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La politique de guerre de Trump en Syrie

LONDRES – De toute évidence, tout n'a pas été dit sur l'attaque aux armes chimiques à Khan Sheikhoun dans la province d'Idlib en Syrie le 4 avril. Cette attaque a fait 85 morts et près de 555 blessés. Mais trois choses doivent être mises au clair : la responsabilité de l'attaque, la réponse militaire des États-Unis à cette attaque, ainsi que l'effet de cet épisode sur le cours de la guerre civile en Syrie.

Premièrement, tous les gouvernements mentent, non que cela soit inhérent à leur nature, mais quand cela leur convient et s'ils pensent pouvoir s'en sortir en toute impunité. Cela doit être la prémisse préalable à tout effort visant à établir la vérité sur ce qui s'est passé. Un bon point de départ consiste à dire que les gouvernements démocratiques mentent moins souvent que les régimes autoritaires, parce qu'ils ont moins de chances de s'en sortir en toute impunité. Il faudra donc préférer le récit du Président russe Vladimir Poutine à celui du Président syrien Bachar el-Assad, et celui du Président américain Donald Trump à celui de Poutine.

Selon Assad, le massacre était une « invention ». Poutine, en revanche, admet que le massacre a eu lieu, mais prétend que le stock d'armes chimiques se trouvait sur le territoire occupé par les rebelles et qu'on l'a fait exploser soit délibérément pour discréditer le régime, soit accidentellement par les bombardements effectués par le gouvernement. Enfin, l'administration Trump fournit des preuves concluantes que l'attentat a été planifié et exécuté par le gouvernement d'Assad. Tous les trois demandent une enquête « objective » sur les circonstances entourant « l'événement », mais ne sont pas d'accord sur ce qu'il faut considérer comme « objectif ».

Bien que les preuves de Trump n'aient pas été révélées, je pense qu'il est plus que probable qu'il y a eu une attaque au gaz sarin et qu'elle a été commanditée par le régime d'Assad. Mais toutefois un doute subsiste. En supposant qu'Assad n'est pas totalement irrationnel, les gains militaires relativement faibles d'un gazage de certains rebelles (mais également de civils) seraient largement compensés par l'effet probable sur l'opinion internationale, par l'embarras de ses alliés russes et par le danger de provoquer une réaction américaine. En outre, pour justifier l'invasion de l'Irak en 2003, les États-Unis (et le Royaume-Uni), ont produit de la même façon des preuves « concluantes » que Saddam Hussein détenait des armes de destruction massive, des preuves qui se sont révélées fausses. Et la croissance de « l'État de sécurité » a augmenté la capacité des gouvernements démocratiques à s'en tirer en toute impunité par des mensonges.