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Coup d’état manqué en Turquie

ANKARA – La révélation du plan manqué d’officiers militaires supérieurs – opération au nom de code « Masse de forgeron » visant à déstabiliser le gouvernement turc –, et l’arrestation des officiers de haut rang qui a suivi montrent que la démocratie gagne du terrain chaque jour en Turquie. De plus, les efforts du procureur pour percer à jour la vérité ne sont pas une campagne pour discréditer l’armée turque, comme certains l’avancent. Enfin, dévoiler l’opération « Masse de forgeron » n’a pas non plus mené à une confrontation entre les « laïcs » et les « islamistes ».

La société et la politique turques sont bien trop complexes pour se réduire à de telles formules simplistes. Néanmoins, la Turquie est arrivée à un moment crucial : il se pourrait que les décennies de tutelle militaire exercée sur responsables politiques civils se terminent et qu’elle achève sa transition vers une démocratie totale.

Malheureusement l’opération « Masse de forgeron » n’était qu’un putsch parmi d’autres visant à renverser le parti au pouvoir (l’AKP, Parti de la justice et du développement), élu pour la première fois en 2002. La constitution turque stipule qu’il est illégal pour une organisation, même militaire, de tenter de renverser un gouvernement élu de manière démocratique. Si ce coup d’état avait eu lieu, sans parler de sa réussite, il aurait anéanti les efforts de la Turquie qui aspire à devenir membre de l’Union européenne à part entière.

Effectivement, les rapports de l’UE sur les progrès de la Turquie ne cessent d’évoquer la question de la présence disproportionnée de l’armée dans les affaires politiques et le fait que certains officiers n’acceptent, semble-t-il pas, de se soumettre à un contrôle civil. Les trois coups militaires que la Turquie a essuyé en 1960, 1971 et 1980 n’ont rendu le pays ni stable ni prospère. Le « coup d’Etat en douceur » de 1997, durant lequel les militaires ont contraint le gouvernement élu démocratiquement à démissionner, a profondément blessé la société turque. Les sondages d’opinion montrent qu’une grande majorité des Turcs respectent l’armée, seulement lorsqu’elle reste dans sa caserne.