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L'absence de politique syrienne des États-Unis

DENVER – L'entrée audacieuse de la Russie dans la guerre civile en Syrie pourrait avoir de fâcheuses conséquences pour son leadership. Mais au Moyen-Orient, tout le monde peut perdre de nos jours. Tout comme la Russie pourrait être perdante à cause de son entrée dans le conflit, les États-Unis pourraient être perdants pour vouloir rester en dehors (ou plus précisément, pour ne pas concevoir ni encore moins poursuivre une politique cohérente et ciblée dans le pays).

Pour le meilleur ou pour le pire, la politique russe en Syrie reflète non seulement un objectif, mais également une véritable stratégie visant à l'atteindre (une stratégie que le Président russe Vladimir Poutine a dernièrement fait progresser en rencontrant le président syrien Bachar el-Assad lors d'entretiens à Moscou. Maintenant que la Russie a frappé au moins une partie des ennemis d'Assad sur leurs talons, le Kremlin a décidé que le moment est venu de discuter des arrangements politiques à venir (ou peut-être plus précisément, que le moment est venu de dire à Assad ce qui va se passer ensuite).

Malheureusement la politique du Président des États-Unis Barack Obama n'a pas la même cohésion. Certes une grande partie des critiques selon lesquelles les choix de politique étrangère de son administration (par exemple, la décision de rester hors de Syrie), reflètent sa faiblesse ou son indécision sont inexactes. Ces accusations ne reflètent pas la réalité autant que la tendance (qui s'est intensifiée au cours de la campagne présidentielle américaine), à utiliser Obama comme bouc-émissaire pour les problèmes du monde.

Les critiques feraient bien de se rappeler qu'il y a moins de dix ans la communauté internationale appelait les États-Unis à prendre davantage de gants au moment de décider quand ils devaient agir ou non avec audace. Et c'est précisément ce qu'a fait Obama en Syrie : il a évalué les options et a conclu qu'il n'était pas dans l'intérêt des États-Unis d'intervenir sur le terrain en Syrie. À l'inverse, des frappes aériennes menées par les États-Unis contre l'État islamique préservaient ces mêmes intérêts.