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Le Royaume et le pouvoir

DENVER – Le Président américain Barack Obama a soi-disant « apaisé les tensions » avec le roi saoudien Salmane avant la dernière réunion du Conseil de Coopération du Golfe à Riyad, la capitale de l'Arabie Saoudite. Compte tenu du caractère tendu de la relation bilatérale (un long processus toujours en cours), cela est probablement le meilleur résultat que l'on pouvait raisonnablement espérer. Mais ce n'est pas suffisant.

La relation de l'Amérique avec l'Arabie saoudite est basée sur une approche de compromis pragmatiques visant à faire avancer des intérêts communs, le plus important d'entre eux consistant à maintenir la paix et la sécurité relative dans une région instable qui est vitale pour l'économie mondiale. Mais cette approche est rapidement en train de passer de mode. En effet, nous sommes entrés dans une nouvelle ère idéologique, dans laquelle le plaidoyer en faveur du pragmatisme, plutôt que des valeurs communes, est de plus en plus difficile.

Dans ce contexte, il n'est a donc pas très surprenant que des failles commencent à se faire jour au sein des relations bilatérales. Dans un récent entretien, Obama a décrit les Saoudiens (ainsi que d'autres alliés des États-Unis) comme des « parasites » de la politique étrangère américaine. Cela a suscité une discussion non seulement sur le fait de savoir si cela est vrai (les Saoudiens achètent d'énormes quantités de matériel militaire aux États-Unis), mais également de savoir si cela devait être exprimé au grand jour. Après tout, en politique comme dans la vie, toutes les convictions d'une personne n'ont pas à être partagées publiquement.

Mais Obama ne s'est pas arrêté là. Au cours du même entretien, il a déclaré que l'Arabie saoudite avait besoin d'apprendre à « partager » le Moyen-Orient avec l'Iran, son ennemi juré. Et il a formulé une critique ouverte sur le traitement des femmes dans le Royaume, en faisant valoir « qu'un pays ne peut pas fonctionner dans le monde moderne s'il réprime la moitié de sa population. »