ici une dizaine d'années environ la moitié de la population active de l'Afrique sera toujours employée dans le secteur informel, y compris par les microentreprises et par les PME. Il est impératif de faciliter la croissance du secteur informel et d'améliorer sa productivité en élargissant l'accès au financement et à la technologie. Dans le même temps, le système éducatif africain doit se concentrer sur la formation de travailleurs qualifiés et aptes à trouver un emploi.

Malgré l'émergence d'un petit nombre d'industriels de renommée mondiale, comme Dangote Cement Nigeria, la contribution de l'industrie au PIB en Afrique a diminué de 13% seulement. Mais l'augmentation des coûts de main-d'œuvre dans certaines régions d'Asie, notamment en Chine, représentent une chance que l'Afrique puisse inverser cette tendance.

De même avec 60% des terres arables non cultivées du monde, l'Afrique dispose d'un énorme potentiel pour nourrir la population croissante de la planète et pour promouvoir son secteur agricole. Pourtant dans les pays comme le Nigeria, comme le gouvernement l'a reconnu, l'agriculture est en récession.

Pour exploiter son potentiel dans le secteur industriel et agricole, l'Afrique doit régler son déficit d'infrastructure et la nature fragmentée de ses marchés, améliorer la qualité réglementaire, renforcer l'efficacité du secteur public et faire respecter l'état de droit : autant de fondamentaux dans toute stratégie de développement. Des mesures favorables aux investisseurs ont aussi un rôle à jouer.

L'Afrique a désespérément besoin d'améliorer son infrastructure matérielle : centrales électriques, aéroports, ports, routes et voies ferrées. Le Nigeria, la plus grande économie d'Afrique produit moins d'électricité que le petit État insulaire de Singapour, en dépit de ses énormes réserves de pétrole. En l'absence d'un réseau de transport aérien de haute qualité, la voie de communication élective entre plusieurs capitales africaines transite à présent par Dubaï sur Emirates Airlines.

La Chine a montré avec quelle rapidité des progrès peuvent être réalisés dans les infrastructures. Mais contrairement à la Chine, le taux d'épargne national de l'Afrique représente à peine 15% du PIB, ce qui est nettement insuffisant pour financer le déficit en infrastructure.

L'Afrique a donc besoin de capitaux étrangers. Les projets d'infrastructure par leur nature même sont exposés à long terme aux aléas politiques. Mais les investisseurs ont besoin de certitude réglementaire. Des modalités transparentes dans les appels d'offres et les contrats, de la clarté dans les structures tarifaires et dans les mécanismes de paiement, des régimes douaniers sans ambiguïté et une confiance dans les droits de propriété sont indispensables, ainsi qu'un système judiciaire incorruptible et véritablement efficace.

Il sera possible de parvenir au niveau nécessaire en réduisant ou en éliminant les barrières existantes à la libre circulation des biens et des services à travers les frontières nationales, pourvu que les entreprises disposent de leur liberté d'agir sur une base régionale. Actuellement le marché interafricain représente moins de 15% du total des échanges, soit le plus faible de tous les continents. La formation de blocs régionaux au Sud, dans l'Est et l'Ouest de l'Afrique sont des étapes positives, mais plus de détermination et d'urgence sont nécessaires dans la mise en œuvre.

L'objectif à moyen terme doit être une « véritable » Union africaine qui agisse davantage comme l'Union européenne en termes de garantie de libre circulation des marchandises, des services et des personnes. À tout le moins, comme les investisseurs en Afrique peuvent en témoigner, les régimes de visa doivent être plus favorables aux entreprises.

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En plus de son faible taux d'épargne, l'Afrique souffre d'une multiplicité de marchés de capitaux non optimisés (la seule exception étant l'Afrique du Sud). La réponse réside peut-être dans la création d'une bourse panafricaine pour le commerce des actions et des obligations. Cela fournirait aux entrepreneurs locaux un accès à des financements et faciliterait l'accès direct aux investisseurs de portefeuille étrangers dans des entreprises africaines. Proposer des options de sortie là où il n'en existe actuellement aucune permettrait également d'implanter une croissance explosive en capitaux propres. L'Afrique serait sûrement favorisée en contractant davantage de capitaux propres que de dettes.

En mettant fin à des monopoles d'État sur les télécommunications, le Nigeria a créé plus de trois millions d'emplois dans ce seul secteur au cours de la dernière décennie. Y at-il une leçon plus générale à tirer en réduisant, ou en mettant fin au rôle des entreprises publiques ? Ou bien l'Afrique doit-elle suivre le modèle chinois et simultanément entretenir ces entreprises, voire même les favoriser ? Des débats sont en cours. Il est cependant clair que l'Afrique a besoin d'un cadre politique pour redéfinir les rôles respectifs du gouvernement et du secteur privé.