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Le déshonneur des réfugiés de l'Ouganda

NEW YORK – Lorsque le Secrétaire Général des Nations Unies, António Guterres s'est rendu en Ouganda au début du mois, sa mission annoncée (lever des milliards de dollars pour les réfugiés de la crise croissante du pays), avait l'air d'une noble cause. Les conflits dans la région ont conduit plus d'un million de personnes vers l'Ouganda et ce pays en subit les contraintes.

Mais ce dont Guterres ne pas se rend peut-être pas compte, ou du moins ce qu'il ne veut pas reconnaître publiquement, c'est que l'homme fort de l'Ouganda, le Président Yoweri Museveni, a été l'instigateur ou a exacerbé un bon nombre de conflits, fuis par les réfugiés qui vivent actuellement dans son pays. Enrôler Museveni pour aider à résoudre la crise des réfugiés revient à recruter un pyromane à la tête d'une brigade de pompiers.

Environ la moitié des réfugiés en Ouganda sont à présent originaires du Sud-Soudan, où une guerre civile fait rage par intermittence depuis décembre 2013. La guerre a commencé lorsque des troupes sous le commandement du Président Salva Kiir ont commencé à attaquer et à tuer des membres de l'ethnie Nuer à Juba, capitale du Sud-Soudan. Les rebelles attachés à l'ancien Vice-président Riek Machar ont ensuite commencé à attaquer les membres de la tribu de Kiir, les Dinka.

Une grande partie des militaires ont sympathisé avec Machar, mais en janvier 2014, l' Ouganda a envoyé des troupes au Sud-Soudan pour empêcher la chute de Kiir (une exigence que le gouvernement ougandais avait d'abord rejetée). Cette intervention a grandement prolongé la guerre, chaque jour de plus en plus sanglante. En avril, le Secrétaire d'État au développement international Priti Patel a assimilé la « politique de la terre brûlée » des Kiir et le ciblage tribal à des actes de génocide.

Près de 38 000 Somalis ont également demandé asile en Ouganda, pour fuir une guerre dont l'Ouganda est en partie également responsable. En 2007, l'Ouganda a soutenu la désastreuse invasion éthiopienne appuyée par les États-Unis en Somalie, qui a presque rasé la capitale Mogadiscio, en obligeant plus de la moitié de la population de la ville à fuir.

Le but de cette intervention était de remplacer l'Union des Tribunaux Islamiques au pouvoir par un gouvernement plus laïque. Mais la déroute de l'Union des Tribunaux Islamiques, menée par de relatifs modérés, s'est violemment retournée contre eux, par une radicalisation d'une aile de la jeunesse, le groupe al-Shabaab. Aujourd'hui, al-Shabaab, l'un des groupes terroristes islamistes radicaux les plus terrifiants, contrôle une bonne partie de l'espace rural du pays. Le groupe s'est également attaqué à des centres commerciaux, à des restaurants et à des écoles dans les pays voisins, notamment au Westgate Mall de Nairobi en 2013 et à l'Université de Garissa dans le Nord-Est du Kenya, où 417 étudiants ont été tués en 2015.

Enfin, l'Ouganda abrite plusieurs centaines de milliers de réfugiés de République Démocratique du Congo, où un conflit fait rage depuis 1996. Cette crise a éclaté quand les armées ougandaise et rwandaise ont envahi et ont renversé le dictateur vieillissant Mobutu Sese Seko, puis ont envahi à nouveau le pays deux ans plus tard, dans le but de renverser le successeur de Mobutu, Laurent-Désiré Kabila.

Mobutu n'était pas un ange : tandis que son peuple croupissait dans la pauvreté, il décorait son palace somptueux dans la jungle avec des chandeliers en verre de Murano, sabrait des bouteilles de champagne rosé et construisait un aéroport privé pour faire atterrir le Concorde. Mais après son éviction, la vie des citoyens du Congo a infiniment empiré, lorsque des milices soutenues par l'Ouganda et le Rwanda, en particulier le fameux Mouvement du 23 mars, ont ravagé le pays. Des officiers militaires ougandais, dont certains membres de la famille de Museveni, ont également été accusés de piller des milliards de dollars en or, diamants et autres ressources naturelles dans les provinces de l'Est du Congo. Le nombre de victimes, non seulement à cause des violences, mais également du fait de l'effondrement des services de santé et d'autres conséquences d'un État en faillite, se chiffre probablement par millions.

Ce que Guterres et les donateurs de l'Ouganda ont besoin de comprendre est que Museveni est un tricheur, semblable au lièvre du conte populaire africain traditionnel. Depuis son arrivée au pouvoir par la force il y a plus de 30 ans, il a collaboré avec l'Occident dans la guerre contre le terrorisme et s'est fait le champion de réformes économiques néolibérales appuyées par la Banque mondiale. Ces politiques pro-occidentales lui ont valu une impunité quasi totale, ainsi que plus de 20 milliards de dollars en matériel militaire et en aide au développement.

En raison de la corruption, l'argent de l'aide fournie à l'Ouganda a peu servi à améliorer le bien-être des citoyens de l'Ouganda, dont les taux d'analphabétisme, de mortalité et de pauvreté dépassent ceux de nombreux pays voisins. Selon les enquêtes publiques américaines, les enfants ougandais figurent parmi ceux qui ont le moins de chances au monde de terminer leur éducation primaire et qui ont presque deux fois plus de risques de mourir que les enfants du Kenya et du Rwanda.

Bien que Museveni et ses amis soient à la tête ce qu'un diplomate américain a appelé à un « buffet à volonté de la corruption », le soutien continu de l'Occident en sa faveur empêche les citoyens de la région de prendre le contrôle de leur propre destinée et provoque de nouvelles crises.

La décision de Guterres de co-organiser l'événement de réfugiés à Kampala avec l'un des auteurs de ces calamités dans le pays des réfugiés a déshonoré les victimes qu'il souhaitait secourir. L'Ouganda a besoin de pression diplomatique pour arrêter d'attiser les conflits, plutôt que d'une nouvelle occasion de profiter de la naïveté de l'Occident.